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	<title>Encyclopédie-de-L&#039;AFN_1830-1962 - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://encyclopedie-afn.org/2025/index.php?title=Historique_Militaire_-_Ain_Sefra_-_Ville&amp;diff=31234</id>
		<title>Historique Militaire - Ain Sefra - Ville</title>
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		<updated>2008-01-10T16:30:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Patrickguillas : Occupation militaire&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
L’occupation française, dans le Sud-oranais, s’effectue à partir de 1844 date à laquelle Louis-Eugène Cavaignac devient Maréchal de Camp commandant la subdivision de Tlemcen et la province d’Oran.&lt;br /&gt;
Le 5 mai 1847, le général Cavaignac à la tête d’une colonne se trouve dans le territoire d’Aïn-Séfra. La colonne est composée du 8ème Bataillon de Chasseurs (10 Officiers et 346 hommes), 2ème Hussards (3 Officiers et 62 hommes). &lt;br /&gt;
Soudain la colonne est attaquée par des milliers de cavaliers arabes qui étaient embusqués sur les crêtes du Djebel Aïssa, dans la plaine et dans les dunes ; après un âpre combat d’une journée l’armée française met en déroute l’ennemi.&lt;br /&gt;
Le Général Cavaillac désigna un Caïd et se retira avec ses troupes de la région pour rejoindre Oran. Il fût nommé Gouverneur Général de l’Algérie en 1848.&lt;br /&gt;
Après cette bataille et défaite des cavaliers arabes, le Sud-oranais reprend vie sans incidents majeurs jusqu’au moment de l’insurrection de 1881 fomentée par Bou-Amama.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cercle d’Aïn-Séfra n’étant pas encore créé et aucune troupe française n’y était installée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les nomades (Souala, Ouled Sliman, Cheurfa, Ouled Bou-Bakeur, Ouled Sidi-Tadj) et les habitants des ksours, relevaient du commandement de Sebdou, mais ils n’étaient que relativement soumis et ne payaient jamais d’impôts.&lt;br /&gt;
Pendant les évènements insurrectionnels et à l’arrivée des colonnes françaises sur leur territoire, quelques tentes seulement se réfugièrent dans l’Ouest, le gros des tribus resta à peu près stationnaire dans les montagnes et ne joua un rôle que dans la première partie de la lutte contre les Français.&lt;br /&gt;
C’est cependant dans les environs d’Aïn-Séfra que se trouvait le foyer de l’insurrection : c’est à Moghar tahtani qu’habitait Bou-Amama ; c’est de là qu’il envoya ses mokaddem chez les tribus des Trafis dans le Cercle de Géryville pour fomenter la révolte.&lt;br /&gt;
Bou-Amama est né vers 1845 au ksar de Hammam-Foukani de Figuig ; il vint s’établir à Moghar-Tahtani vers 1870 et ne tarda pas à acquérir, grâce à une réelle pratique de la charité et surtout beaucoup d’adresse, une grande réputation de sainteté. Sa maison devint bientôt une zaouïa renommée.&lt;br /&gt;
Il fit quelques pèlerinages à la koubba d’El-Abiod-Sidi-Chikh et attira à lui les Ouled Ben-Douais, une fraction de ce ksar qui devait être plutôt sa garde du corps.&lt;br /&gt;
Ses mokaddem parcouraient fréquemment les tribus des Trafis répandant ses doctrines et lui rapportaient de nombreuses ziaras. Il fit croire que Sidi-Chikh lui était apparu sur sa tombe et l’avait choisi  mokaddem. Il chercha à unir par les liens du chapelet, les Ouled Sidi-Chikh et tous ceux qui se reconnaissaient leurs vassaux ; il les persuada que tout fidèle, bien qu’appartenant à une autre secte religieuse, pouvait sans pêcher s’engager dans la voie qu’il venait d’inaugurer. Il eut bientôt pour adeptes les Ouled Sidi-Ahmed-Ben-Meddoub, les Trafis et les Zoua. Mais aucun rapport sérieux ne paraissait avoir existé, jusqu’à l’insurrection, entre Bou-Amama et les chefs des Ouled-Sidi-Chikh qui ne voyaient en lui qu’un Marabout de caste inférieure, en même temps qu’un concurrent.&lt;br /&gt;
Les Caïds des ksours signalèrent ses agissements aux autorités de Sebdou et de Géryville ; mais on se contenta de surveiller le Marabout. Le commandant supérieur de Géryville invita cependant Bou-Amama à venir le voir au cours d’un de ses voyages à El-Abiod-Sidi-Chikh, mais flairant une arrestation, le Marabout se garda bien d’accepter cette invitation.&lt;br /&gt;
On chercha alors à entraver la propagande de ses émissaires chez les Trafis ; c’est en voulant arrêter l’un d’eux, en mars 1881,  chez les Djeramma (Ouled Ziad-Cheraga) que le Lieutenant WEIMBRENNER, du Bureau arabe de Géryville, fut assassiné.&lt;br /&gt;
Ce fut le signal de l’insurrection. Les Trafis firent de suite défection et Bou-Amama quitta Mogrhar-Tahtani, prit le commandement des contingents révoltés, forma une colonne à Tiourtelt – Nord de Tiout – et marcha sur Chellala où le rejoignirent d’autres groupes de Trafis.&lt;br /&gt;
D’avril à novembre 1881, les évènements se déroulent dans le Cercle de Géryville (Tazina) et celui de Saïda (Khalfallah). Bou-Amama, refoulé au début d’août par la colonne COLONIEU, porte successivement ses campements à l’ouest de Sfissifa, puis au Djebel Doug ; il longea la chaîne qui court au sud du Chott-Tigri et se dirigea par Bel-el-Medjous et Aïn-Defla sur Bou-Arfa.&lt;br /&gt;
C’est en ce point que surgirent, entre lui et plusieurs groupes des Trafis, des difficultés qui déterminèrent les Ouled Maalla, les Ouled Abdelkrim et les Ouled Taleb-Chikh, à l’abandonner ; accusant Bou-Amama d’imposteur, ceux-ci allèrent rejoindre Si-Sliman-ben-Kaddour à Oglat-Sedra.&lt;br /&gt;
En même temps, quelques fractions des Derraga et les Ouled Ziad quittèrent l’agitateur pour se réfugier auprès de Si-Kaddour-ben-Hamza dans la région du Tafilalet.&lt;br /&gt;
Il ne restait plus à ce moment auprès de Bou-Amama que les Ouled Bou-Douaia et cinq fractions des Trafis : les Ouled Serour, les Razna, les Sebalah, les Chaneb et les Ouled Sidi-ben-Aissa.&lt;br /&gt;
Le Marabout se mit à la poursuite des Ouled Ben-Zian (Derraga) et des Ouled Ziad, mais il se heurta aux Beni-Guil qui lui infligèrent une défaite à Aïn-el-Arak ; il se retira alors à Ras-Guir.&lt;br /&gt;
C’est à ce moment que, se voyant abandonné de presque tous ses contingents, qu’il entre en relation avec Si-Sliman-ben-Kaddour et Si-Kaddour-ben-Hamza : les deux principaux chefs des Ouled Sidi-Chikh.&lt;br /&gt;
Les évènements qui se passaient dans le Sud-Oranais imposèrent au détachement français l’obligation d’occuper fortement la partie ouest de la région des hauts-plateaux et des ksours.&lt;br /&gt;
C’est dans ce but que les Français s’installent dès le mois d’août 1881 à Méchéria, puis plus tard à Aïn-Séfra et à Aïn-ben-Khelil, en établissant sur chacun de ces points des colonnes mobiles destinées à maintenir les dissidents en respect.&lt;br /&gt;
L’occupation de Méchéria et celle d’Aïn-ben-Khelil ne présentèrent pas de difficultés, l’installation à Aïn-Séfra exigea au préalable la soumission totale des tribus des Souala, des Ouled Selim et des Ouled bou-Bekkeur qui n’avaient pas reconnu complètement l’autorité française.&lt;br /&gt;
Pour faire face à cette dissidence une colonne expéditionnaire fut organisée, en automne 1881, sous le commandement du Général de division DELEBECQUE.&lt;br /&gt;
Pendant que la colonne DELEBECQUE opérait contre les Amour, Si-Sliman-ben-Kaddour dont le campement se trouve au nord du chott Tigri, poussait une pointe vers l’est, traversait le Djebel Antar au Teniet-el-Djemel, razziait les Ouled Mansourah campés à 5 kms d’El-Biodh et reprenait le chemin de l’ouest.&lt;br /&gt;
La garnison de Méchéria que commandait le Colonel COUSTOU n’avait pas de cavalerie et avait été prévenu trop tard pour pouvoir s’opposer à ce hardi coup de main du Marabout ; de son côté, la colonne d’El-Arricha du Colonel CROUZET ne put arriver, malgré une marche forcée, à rejoindre Si-Sliman.&lt;br /&gt;
Le Général COLONIEU qui était resté dans la plaine Oglat-Feidja, poussa plusieurs pointes dans la direction de Figuig. Une razzia assez importante fût opérée par le Goum au nord du Djebel Maiz. Après avoir reçu la soumission de plusieurs tentes des Amour, le Général rentra à Aïn-Séfra dans la première quinzaine de décembre 1881.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les opérations furent suspendues pendant quelque temps ; divers groupes des Amour se rendirent à Aïn-Séfra pour demander l’aman, et les convois profitèrent de cette accalmie pour ravitailler la colonne.&lt;br /&gt;
Le Général DELEBECQUE, après avoir quitté Aïn-Séfra pour Méchéria, quitta ce dernier poste pour se rendre à Oran, le 20 janvier 1882. à cette date, le Général COLONIEU s’installe à Méchéria et prend le commandement des Postes du sud jusqu’à fin avril 1882. Il est remplacé par le Général GAND qui retourna plus tard à Mascara en cédant le commandement au Colonel de NEGRIER ; ce dernier quitte Aïn-ben-Khelil pour Méchéria où il arrive le 28 juin 1882. Il commanda les Postes du sud jusqu’à la fin de l’année 1883, époque à laquelle ce commandement est supprimé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 20 janvier 1882, le Général COLONIEU quitte Aïn-Séfra et transmet le commandement de la colonne d’Aïn-Séfra au Commandant MARMET du 2ème Zouaves qui, à la création du Commandement Supérieur du Cercle d’Aïn-Séfra le 20 mars 1882, en prend le commandement.&lt;br /&gt;
Aucune opération militaire n’est effectuée, au cours de la période du 15 décembre 1881 au 25 février 1882, dans la région d’Aïn-Séfra. Plusieurs postes d’observation avaient été installés à Moghrar-Tahtani et au Djeliba afin d’y surveiller les mouvements des Amour non encore soumis et qui étaient au nombre d’environ 340 tentes. Le poste d’Aïn-Séfra fut installé afin d’y relier la colonne d’Aïn-Séfra et celle d’Aïn-Ben-Khelil.&lt;br /&gt;
Le Commandant MARMET, de concert avec le Colonel de NEGRIER, prépara une expédition contre les Cheurfs, les Ouled Sidi-Tadj et les Ouled Sidi-Ahmed-ben-Medjdoub, dans la direction de Zoubia et de l’Ouest Zousfana. Cette reconnaissance offensive eut lieu le 25 février 1882.&lt;br /&gt;
Dès le mois de février 1882, des opérations, qui intervinrent du 25 février au 10 mars 1882,  furent décidées contre les Amour dissidents. Plusieurs unités participèrent à ces opérations : la colonne d’Aïn-Séfra sous les ordres du Commandant MARMET, le Goum des Hamyan commandé par le Caïd Lakhdar appuyé par un peloton de Chasseurs d’Afrique, le Goum de Harrar, une compagnie de Zouaves montés à mulets sous les ordres du Capitaine TOURMIER et une compagnie de Tirailleurs à mulets commandée par le Lieutenant LEAUTIER.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après deux jours de marche, le 26 février à huit heures du matin, la colonne occupait Kheneg-Zoubia par le groupe A qui se situait à 10 kms en avant du groupe B ; celui-ci occupant Kheneg Douiss.&lt;br /&gt;
Le 5 avril, la colonne se mit en marche pour rejoindre Aïn-Séfra ; le soir elle établit son campement à l’Oued Mérirès, le lendemain elle atteignait l’Oued Zousfana à environ 15 kilomètres au sud de Figuig ; le 7 avril elle s’installa à l’Oued Dermel, le 8 à Founassa, le 9 avril le bivouac se fit à Hassi-Sliman ; le Colonel de NEGRIER, avec une partie de la colonne, bifurquait sur les Oglat et le col de Djelila pour s’assurer que la piste dernièrement tracée était accessible aux bêtes de somme chargées ; après qu’il eut constaté l’accessibilité requise, il établit son campement à El-Bridj.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette expédition dura du 25 avril au 31 mai 1882. Une partie de la colonne d’Aïn-Séfra, sous les ordres du Commandant MARMET, prit part aux opérations du 25 avril au 3 mai ; ce groupe avait pour mission la réalisation d’un chemin muletier dans le Djebel Beni-Smir, de Sidi-Abdallah au col de Serdj. 3 compagnies de Zouaves, 3 compagnies de Tirailleurs et 2 télégraphistes avec un appareil optique qui devait être installé au Beni-Smir et correspondre avec celui d’Aïn-Séfra composait ce groupe. Le Lieutenant ROQUES, du Génie, devait diriger les travaux. 	       &lt;br /&gt;
                 &lt;br /&gt;
Partie d’Aïn-Séfra, le 25 avril, cette colonne commençait les travaux de route le 27 lorsque le Commandant MARMET fut informé par le Colonel de NEGRIER que la mission topographique du Capitaine de CASTRIES était attaquée au Chott Tigri, en même temps qu’un mouvement de dégagement soit assuré par la colonne d’Aïn-ben-Khelil.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Patrickguillas</name></author>
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		<title>Histoires Assi Bou Nif - Ville</title>
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		<updated>2008-01-10T15:19:59Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Patrickguillas : Vacances à Assi-Bou-Nif&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;C’est donc ce village qui m’a vu naître, c’est encore et toujours dans ce village – havre de bonheur et de paix - que je passais toutes mes vacances scolaires, c’est enfin dans ce village que je connus les premiers frissons et émois des amours juvéniles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sera d&#039; Assi-Bou-Nif et de la ferme dans laquelle mon oncle Camille frère de ma mère, travaillait en tant que commis,  que je garderai les meilleurs souvenirs. C’est bien là que j’ai passé mes plus belles vacances ; je devrai dire que nous avons passé nos meilleurs moments car, mes parents, mes sœurs appréciaient tout autant que moi-même de nous retrouver en famille en ce lieu que je considère toujours comme paradisiaque. &lt;br /&gt;
C’est toujours avec beaucoup de fébrilité que j’attendais les vacances scolaires ; tout aussi bien celles de pâques que les grandes vacances d’été. &lt;br /&gt;
Nous quittions Aïn-Séfra par le premier train du matin en partance pour Oran. En fait il n’y avait qu’un seul train de voyageurs par jour ; la distance qui nous séparait d’Oran était d’environ 500 kilomètres, le temps que nous mettions pour y parvenir oscillait entre 12 et 15 heures ; nous avions, tout au long de ce parcours, le loisir d’apprécier la beauté majestueuse du paysage qui passait indifféremment des étendues de sable, au territoire parsemé d’alfa, puis les chotts asséchés dont la couleur d’un blanc éclatant brûlait les yeux ; en atteignant Saïda, c’était le Djebel qui faisait un peu froid au dos tant il paraissait sauvage, hostile. Enfin nous traversions les immensités de jardins d’orangers, mandariniers, pruniers, citronniers et les magnifiques oliveraies alignées avec un style parfait.&lt;br /&gt;
Le voyage se passait plutôt bien ; maman prenait toujours le soin d’emporter une ou deux couvertures qu’elle étirait à même le sol, sous les banquettes de bois ; c’est ainsi, allongés sur ces couvertures, que nous passions notre voyage soit à dormir, soit à admirer les jambes des autres passagers.&lt;br /&gt;
Enfin nous arrivions à Oran ; le plus long du voyage était fait, nous n’avions plus qu’à marcher environ 200 mètres pour être à la station du car qui nous mènerait à Assi-Bou-Nif. Ma mère, chargée comme un mulet, se frayait un passage parmi les nombreux passagers qui étaient déjà là, à croire qu’ils attendaient depuis 24 heures, en jouant des coudes ; mes sœurs et moi n’étions pas en reste pour forcer le passage.&lt;br /&gt;
Le car de la Compagnie Angelotti avait une allure qui rivalisait avec celle du train. Pour faire la quinzaine de kilomètres qui séparaient Assi-Bou-Nif d’Oran, il lui fallait pratiquement ¾ d’heure. Après s’être engagé sur la rue de Mostaganem et rejoint l’avenue de Saint-Eugène, nous arrivions sur la route nationale n°11 « Oran-Mostaganem », en direction d’Arzew cette station balnéaire prisée de tous les Oraniens, que nous devions emprunter pour parvenir au village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir dépassé le quatorzième kilomètre, à un tournant brusque, apparaissait tout près la flèche grise et inattendue d&#039;un clocher qui se dresse majestueusement à travers le fouillis d&#039;arbres qui remplissent le fond d&#039;un vallon resserré ; on commence à distinguer quelques maisons. Le car semble lui rendre hommage car il ralentit et donne l’impression qu’il va s’arrêter. Encore quelques mètres, et le voile d’oliviers, grenadiers, pisas et poivriers se déchire et le village se montre. Le village est bâti au pied d&#039;une colline de 104 m d&#039;altitude qu&#039;escaladent jusqu&#039;au sommet les gourbis arabes. Une vieille tour flanquée d&#039;une vieille bâtisse domine l&#039;ensemble. Tour et bâtisse sont les restes d&#039;un moulin à vent mort-né; jamais la vieille tour, moins heureuse que sa compagne de Fleurus, n’a vu tourner ses grandes ailes; pour elle comme pour les bateaux, la vapeur a détrôné les zéphyrs. &lt;br /&gt;
Une grande ligne droite bordée de platanes nous indique l’arrivée au village. Nous y voici ; à partir de cet instant il nous faut nous frayer tan bien que mal un passage pour accéder à la porte de sortie du car qui se trouvait à l’avant. &lt;br /&gt;
Je me sens fébrile à l’approche de notre dernière étape : le monument aux morts, dans 2 minutes. &lt;br /&gt;
Le car remonte la rue principale, mon regard se porte de droite à gauche, on y dépasse le café Plaza, le coiffeur Alvarez, la boulangerie Pérez, monsieur Viller, les PTT, le bourrelier Martinez ; arrivé à hauteur de l’épicerie Térol et du café Sanchez le car s’arrête, le chauffeur récupère un colis remis par monsieur Sanchez, puis il reprend sa route ; à chaque fois je jette un regard à l’intérieur de l’épicerie afin de tenter d’apercevoir Bernadette, vainement.&lt;br /&gt;
Nous laissons de part et d’autre l’école, la Mairie, Rostaing, Pinazzo Marcel, le garde Mohamed, Seller Marcel, Latord, Corbière père, Pons, le mécanicien Géronimo chez lequel j’aurai un nombre incalculable d’ampoules dans les paumes de mes mains à force de faire des rodages de soupapes.&lt;br /&gt;
une autre rue perpendiculaire et le stade de foot avec face à lui le monument aux morts qui sera notre halte à chaque venue sur Assi-Bou-Nif. Les autres rues sont occupées par les familles Comitré, Pellissier, Montgaillard, Lazaro, Fuentès, Rostaing et bien d’autres dont ma mémoire ne se souvient plus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrêt au monument aux morts. Tout le monde descend. A présent, c’est à pied que nous parviendrons à la ferme qui se situe sur la route d’Arcole à environ 3 kilomètres du village.&lt;br /&gt;
Nous étions enfin arrivés au terme de notre voyage, le chemin qu’il nous restait à faire, à pied, ne nous gênait guère, nous étions tellement heureux à l’idée de retrouver tout ce que nous aimions, l’oncle et la tante, les cousines, les ballades en vélo, la chasse à l’ »estak .&lt;br /&gt;
Nous empruntons la grande rue du village qui devait nous mener à la sortie côté d’Arcole; de temps en temps maman saluait une personne qui venait à notre rencontre et nous embrassait ; à tel point que nous mettions autant de temps pour traverser le village que pour accéder à la ferme. A la sortie du village une immense route droite à perte de vue nous faisait face. Là-bas, au loin, nous devinions le chemin bordé d’oliviers qui menait à la ferme ; en attendant nous avancions gaiement en respirant à pleins poumons les diverses odeurs qui jalonnaient notre chemin : la vigne, les roseaux immenses, les oliviers. Sitôt avoir franchi la dernière maison, nous avions sur notre droite une immense pépinière dans laquelle les « rappelés » de 1956 avaient établi leur cantonnement. Tout de suite derrière apparaissait la ferme de CORBIERE Eugène, un peu plus loin sur notre gauche les jardins de Lambert SEYLER jouxtaient la ferme de Marcel SELLER. Enfin, après avoir dépassé la ferme de Marcel SELLER nous arrivions au terme de notre voyage.&lt;br /&gt;
Pendant tout ce trajet, rares étaient les personnes que nous croisions : un arabe sur son âne, un véhicule militaire ; Après avoir emprunté la route caillouteuse bordée d’oliviers, sur notre gauche, nous apercevons déjà la grosse bâtisse de la ferme. Nous n’étions plus loin. Après avoir marché une dizaine de minutes, la route tournait à droite et nous séparait de l’entrée de la ferme d’environ 300 mètres, à droite nous pouvions remarquer les champs d’artichauts que j’avais hâte de « visiter », sur la droite s’étendait une des nombreuses parcelles de vigne de la ferme. Dans ces allées, mon cousin Antoine –appelé familièrement Coco – m’avait enseigné l’art de poser des pièges à perdreaux ; en effet de nombreuses colonies de perdreaux occupaient les vignes.&lt;br /&gt;
Les chiens, Kiki et Tarzan, n’avaient toujours pas décelé notre présence. Ce n’est que lorsque nous étions au bout du chemin, face à l’immense bâtisse qui abritait les ouvriers Marocains qui travaillaient à la ferme, qu’ils se manifestaient avec une telle clameur qu’ils contraignaient les occupants à sortir pour voir ce qui se passait. C’était alors les embrassades, les éclats de rire.&lt;br /&gt;
Un immense rond point à l’intérieur duquel s’élançaient vers le ciel des pins géants, signalait l’entrée de la ferme et faisait face au grand portail de bois qui donnait accès à la cour intérieure. Une rangée de pins, sur la gauche, en bordure de la vigne servait à attacher les vaches ; à gauche, masqués par les grenadiers, nous pouvions deviner les immenses vergers de pruniers, citronniers, mandariniers ; chaque verger avait pour séparation une lignée de sapins. Tout était d’une symétrie parfaite.&lt;br /&gt;
A droite, au coin du mur de la cour, se dressait un mûrier centenaire. Ses branches, tellement grandes, permettaient de faire ombrage et, très souvent, lorsque nous nous retrouvions nombreux, nous dressions la table sous le mûrier, la table étant en fait des planches de bois posées sur des tréteaux. Comme c’était bon d’apprécier le succulent « gaspacho «  de la tante Marie.&lt;br /&gt;
Papa, très souvent, armé de sa carabine 5.5 s’asseyait sur le bloc de pierre cubique posé quasiment sous le mûrier, à l’angle du mur, et attendait patiemment qu’un merle vienne y goûter les fruits ; je le revois encore immobile pendant des heures, une cigarette au coin des lèvres. A l’arrivée d’un merle, il posait délicatement sa cigarette sur le bord du bloc de pierre, levait lentement sa carabine et..pan. Je ne me souviens pas lui avoir vu rater sa cible. J’allais alors récupérer l’oiseau pour l’amener à la tante Marie qui le plumait aussitôt.&lt;br /&gt;
Les vacances avaient commencé. Je ne perdais pas de temps si ce n’est pour enfiler de vieux vêtements et j’enfourchais un vélo afin de revisiter la ferme et voir si rien n’avait changé depuis nos dernières vacances. Je prenais soin de pendre autour de mon cou mon estak, mes poches étaient remplies de petits cailloux que j’avais pris soin de choisir. J’étais paré à faire face à toute occasion qui se présenterait ; les occasions du reste ne tardaient jamais et je pense être devenu un expert dans le maniement de l’estak car je manquais très rarement une cible. Les plus faciles étaient les moineaux, je réussissais dans les mauvais jours à en tuer une bonne quinzaine, par contre les merles et tourterelles étaient plus difficiles à avoir ; les merles parce qu’ils sautillaient en permanence, les tourterelles, elles, étaient toujours perchées à la cime des sapins.&lt;br /&gt;
Je savourais pleinement ces premiers instants et déjà ceux que j’allais goûter tout au long des semaines que nous allions passer à la ferme. Chaque année, c’était un éternel recommencement, mais tellement agréable que j’aurais souhaité que cette période puisse se renouveler à tout jamais ou ne jamais s’achever. Rien ne variait dans nos habitudes, pourquoi d’ailleurs aurions nous voulu que ce ne soit pas pareil ? Nous étions tellement heureux des moments que nous passions, que nous vivions.&lt;br /&gt;
Les journées étaient plus que remplies. Le matin, dès la première heure, après avoir englouti un immense bol de lait sur lequel s’était formée une pellicule de crème de 2 bons millimètres d’épaisseur, je partais en chasse soit seul, soit avec mon père ou mon cousin Coco (Antoine). La chasse, lorsque j’étais seul, durait une paire d’heures et je ramenais régulièrement suffisamment de moineaux pour l’apéritif du midi ; avec mon père ou Coco, çà pouvait durer jusqu’à 11 heures et demi ou midi. &lt;br /&gt;
Papa quant à lui, armée de sa carabine 5,5, était le spécialiste des tourterelles et des merles. J’étais admiratif devant la précision du tir de Papa surtout lorsque nous apercevions une tourterelle à la cime d’un sapin ; il posait lentement la crosse de sa carabine contre son épaule, visait et tirait. 9 fois sur 10 il atteignait sa cible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfois le matin, j’allais au village faire des courses pour ma tante ou mon oncle ; c’était toujours à l’épicerie Terol. C’est ainsi qu’un beau jour je fis la connaissance de Bernadette, la fille des épiciers ; elle était derrière le comptoir et donnait un coup de main à sa mère pour servir les clients, je fus immédiatement attiré par son regard et me dirigeais directement vers elle ; elle semblait intrigué par ma présence et visiblement cherchait à savoir qui j’étais. C’était la première fois que nous nous rencontrions. Croyant saisir son interrogation je me présentais en lui indiquant que j’étais en vacances chez mon oncle Camille.&lt;br /&gt;
 Dès lors je me rendais de plus en plus serviable avec mes oncle et tante et cherchait tous les prétextes pour me rendre au village effectuer des achats ; notre idylle naquit un beau matin alors que tonton m’avait demandé d’aller lui acheter des cigarettes. Lorsqu’elle me tendit le paquet de cigarettes elle laissa sa main dans la mienne alors que nos regards ne pouvaient se détacher l’un de l’autre, mais nous n’allâmes pas plus loin que les frôlements de main et regards appuyés. &lt;br /&gt;
Lorsque j’allais au village, j’en profitais pour rendre visite à un cousin Daniel et un autre jeune du village, Jean-Pierre Comitré, avec lequel je m’étais lié d’amitié.&lt;br /&gt;
Les après-midi, eux invariablement, débutaient par une sieste obligatoire. Nous nous retrouvions donc, mes deux sœurs, ma cousine Camille et moi-même, dans la grande chambre à coucher de mes oncle et tante. Des couvertures étaient posées à même le sol ; ma tante, à chaque fois, avant que l’on aille dans la chambre « donnait un coup de flytox ». L’odeur qui se répandait dans la pièce et qui était destinée à tuer les mouches et moustiques, avait autant de pouvoir sur nous-mêmes car nous ne tardions jamais à nous endormir. J’échappais à la sieste dès que j’eu atteint l’âge de 12 ans et en profitais pour errer dans la ferme ; ce n’est qu’à compter de cette époque que tonton m’autorisa à aller chasser avec la carabine. Etais-ce par le fait que je savais l’utiliser ou tout simplement pour avoir une arme avec moi car, à cette époque, la guerre faisait rage et les fermes étaient devenues les cibles privilégiées des terroristes. Quoiqu’il en soit, bien que mon oncle me conseillait toujours la plus grande prudence, j’étais moi-même extrêmement vigilent et alors que j’arpentais les bordures de bois ou d’arbres fruitiers, j’observais attentivement au loin et à travers les arbres si je ne voyais pas de présence étrangère à la ferme.&lt;br /&gt;
Dès la tombée de la nuit, tous les ouvriers quittaient leur travail et regagnaient leurs demeures, tous étaient logés à la ferme.&lt;br /&gt;
Le soir, après dîner, nous descendions « prendre le frais » à l’extérieur, à l’entrée de l’immense portail de bois. Nous apprécions jusque tard dans la nuit la tiédeur du climat ; le garde écurie, un marocain qui avait son logement à l’intérieur même de la ferme, nous préparait alors un merveilleux thé à la menthe accompagné de petits gâteaux que son épouse avait fait à notre intention. C’était véritablement la douceur de vivre.&lt;br /&gt;
Rien ne laissait supposer que la guerre était présente, rien, hormis le fusil posé contre le mur à portée de main de tonton.&lt;br /&gt;
Pourtant bien que tonton soit méfiant, nous n’envisagions pas que nous pourrions être attaqués comme l’étaient la majeure partie des fermes qui restaient les principales cibles des rebelles ; dans de nombreux cas d’ailleurs, c’étaient les ouvriers eux-mêmes qui en étaient les auteurs.&lt;br /&gt;
A la ferme la majeure partie des ouvriers étaient Marocains. Tous étaient logés à la ferme dans des maisons en pierre, chacune d’elles avait une cour indépendante et un jardin ; tonton les traitait avec beaucoup d’égard et eux le lui rendaient bien. &lt;br /&gt;
A chaque fête Musulmane nous étions littéralement envahis de victuailles (couscous, zlabillas, makrouts) ; c’est dire que ces ouvriers ne semblaient pas malheureux et contrariaient les ragots du colon faisant « suer le burnous ».&lt;br /&gt;
Pour dire que je ne craignais nullement les ouvriers, très souvent je me rendais chez eux ou allais les rejoindre dans les coins les plus reculés de la ferme et passais ainsi des heures à discuter avec eux.&lt;br /&gt;
Le calme de la nuit était quelquefois interrompu par les hurlements des chacals, parfois le ricanement d’une hyène se faisait également entendre. Les chacals venaient fréquemment à la fin de l’été ; leurs hurlements me glaçaient toujours les veines. Une année, j’eus vraiment une très grosse frayeur. Les hurlements et aboiements étaient si proches que j’avais l’impression que les meutes étaient à l’intérieur de la ferme ; j’observais par la fenêtre, des centaines de yeux brillaient dans la nuit. Les chacals étaient là, devant le portail d’entrée, ils devaient être des centaines. Mon cousin et mon oncle décidèrent de s’armer et de leur tirer dessus pour les faire fuir ; il fallait éviter qu’ils ne ravagent les vignes dont les raisins devaient être vendangés dès le début du mois de septembre.&lt;br /&gt;
Les coups de feu ébranlèrent à tel point le silence de la nuit qu’ils attirèrent l’attention de la garnison située à l’entrée du village. A peine quelques minutes s’étaient écoulées que nous entendîmes le ronronnement de moteurs. Une patrouille d’une jeep et deux 6x6 pénétrèrent dans la ferme en trombe. Mon oncle en eut pour ses frais et en fût quitte après avoir offert à toute l’escouade quelques bouteilles de vin et un jambon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les vacances de Pâques étaient également attendues avec impatience ; d’abord parce que nous revenions de nouveau dans un lieu aimé, d’autre part parce que nos parents suivaient scrupuleusement la tradition pascale qui consistait notamment à cacher des œufs un peu partout. Cela faisait la distraction des enfants, la mienne par conséquent. Notre terrain de recherche était un domaine relativement vaste, mais en général, les œufs étaient cachés aux abords du jardin proche des immenses bottes de paille qui formaient deux gigantesques pyramides. Je m’étais constitué un abri à l’intérieur de l’une d’elles ; sa réalisation avait été très facile : Il m’avait suffi d’ôter deux bottes de paille de l’intérieur et de masquer l’entrée par une autre botte, de sorte que pour accéder à mon abri, je n’avais plus qu’à déplacer une seule botte que je remettais en place une fois à l’intérieur. C’est là dans cet abri que je passais des heures à rêvasser et à échapper parfois à quelques menues tâches auxquelles ma tante nous attelait. C’est également à l’intérieur de cette cache, loin du monde, bien au chaud que je connus les prémices de l’amour, si ce mot amour peut convenir à nos premiers frôlements et baisers innocents.&lt;br /&gt;
 Pour l’heure, je recherchais désespérément les œufs camouflés quelque part.&lt;br /&gt;
Régulièrement au cours de ces vacances, toute la famille Oranaise venait nous rejoindre et, régulièrement, nous allions passer la journée à la pépinière située à la sortie du village. C’était le lieu de rendez-vous de nombreux Oranais qui y venaient pour y manger la mouna et la paella.&lt;br /&gt;
Quelquefois nous déjeunions à la ferme ; nous installions alors sous l’énorme mûrier des tréteaux sur lesquels nous disposions des madriers ou des grandes planches et faisions ainsi une table immense autour de laquelle prenaient place 20 à 30 personnes. Et là, nous savourions le fabuleux « gaspacho » que nous faisait tata Marie. Cette recette est originaire de la Mancha en Espagne, c’est à l’origine un plat de chasseurs dans lequel on mettait tout le produit de la chasse :lapins, perdrix,canards,cailles,etc  que l’on faisait revenir puis que l’on servait comme un ragout accompagné de galette coupée en morceaux. A l’origine la galette servait d’assiette. Ce plat rustique, vu sa composition, était élaboré pour de nombreux convives.&lt;br /&gt;
C’était le bonheur à l’état  pur.&lt;br /&gt;
Parmi les tâches dont je devais m’acquitter pour justifier de ma pitance, je devais nourrir les volailles, accompagné évidemment, de ma tante qui craignait toujours le pire ; en effet j’avais pris en affection une oie et j’avais décidé d’en faire ma monture, hélas, elle, pour je ne sais quelle raison s’y refusait obstinément ce qui me contraignait à la pourchasser avec un bâton afin de lui faire entendre raison. Ces aventures provoquaient chez mon oncle et mes cousines des grands rires, en revanche ma tante ne voyait pas du tout cela comme un amusement et, c’était à mon tour de filer devant le roseau que tenait ma tante et dont je devais apprécier la souplesse.&lt;br /&gt;
C’était tout cela qui faisait nos joies. Nous étions proche de la nature, nous nous confondions avec elle et apprécions le bonheur dont elle nous faisait don. Plus tard même, lorsque nous habitâmes « en ville », en pleine adolescence et face aux problèmes de l’époque, je revenais toujours me « ressourcer » à la ferme.&lt;br /&gt;
Que d’aventures et mésaventures je vécus en ce lieu magique.&lt;br /&gt;
L’après-midi, au goûter, j’aimais bien monter sur la terrasse surplombant l’écurie et l’étable afin de savourer pleinement le grand air et admirer les plantations d’orangers, de citronniers, de pruniers qui s’étalaient sous mes yeux à l’infini. Sur cette terrasse il y avait la remise de mon oncle dans laquelle étaient pendus de magnifiques jambons et saucissons. Parfois tonton y montait, découpait une tranche de jambon et nous allions tous deux la déguster avec un morceau de pain de campagne qu’avait fait tante Marie.&lt;br /&gt;
Ce jour là tata Marie m’avait coupé une grosse belle tranche de pain sur laquelle elle avait tartiné du beurre et de la confiture. Comme d’habitude je grimpais sur la terrasse et m’assis sur le parapet bordant la terrasse ; comble de malchance je n’avais pas remarqué que mes jambes pendaient à hauteur d’un nid de guêpes. Je fus soudain envahi par une nuée de guêpes qui avaient décidé de prendre part à mon goûter. Plutôt que leur abandonner mon pain je me mis à gesticuler et à tenter de les chasser de la main. Visiblement elles n’apprécièrent guère car elles m’attaquèrent de toutes parts au visage ; bien que j’abandonnais mon pain et que je m’enfuis à toutes jambes, quelques unes continuèrent la poursuite pour achever leur œuvre destructrice.&lt;br /&gt;
J’avais horriblement mal et poussais des cris « tata, tata ».&lt;br /&gt;
C’est l’ouvrier marocain qui logeait près de l’écurie qui fut le premier à venir à mon secours ; tata, toute affolée, ne sachant ce qu’il se passait accourrait également. L’ouvrier indiqua à tata un remède qui devait me calmer immédiatement et permettre l’extraction des nombreux dards plantés sur mon visage.&lt;br /&gt;
Il me fallait faire un cataplasme de terre mélangée à de……….l’urine. J’avais trop mal pour refuser de m’exécuter, et de toutes façons avec tata je n’avais pas le choix. Après que tata ait fait le mélange elle me barbouilla le visage avec cette boue ainsi faite. Le résultat fut surprenant car presque immédiatement la douleur disparut ; tata m’indiqua qu’il me fallait garder la boue sur le visage encore un peu de temps avant de la retirer.&lt;br /&gt;
Ce n’est qu’une heure ou deux après que tata consentit à m’ôter la boue du visage. Le résultat là encore était stupéfiant, je n’avais plus aucune boursouflure, juste quelques points rouges aux emplacements des dards.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque séjour apporta son anecdote, celui-ci me marqua longtemps et j’étais vacciné à tout jamais d’approcher des nids de guêpes.&lt;br /&gt;
J’oubliais vite cette mésaventure et invariablement poursuivais mes activités qui consistaient en la chasse, pose de pièges, grandes ballades en vélo autour de la ferme.&lt;br /&gt;
Ainsi chaque année et invariablement se déroulaient mes vacances à la ferme.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Patrickguillas</name></author>
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		<title>Etat AVANT Assi Bou Nif - Ville</title>
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		<updated>2008-01-10T15:16:49Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Patrickguillas : Naissance d&amp;#039;Assi-Bou-Nif&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&#039;&#039;&#039;Assi-Bou-Nif&#039;&#039;&#039; “le puits du père des nez&amp;quot;  tel est le nom du village dans lequel j’ai vu le jour, le 25 mai 1944 à 15 heures ; quel beau mois que ce mois de Mai dans notre belle Algérie. Tout est en fleurs, des odeurs par centaines se mélangent et dégagent des parfums indescriptibles, le ciel, d’un bleu pur, sans nuage, se reflète sur cette mer Méditerranée si prisée de nous tous.&lt;br /&gt;
Labourage et pâturage étant les deux mamelles d&#039;Assi Bou Nif, jamais désignation ne parut mieux choisie. Le gouvernement la laissa entrevoir, puis la retira et Assi Bou Nif resta Assi Bou Nif, “le puits du père des nez&amp;quot; disent nos arabisants à tort ou à raison je ne sais. Celui-ci est né modestement, humblement. Certains villages ont grandi à la mode américaine, Assi Bou Nif est resté un tout petit village.&lt;br /&gt;
Le village est situé à une quinzaine de kilomètres sur la route qui mène à Mostaganem en passant par l’incontournable Arzew et ses immenses plages de sable fin &lt;br /&gt;
Le plan du village n&#039;est pas très compliqué, c&#039;est un parallélogramme rectangle. Des six rues, trois sont parallèles et perpendiculaires aux trois autres. Autrefois un fossé entourait Assi Bou Nif, il en reste des traces.&lt;br /&gt;
Le fossé qui entourait le village autrefois a disparu, les trois rues parallèles et les trois rues perpendiculaires font penser à un parallélogramme rectangle. Dès que nous pénétrons à travers la rue principale bordée de poivriers, nous ne ressentons aucune impression particulière. Tout respire l&#039;aisance et la propreté. Les maisons sont basses, une dizaine seulement possèdent un étage, les rues sont larges, propres tout comme, du reste, les autres villages d&#039;Algérie. &lt;br /&gt;
Cette nouvelle colonie n’existait encore qu’à l’état embryonnaire, lorsque le premier contingent de colons y arriva, le 28 décembre 1848. &lt;br /&gt;
Avant  1848, la colonisation était assez peu avancée dans les environs d’Oran. Les seuls centres créés étaient Misserghin, La Sénia, Valmy, Sidi-Chami et Sainte-Léonie. Il existait, il est vrai, un vaste projet mis au point en 1846 par le Général de Lamoricière, pour ce qu’il appelait son Triangle de Colonisation. Ce triangle, qui avait ses sommets à Oran, Mostaganem et Mascara, représentait une étendue de 80000 hectares où le Général envisageait de fonder une vingtaine de nouveaux villages. Mais Louis-Philippe ne se préoccupait guère de peupler l’Algérie.&lt;br /&gt;
En revanche, la Seconde République, dès ses débuts, remit la colonisation à la mode. Lamoricière en effet était devenu Ministre de la Guerre. A côté de lui, Cavaignac revenu depuis peu du Sud-Oranais, et d’autres membres du Gouvernement, en particulier Lamartine, étaient des « colonialistes » convaincus.&lt;br /&gt;
Ajoutons que le nouveau régime avait à résoudre sans tarder la crise économique qui ne cessait de s’aggraver en France depuis des années. Les progrès de l’industrie avaient attiré dans les grandes villes, surtout à Paris, et au détriment des campagnes, une population trop nombreuse que guettait le chômage et toutes ses conséquences. L’ouverture des Ateliers Nationaux, loin de résoudre la crise, l’avait rendue plus sensible, en attirant à Paris de nouveaux bras inutiles. La solution qui apparaissait alors aux hommes d’Etat et souvent aux ouvriers eux-mêmes, était de rendre à l’agriculture ces bras dont l’industrie n’avait que faire.&lt;br /&gt;
L’Algérie semblait un terrain tout trouvé.&lt;br /&gt;
On sait comment la fermeture soudaine des Ateliers Nationaux provoqua l’insurrection de Juin, et comment 11000 prisonniers furent cueillis par la troupe. De 3 à 4000 furent aussitôt déportés en Afrique et envoyés au pénitencier de Lambèse. Ceux d’entre eux qui contribuèrent plus tard à la colonisation de l’Algérie, sont tous restés dans la province de Constantine. Mais il n’y a aucun rapport entre ces condamnés politiques des journées révolutionnaires et les ouvriers parisiens à qui le Gouvernement fit appel, trois mois plus tard, après le décret du 19 septembre.&lt;br /&gt;
Un crédit de 50 millions, disait ce décret, est ouvert au Ministre de la Guerre, pour être spécialement appliqué à l’établissement de colonies agricoles en Algérie. Un arrêté signé de Lamoricière, intervient le 27 septembre, pour signifier aux ouvriers parisiens les conditions auxquelles ils devaient satisfaire, pour être admis dans ces colonies : adresser une demande à la Mairie de leur arrondissement, avoir moins de 60 ans, obtenir un certificat de bonne moralité et d’aptitude physique. Après quoi les futurs colons seraient transportés aux frais de l’Etat. A leur arrivée en Algérie, ils recevraient à titre gratuit des habitations, des lots de terre de 2 à 10 hectares et durant les trois premières années, toutes les subventions nécessaires à leur établissement. A l’expiration de ce délai, maisons et terres deviendraient leur propriété.&lt;br /&gt;
Les demandes affluèrent, non seulement de la part des chômeurs dans le besoin, mais encore d’ouvriers qui avaient jusque là gagné convenablement leur vie. Tous ces volontaires de la colonisation étaient surtout séduits par l’attirance du contrat qui leur faisait espérer trois choses précieuses entre toutes : la propriété, l’indépendance et la fortune. Le chiffre des colons, fixé d’abord à 12000, fut porté à 13500. En fait les convois qui se succédèrent jusqu’en 1850, transportèrent en Algérie environ 20000 personnes.&lt;br /&gt;
Dans la répartition des colonies qu’on allait fonder dans les trois provinces d’Algérie, celle d’Oran était de beaucoup la mieux partagée. Elle devait cette faveur à Lamoricière qui n’avait eu qu’à reprendre dans les cartons du Ministère de la Guerre, le projet de colonisation adressé par lui à son prédécesseur. C’est ainsi qu’entre Oran et Mostaganem, on allait échelonner : Assi-Ameur, Assi-Ben-Okba, Assi-ben-Féréah, Assi-bou-Nif, Saint-Louis, Fleurus et Mangin ; plus près de la mer : Saint-Cloud, Kléber, Saint-Leu, Damesme, Mouley-Magoum, Meffessour et le Vieil-Arzew ; enfin autour de Mostaganem : Aboukir, Rivoli, Karouba, Tounin, Aïn-Nouissy, Aïn-Tédelès et Souk-el-Mitou.&lt;br /&gt;
Le premier convoi d’émigrants partit de Paris, en grande pompe, au début d’octobre 1848. Les autorités civiles, militaires et religieuses étaient sur les quais de la Seine, parmi la foule enthousiaste. Lamoricière harangua les futurs colons et l’Archevêque les bénit. « C’était, a-t-on écrit, une espèce de croisade civile et sociale, en laquelle partants et restants croyaient avec foi ». Les départs se succédèrent rapidement jusqu’à la fin de l’année, avec le même cérémonial ; les convois s’ébranlaient aux accents de la Marseillaise et du Chant des Girondins, lequel subissait de temps à autre des variantes comme celle-ci : - Nourris par la Patrie, C’est le sort le plus beau….&lt;br /&gt;
Le Gouvernement avait fait aménager spécialement des bateaux plats de 30 m. sur 6, qui empruntaient la Seine, les canaux de Briare, de la Loire et du Centre, puis la Saône et le Rhône, presque toujours au pas lent des chevaux de halage. A Marseille, on s’embarquait enfin sur quelque frégate, peu pressé d’arriver à destination.&lt;br /&gt;
Pendant que les émigrants voguaient vers l’Algérie, les Officiers chargés d’organiser les colonies agricoles, employaient les soldats aux travaux les plus urgents.&lt;br /&gt;
C’est ainsi qu’Assi-bou-Nif voyait le jour, par les soins du Lieutenant Oudard, directeur adjoint, placé sous les ordres du Capitaine Millerou, directeur de la colonie de Saint-Louis.&lt;br /&gt;
L’Administration, pour choisir l’emplacement des villages, avait cherché à résoudre en premier lieu la question de l’eau potable. Tous les nouveaux centres autour d’Oran avaient été placés auprès d’anciens puits ou hassi, dont les noms indigènes ont du reste été souvent gardés sans changement. C’est le cas d’Assi-bou-Nif.&lt;br /&gt;
Les soldats logeaient sous la tente, à proximité de l’emplacement réservé au village lui-même qu’ils avaient mission d’aménager. Le plan était des plus simples : rectangle limité par des « boulevards » qui attendaient des arbres, rues coupées à angles droits, au centre la place destinée à recevoir l’église et la mairie. Le tout était fortifié, c’est à dire entouré de fossés, surmontés eux-mêmes d’un talus extérieur. Aucune maison n’était encore construite. Les colons furent logés dans des baraques ou sous la tente. Par la suite la tâche assignée à l’armée devait rester multiple : creuser les puits, construire les habitations, participer au besoin aux divers travaux des champs ; sans parler du rôle de surveillance et de protection assuré par les patrouilles.&lt;br /&gt;
Le Directeur de la colonie avait sous ses ordres, non seulement les soldats, mais les colons soumis eux aussi au régime militaire. Chaque soir, le clairon sonnait l’extinction des feux. Dès les premiers jours, tous les hommes durent être présents, matin et soir, à l’appel du travail. Des vivres et autres subventions devaient être distribuées comme prévu pendant les trois premières années. Une ration complète comportait par personne et par jour : 200 g. de pain pour soupe, 200 g. de biscuit, 200 g. de viande fraîche, 28 g. de chandelle, 18 g. de semoule, 200 g. de vin et 10 centimes d’indemnité. Les enfants de 2 à 12 ans recevaient une demi-ration, les plus petits ne touchaient rien. Il faut ajouter à ces distributions quotidiennes d’autres distributions périodiques de souliers, chapeaux, chemises et autres vêtements. Les distributions cessèrent en 1851 et furent remplacées par une indemnité de cinquante centimes par tête.&lt;br /&gt;
Chaque colon, disait l’arrêté du 27 septembre 1848, recevra une « habitation que l’Etat fera construire dans le plus bref délai possible et qui satisfera strictement aux besoins de l’exploitation agricole ». Dès les premiers mois de 1849, la construction des maisons de colonie se poursuit activement à Assi-bou-Nif, par les soins des soldats.&lt;br /&gt;
Le village avait été divisé en lots d’égale contenance. A mesure que les maisons sont prêtes, elles sont tirées au sort et livrées aux colons. La partie de chaque lot qui n’est pas bâtie, devient cour ou jardin. Les rapports périodiques du Directeur donnent quelques précisions sur l’avancement des travaux. En août 1849, parmi les « maisons de familles de deux chambres » 20 sont terminées et 26 à construire ; parmi les « maisons de célibataires de une chambre » 28 sont terminées et 28 sont à construire. A la fin de 1851 25 maisons de quatre pièces et 9 maisons de deux pièces sont terminées, soit 59 logements.&lt;br /&gt;
On connaît le style uniforme et l’architecture peu compliquée de ces maisons de colonie : peu de chaux dans le mortier, toiture basse, pas de plafond mais un plancher sous tuile, auvent pour protéger les murs.&lt;br /&gt;
Un rapport du 27 mars 1850 signale que les colons ont tous grande crainte de voir arriver les chaleurs sans que leurs maisons soient « carrelées », en raison des puces et autres insectes qui pullulent dans la terre et se développent avec une rapidité effrayante.&lt;br /&gt;
Les édifices publics bâtis en 1849 sont également des maisons de colonie : l’une sert de mairie, l’autre d’église, une troisième de dépôt pour le ravitaillement. Un local est réservé pour l’école ; en attendant l’arrivée d’un personnel enseignant, les enfants sont confiés à une dame du village, Madame Fritz, qui n’a pas de diplômes mais toutes capacités, une grande moralité et des principes religieux. &lt;br /&gt;
En août 1849, on a déjà creusé 4 puits d’eau potable et 18 pour l’arrosage ; à la fin de la même année, il existe 26 puits, dans lesquels les eaux sont abondantes et de bonne qualité.&lt;br /&gt;
Les colons ont reçu dès le début, des instruments de travail à raison de 1 pioche, 1 bêche, 1 binette, 1 fourche de fer par famille ; d’autres outils sont fournis à quelques familles : râteaux, hachettes, etc…Enfin 24 bœufs ont été envoyés à Assi-bou-Nif mais ils sont vieux et usés. Le matériel de la colonie se monte en mars 1850 à : 27 bœufs, 4 chevaux, 2 mulets, 22 charrues, 6 herses, 9 jougs à cou, 27 jougs à tête, 7 charrettes et tombereaux, 4 harnais, 89 pioches, 53 fourches, 69 bêches, 53 binettes. Les inventaires des années suivantes ne sont pas beaucoup plus variés.&lt;br /&gt;
Il fallait tout juste ¼ de siècle après l’arrivée des premiers colons un certain effort d’imagination pour se représenter les environs d’Assi-bou-Nif tels que les virent ces premiers colons. « La terre, écrivait le Directeur en 1849, est entièrement couverte de lentisques et de palmiers. Le lentisque est la plante la plus répandue sur les terrains de la localité, il y forme des taillis très fourrés ; aussi le travail du défrichement y est-il très pénible et ne s’effectue-t-il que lentement. Par compensation, les colons ont beaucoup de bois dont ils peuvent tirer bon parti ». Les moyens de transport de la colonie sont mis à leur disposition pour aller vendre le bois à Oran. Il est vrai qu’en mars 1850, les routes qui relient le village aux autres centres de population sont toutes débroussaillées ; il ne reste plus qu’à les défricher et les empierrer. La route d’Oran est la première à aménager.&lt;br /&gt;
En raison des difficultés que présente le défrichement, les lots de culture ont été divisés en trois zones : lots de jardins de 20 ares chacun autour du village ; lots de 2ème zone de chacun 2 hectares à défricher immédiatement ; lots de 3ème zone qui seront distribués et défrichés plus tard. Les colons s’occupèrent d’abord des jardins. A la fin de l’année 1849, le Directeur compte 54 jardins défrichés dont 21 entièrement et les autres au moins en partie ; pour l’époque des semailles, ajoute-t-il, il y aura, sans compter les jardins, 10 hectares de prêts. En 1850, on a semé 21 hectares en orge, 3 en froment et 13 kilos de graines potagères dans les lots de la 1ère zone. En 1851, on a défriché 160 hectares dont 94 sont semés en orge et 58 en blé. En 1852, sur 188 hectares défrichés, 169 sont cultivés (60 en blé, 107 en orge, 1 en pommes de terre, 1 en plantes potagères). En 1855, on compte 195 hectares de blé tendre qui produisent 567 hectolitres, 12 hectares de blé dur et 27 hectolitres, 11 hectares d’orge qui produisent 61 hectolitres.&lt;br /&gt;
On pense aussi aux arbres : 118 ont été plantés durant les 6 premiers mois. Avant la fin de 1849, ce sont 80 mûriers que l’Administration fait planter sur la route d’Oran, et 38 autres qui le sont par les colons ; on a de plus distribué 27 boutures de vigne par famille. En 1855, la place du village ainsi que les rues principales sont entièrement plantées d’arbres. On compte 300 sujets dans l’ensemble de la colonie.&lt;br /&gt;
Assi-bou-Nif n’a pas été peuplé par le seul contingent arrivé en décembre 1848. La France n’avait pas cessé de recruter des colons, et de nouveaux convois continuaient d’amener des émigrants qui se dispersaient dans les différentes colonies.&lt;br /&gt;
Assi-bou-Nif n’en reçut que quelques-uns en 1849, mais davantage en 1850 et durant les premiers mois de 1851.&lt;br /&gt;
Les premiers registres de mariage et de décès, à défaut de tout autre document, indiquent que les premiers colons étaient originaires de Saint-Claude, Besançon, Aoste, Clermont-Ferrand, du Tarn, de la Marne, de la Nièvre, de la Drôme, du Pas-de-Calais. La population est donc très mêlée; le dernier survivant des premiers pionniers, monsieur Eléonore Guyonnet, est décédé au cours du mois de janvier 1909.&lt;br /&gt;
Dès 1850, les noms alsaciens devinrent très nombreux: Heinrich, Kosper, Guckert, Roth, Schaeffner, Holzscherer, Küss, Kriss, Fritz. Cette population d&#039;Alsaciens, vivant en groupe, sans trop se mêler au reste des habitants, eut tendance à faire bande à part. Quoiqu&#039;il en soit, à Assi-Bou-Nif comme à Assi-Ameur, leurs maisons sont groupées dans un quartier qui leur appartient.&lt;br /&gt;
Disons tout de suite que ces Français transplantés subitement en Afrique, allaient être soumis à une épreuve plus dure qu’ils ne l’avaient prévue, et que beaucoup ne devaient pas surmonter.&lt;br /&gt;
Mais les colons, même les mieux disposés, durent constater bientôt que la bonne volonté ne suffisait pas et qu’ils n’étaient nullement préparés à leur nouveau métier. Ils découvrirent combien c’est une carrière ingrate quand on y entre vers le milieu ou le déclin de la vie, ce qu’elle exige de patience, de vigueur et de santé, enfin ce que la différence des climats y ajoute de peines, de difficultés et de mécompte. Il ne se trouvait à Assi-bou-Nif qu’un petit nombre d’anciens ouvriers des champs, les autres avaient exercé les métiers les plus divers. On ne pouvait, écrit le Directeur après quelques mois d’expérience, s’attendre au moins cette première année, à un travail soutenu de la part de gens non acclimatés, et pour la plupart neufs au métier de cultivateur ; la pioche n’a guère de puissance entre les mains d’un bijoutier, d’un graveur, etc. et même d’un serrurier ou d’un charpentier. Le corps n’étant pas habitué à ce genre de travail, se fatigue vite ; et j’ai pu remarquer que ceux qui ont travaillé avec le plus d’ardeur et de courage, ont presque tous été les premiers malades.&lt;br /&gt;
Pour former des agriculteurs, l’Administration avait, en 1849, désigné dans chaque colonie un moniteur agricole ; mais celui qui est chargé d’Assi-bou-Nif réside à Saint-Louis et en fait ne paraît guère. Un peu plus tard, le Directeur lui-même, muni d’un « Traité d’agriculture et d’hygiène appliquée en Algérie », fait aux colons des lectures commentées ; mais cette éducation théorique profite peu. Le meilleur professeur sera l’expérience qui viendra avec le temps.&lt;br /&gt;
En somme,  de même qu’on a signalé plusieurs arrivées de colons entre décembre 1848 et  les premiers mois de 1851, il faut enregistrer aussi de nombreux départs. Les 54 pionniers de 1848 avaient été assez vite catalogués par le Directeur en cinq catégories : treize d’entre eux, disait-il, en raison de leurs forces physiques, de leur courage, de leur ardeur au travail et de leur conduite devaient réussir ; douze autres qui n’offraient pas autant de garanties avaient encore quelques chances ; quinze autres par manque de force physique ou ignorance complète des plus simples connaissances de l’agriculture ne pouvaient que difficilement réussir ; enfin huit ne rêvaient que de leur retour en France et six étaient des indésirables. En fait, parmi ces 54 intéressés, 26 seulement se trouvent en 1851 sur la liste des concessionnaires, les 28 autres ont repassé la mer.&lt;br /&gt;
Parmi les contingents de colons arrivés en 1849, 1850 et 1851, la proportion des départs n’a sans doute pas été aussi forte, mais les épreuves ont abouti au même triage qui n’a laissé à Assi-bou-Nif que les plus vaillants.&lt;br /&gt;
Les colonies de 1848 ont eu parfois mauvaise presse. Pour les juger aujourd’hui équitablement, il suffit sans doute, mais il est nécessaire, de distinguer une fois pour toutes, les défaillants qui reprirent le chemin de la France après un temps d’épreuve plus ou moins prolongé et les véritables colons qui ont continué de porter le poids des jours et de la chaleur, sous le ciel d’Afrique.&lt;br /&gt;
L’étendue des terres à concéder en 1848, sur le territoire d’Assi-bou-Nif, était en principe de 800 hectares, partagés en 80 concessions. Chaque concession à son tour fut répartie en trois zones.&lt;br /&gt;
D’après le régime établi pour les colonies de 1848, les concessionnaires recevaient d’abord un titre provisoire, qui ne pouvait être l’objet d’aucune substitution, aliénation ou hypothèque. Trois ans après cette prise de possession, les terres concédées étaient soumises à une vérification des travaux exécutés. Les colons qui, pour une raison sérieuse, n’avaient pas suffisamment mis leurs terres en état, pouvaient obtenir un nouveau délai. Enfin lorsqu’ils avaient mis en valeur la totalité des terres arables comprises dans leurs concessions, ils voyaient leurs titres provisoires convertis en titres définitifs et ils devenaient propriétaires incommutables des habitations construites pour eux et des lots qui leur avaient été affectés. Pendant les trois mois qui suivaient la délivrance du titre définitif, les colons ne pouvaient aliéner leurs terres ou leurs maisons qu’à la condition de rembourser préalablement à l’Etat le montant des dépenses effectuées pour leur installation. Passé ce délai, ils pouvaient disposer à leur gré de leurs propriétés.&lt;br /&gt;
Ce régime resta en vigueur jusqu’à la promulgation du décret du 26 avril 1851, qui imposa aux concessionnaires des conditions très différentes. Désormais le rôle de l’Administration était réduit au minimum. Les postulants devaient commencer par justifier de moyens financiers  proportionnés à l’importance de la concession demandée, et pourvoir eux-mêmes à leur installation. Les titres qu’ils recevaient aussitôt stipulaient des clauses résolutoires, en cas de non-exécution des obligations imposées. La commission de vérification procédait ensuite comme pour les colons de 1848. Quand les conditions imposées se trouvaient exécutées, l’immeuble était déclaré affranchi de la condition résolutoire. Dans le cas contraire, il était statué, soit sur la prorogation du délai, soit sur la déchéance totale ou partielle.&lt;br /&gt;
Après 1851, par suite des départs et de quelques déchéances, il y eut à Assi-bou-Nif des concessions vacantes. D’autre part, l’étendue des terres à concéder fut accrue par l’annexion de 400 hectares de Sidi-Ali ; il y eut donc place pour de nouveaux colons qui vinrent les uns après les autres, à différentes dates, compléter le peuplement d’Assi-bou-Nif.&lt;br /&gt;
L’on vit à cette époque affluer d’Oranie, du Maroc et d’Espagne de nombreux émigrants espagnols ; la majorité d’entre eux étaient ouvriers agricole et apportèrent par leur savoir, leur courage et leur endurance dans ce climat hostile auquel ils étaient beaucoup plus habitués que la majorité des colons un essor non négligeable à l’agriculture.              &lt;br /&gt;
Une liste de 1855 donne les noms de 19 colons qui ont, à cette époque, reçu leur titre définitif, et de 30 autres qui sont en instance de le recevoir. Bientôt après commencèrent les transactions. Certains vendirent leurs concessions, d’autres au contraire agrandirent leurs propriétés. Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour reconnaître que l’étendue des concessions primitives fut ridiculement insuffisante. Il en est résulté que les ouvriers de la première heure n’ont pas toujours récolté le bénéfice de leurs efforts. Ceux qui sont venus après eux et qui ne furent certes pas non plus sans mérite, ont eu généralement un meilleur départ et obtenu des résultats plus heureux.&lt;br /&gt;
Sans parler des cultures maraîchères, qui occupèrent au moins les jardins autour du village, les terres défrichées furent dès le début consacrées surtout aux céréales. A cette époque cependant, les plantes industrielles, tabac et coton en particulier, sont fortement recommandées par le Gouvernement ; mais on n’en fit jamais à Assi-bou-Nif que de timides essais. En 1851, le Directeur, eu égard aux chances de bonne culture du coton, passe une commande pour semer 10 hectares ; il est vrai qu’il parle aussitôt de réduire cette étendue de moitié, si l’on peut obtenir plutôt des semences de pommes de terre. En 1855, les cultures industrielles se résument à 6+ ares de garance. En 1859, quelques colons seulement plantent du tabac et du coton et obtiennent des résultats satisfaisants. En 1861, un seul colon s’occupe de culture industrielle (celle du tabac), mais sur une étendue de terrain presque insignifiante.&lt;br /&gt;
Le lieutenant Oudard, qui avait présidé à l’installation des colons, fut remplacé en 1850, comme directeur-adjoint sous les ordres du Directeur résidant à Saint-Louis, par le lieutenant Richou du 12ème Léger. Celui-ci eut comme successeur, en 1851, Charles Tanchou lieutenant au 1er Etranger, promu cette fois Directeur, faisant fonction d’officier d’Etat civil et chargé d’Assi-Ameur comme annexe. C’est le lieutenant Tanchou qui inaugura le registre des naissances, mariages et décès d’Assi-bou-Nif, jusque-là inscrits à Saint-Louis. Pour l’administration du village, il était assisté d’une commission consultative, dont les membres étaient choisis parmi les colons et élus par eux.&lt;br /&gt;
Mais ce régime militaire était tout provisoire. La transmission des pouvoirs à l’autorité civile fut ordonnée par arrêté du Gouverneur Général Randon le 18 juin 1852, et devait être opérée avant le 31 décembre de la même année. Le premier Maire choisi en 1852 parmi les colons fut Maurice Boulmé, qui ne resta que peu de temps en fonction et eut comme successeur Pierre Fritz. L’un et l’autre ne furent du reste que des fonctionnaires chargés d’exécuter des ordres. Assi-bou-Nif, d’abord rattaché au cercle d’Oran, fit ensuite partie du district d’Arzew jusqu’en 1856.&lt;br /&gt;
A cette époque, Napoléon II songeait à multiplier les communes algériennes, dans le but d’accroître les ressources des localités, d’y stimuler le zèle des populations et l’activité des administrations locales. Parmi les 28 nouvelles communes instituées par Décret Impérial du 31 décembre 1856, figurait Fleurus dont Assi-bou-Nif devenait une annexe. Le Maire et le Conseil Municipal siégeaient à Fleurus et Pierre Fritz en faisait partie à titre d’adjoint pour Assi-bou-Nif. Cette situation se prolongea jusqu’au 22 septembre 1870, date à laquelle Assi-bou-Nif fut à son tour érigé en commune de plein exercice.&lt;br /&gt;
Après la fondation de fait, la fondation d’Assi-bou-Nif reçut sa sanction officielle par un décret du 11 février 1851 ainsi conçu : » Art.1er – la colonie agricole créée en vertu du décret de l’Assemblée Nationale du 19 septembre 1848, à 4 kilomètres Ouest de Fleurus, prendra le nom d’Assi-bou-Nif. – Art.2 – Un terrain agricole de 1.078 hectares est affecté à ce centre de population ».&lt;br /&gt;
En fait la colonie d’Assi-bou-Nif, avec son annexe Assi-Ameur, s’étendit sur 2.486 hectares dont 1.446 pour Assi-bou-Nif et 1.040 pour Assi-Ameur. Une nouvelle modification intervint lorsque Assi-bou-Nif passa en territoire civil et devint section de la commune de Fleurus ; son territoire fut alors ramené à 1.314 hectares.&lt;br /&gt;
Enfin devenu commune de plein exercice, Assi-bou-Nif put prétendre à un peu plus de développement, bien  que les centres créés dans la région d’Oran soient trop voisins les uns des autres, pour atteindre l’extension accordée généralement aux communes sur les autres points d’Oranie. « La superficie totale de la commune d’Assi-bou-Nif, écrivait-on vers 1910, est de 2.048 hectares. Les communes d’Arcole et de Sidi-Chami servent de limite au Nord-Ouest et au sud-est, celle d’Assi-Ameur à l’ Est. Le communal de 500 hectares a été acheté par la commune à l’Etat ; 100 hectares ont été défrichés en 1906 et loués pour 18 ans aux propriétaires ».&lt;br /&gt;
Voilà la première étape de l&#039;histoire d&#039;Assi Bou Nif, étape militaire et héroïque. C&#039;est le moment où la brousse recule devant la pioche du colon. Lentisques et palmiers sont dirigés sur Oran, sur des chars à boeufs, par des chemins difficiles et pas toujours sûrs. Derrière chaque buisson on a peur de voir surgir le fusil d&#039;un indigène. Remarquons en passant que Mangin et Assi Ameur dépendaient d&#039;Assi Bou Nif au point de vue civil. Plusieurs actes en font foi.&lt;br /&gt;
En 1865, l’Empereur Napoléon III effectue un grand voyage en Algérie qui l’amène à visiter un certain nombre de villages tant dans l’Algérois, que dans l’Oranais, que dans le Constantinois. Le 20 Mai 1865, le Souverain quittait Oran pour se rendre à Mostaganem ; sa première halte fût pour Assi-Bou-Nif, puis, le cortège poursuivant sa route vers Mostaganem passa à Saint-Cloud où il ne s’arrêta pas, par contre il fit une seconde halte à Sainte-Léonie village peuplé de nombreux Allemands ; ces derniers firent un accueil triomphal au Souverain « en brandissant des drapeaux allemands ».&lt;br /&gt;
La population d&#039;origine purement française a commencé à progresser lentement à partir de 1855; les statistiques comptent désormais, parmi les Européens, une importante fraction d&#039;origine espagnole. Malgré cet apport intéressant, la population musulmane croit plus rapidement à chaque recensement.&lt;br /&gt;
Années	Européens	Musulmans	Total Population&lt;br /&gt;
1849	130		&lt;br /&gt;
1850	143		&lt;br /&gt;
1851	184		&lt;br /&gt;
1852	187		&lt;br /&gt;
1861	186		&lt;br /&gt;
1871	254		&lt;br /&gt;
1875	284		&lt;br /&gt;
1901	503		&lt;br /&gt;
1906	408	153	561&lt;br /&gt;
Dans ces 408 Européens il faut y compter 167 ressortissants espagnols et marocains&lt;br /&gt;
1911	422	199	621&lt;br /&gt;
1921	316	243	559&lt;br /&gt;
1926	269	352	626&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme tous les villages de 1848, Assi-bou-Nif a peu changé d’aspect. Aux anciennes maisons de colonie, basses et dépourvues de tout confort, les colons ont substitué, selon leurs goûts et leurs moyens, des habitations plus spacieuses et plus variées. Les édifices publics du début ont fait place, eux aussi, à des bâtiments plus somptueux.&lt;br /&gt;
La magnifique salle des fêtes, inaugurée en 1938, réalisée par la dynamique municipalité de l’époque à la tête de laquelle se trouvait monsieur Pellissier notre dernier Maire élu(1962)disparu depuis, et M. Pinazo son adjoint. Les terrains de sport, les boulodromes où se sont tant de fois mêlés les jeunes et moins jeunes des deux communautés.&lt;br /&gt;
La première église, construite en même temps et dans le même style que les maisons de colonie, attendait un curé depuis 1849. Au mois de février 1853, l’abbé Joseph Desbois, précédemment curé de Fleurus, était appelé à fonder la paroisse d’Assi-bou-Nif. La maison qui, de 1849 à 1852, avait été habitée par le Directeur militaire de la colonie, devint presbytère ; elle le restera jusqu’à la « fin ».&lt;br /&gt;
Dans le premier acte de baptême, il s&#039;intitule &amp;quot;Curé de l&#039;Eglise St-Dominique&amp;quot;. On ignore quelle autorité a donné ce nom de saint patron. Sur trois baptêmes et un mariage de cette première année, deux baptêmes et le mariage sont signés par le Frère Le Baillou. &lt;br /&gt;
A Joseph DESBOIS, se succédèrent Lefranc de 1870 à 1872, Lacroix 1872-1876 nommé par ordonnance de Monseigneur Callot, premier évèque d&#039;Oran; avec Mr Lacroix on trouve les recettes de la fabrique à leur point culminant; celle-ci fut crée en 1858, la première séance eut lieu le 18 juillet. Mathieu Lindbeiner, J.B. Heranux, B. Michel furent nommés Conseillers par Monseigneur Pavy le 24 avril; Pierre Pallier, J.Pierre Fromental par le Préfet Majorel décret du 25 juin au Maire de Fleurus.&lt;br /&gt;
Le premier budget établi lors de ce premier conseil se soldait par 25 francs de recette et 617 francs de dépenses.&lt;br /&gt;
La recette de 1877 s&#039;élevait à 571,65 francs. Le premier tarif des oblations est approuvé sous Messieurs Lacroix et Lefranc.&lt;br /&gt;
Monsieur Schouppe succéda à Lacroix et mourut à Cassaigne des suites d&#039;une chute dans l&#039;escalier de son logement; D. Gilloux 1882-1889 prend possession du presbytère le 1er octobre; il y fait bâtir le premier étage, construire le mur de soutènement du jardin et il acheta la cloche qui dura jusqu&#039;en 1962. Monsieur Gilloux mourut le 11 février 1907, il était alors curé de St-Eugène.&lt;br /&gt;
Léopold Vermenouze installé le 1er avril 1889 ne fut qu&#039;un oiseau de passage et repartit sans même avoir déballé ses affaires en juin de la même année. &lt;br /&gt;
J.B. Cubizolles en prit la succession le 8 juin 1889, à son initiative la future église fut construite sur le même emplacement que la précédente. La première pierre (un gros bloc qui se trouve à l’angle gauche de la façade, au ras du sol) a été posée le 23 février 1896. Le gros œuvre fut achevé en août de la même année. La bénédiction et l’inauguration eurent lieu pour la fête de Saint-Dominique, sous la présidence de Mgr Lafuma – vicaire général. L’édifice, sacristie comprise, couvre un rectangle de 19 mètres sur 8 ; l’ensemble, et particulièrement la façade, sont de bon goût.&lt;br /&gt;
Cette nouvelle église d&#039;Assi-Bou-Nif paraît coquette extérieurement; les arbres l&#039;entourent d&#039;une ceinture de verdure qui masque son aspect légèrement massif et écrasé. Les fenêtres, au nombre de dix, sont en ogive et ornées de vitraux. Les murs peints à l&#039;huile sans tons criars, le maître-autel ainsi que les fonds baptismaux sont en marbre blanc et le monumental confessionnal lui donnent un air de gentillesse. Tout laisse clairement apparaître qu&#039;un homme de goût a présidé à son ornementation.&lt;br /&gt;
Une horloge se trouve dans le clocher qui culmine à 25 mètres et trois cadrans garnissent trois des faces; l&#039;église, elle-même, sacristie comprise couvre un rectangle de 19x8 extérieurement. L’unique cloche pesant 85 kgs que contient la flèche sert à deux fins. Elle sonne les heures, réglant ainsi depuis des années pour les paisibles habitants d’Assi-bou-Nif, le temps du travail et du repos. Elle s’ébranle aussi pour les évènements heureux ou tristes de la vie du village, des baptêmes aux trépas et sa voix qui se répandait sur Assi-bou-Nif évoquait pour la génération vivante, avec le souvenir des fondateurs disparus, toutes les leçons d’un passé riche en promesses d’avenir. Ses prénoms sont : Anna, Maria, Charitas et a pour parrains deux Oranais: Monsieur et madame Geneste; cette cloche fût achetée par souscription publique par monsieur Gilloux.&lt;br /&gt;
L&#039;ancienne cloche, hors d&#039;usage, a été revendue au fondeur. Elle était pourtant précieuse puisque depuis 1854 elle avait été le témoin heureux ou attristé de la vie d&#039;Assi-Bou-Nif. Son parrain était également un Oranais – monsieur Viala de Sorbier – architecte des bâtiments civils, et sa marraine, une des premières venues au village qu&#039;elle n&#039;avait jamais quitté, madame veuve Michel Schaeffner.&lt;br /&gt;
Le presbytère est assez loin de l’église, dans la rue de Ben Okba. Il est spacieux, un jardin est attenant. Il y a un puits et une pompe. De 1848 à 1852 le presbytère fut habité par le lieutenant directeur de la colonie agricole. A son départ, l’abbé Dubois prit sa place, elle a été conservée jusqu’à ce jour.&lt;br /&gt;
J.B. Cubizolles  fut remplacé en 1900 par G. Blanc qui venait d&#039;Aïn-Tédelès. Il se retira dans ses terres de St-Michel de Llottes (Pyrénées Orientales) le 1er octobre 1907.&lt;br /&gt;
Lorsque P. Fabre prend possession du poste, la Loi de Séparation des Eglises et de l&#039;Etat était promulguée en Algérie depuis trois jours. Les inventaires prévus par la loi ont été faits le 24 juin 1908. Depuis le 1er janvier 1909 le presbytère, propriété de la commune, a été loué par le curé à raison de 10 francs par mois. Les biens de la Fabrique sont mis sous séquestre; le dernier culte organisé produisit la première année 575 francs.&lt;br /&gt;
 Heureux les peuples qui n&#039;ont pas d’histoire, a prétendu je ne sais quel penseur. Si la sentence est encore vraie pour les villages, Assi Bou Nif doit jouir d&#039;un bonheur à peu près parfait. &lt;br /&gt;
 D&#039;autres centres ont été inaugurés solennellement avec le concours d&#039;autorités officielles.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Patrickguillas</name></author>
	</entry>
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		<title>Histoires Ain Sefra - Ville</title>
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		<updated>2008-01-10T15:11:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Patrickguillas : AÏN-SEFRA 1952/1959&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;AÏN-SEFRA 1952/1959&lt;br /&gt;
C’est donc, dans ce petit village perdu aux confins du sud-oranais,.que mes souvenirs sont les plus marqués et qu’ils y apportent la nostalgie du passé.&lt;br /&gt;
Aïn-Séfra. Que de souvenirs restent encore ancrés au plus profond de moi-même, le temps passé en ce lieu me passa de l’enfance à l’adolescence, de la sérénité à l’angoisse, de la paix à la guerre.&lt;br /&gt;
J’avais tout juste 8 ans lorsque nous arrivâmes à Aïn-Séfra ; personne ne parlait de guerre, aucun signe extérieur dans le comportement des populations ne laissait apparaître les prémices d’une rébellion. Je quittais Aïn-Séfra à l’âge de 15 ans, la guerre avait éclaté depuis 5 ans, j’en avais vécu les horreurs des massacres perpétrés par les membres du F.L.N.(Front de Libération National)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Papa, employé aux C.F.A. (Chemins de Fer Algérien) fut muté en 1952 , d’Oran où nous vivions, à Aïn-Séfra. Il retrouvait ainsi ce village qu’il avait connu autrefois et où il avait vécu plusieurs années de 1927, date à laquelle la famille quitta Saint-Cloud pour s’installer à Séfra où  grand père exerçât aux CFA comme chef de train, jusqu’en 1938 après son retour de l’armée. La famille logeait alors rue du Père Dalleret et avaient pour voisins la famille Lajarra. Il s’avère que quelques années plus tard nous allions également loger dans la même rue.&lt;br /&gt;
En attendant de trouver un logement, nous vécûmes quelque temps à l’Hôtel du Sud dont le propriétaire monsieur Simonin nous fit grâce de bonté et générosité; un accord entre lui et papa nous dispensait de loyer, et en retour, maman assurait l’entretien de l’hôtel et la permanence  lorsque monsieur Simonin s’absentait.&lt;br /&gt;
André Simonin avait bien connu mes grands parents paternels et plus particulièrement papa qui allait à l’école chez les Pères Blancs ainsi que André un peu plus jeune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ne me fallut pas très longtemps pour découvrir l’oued qui était à deux pas de l’hôtel. Il devint immédiatement mon terrain de jeux favori. C’est du reste, dans l’oued que je fis la connaissance d’autres garçons de mon âge ou un peu plus âgés qui, tout comme moi, avaient pris l’oued comme cour de récréation. Il est vrai que c’était le seul endroit où nous pouvions nous adonner à de multiples activités et jeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un de nos loisirs favoris consistait à chasser scorpions et vipères que nous vendions à monsieur Zaoui le pharmacien du village moyennant quelques menus monnaies ; cette chasse bien que périlleuse était somme toute un passe-temps rémunérateur, de plus, par la fréquence des chasses, nous étions tous devenus des experts et n’avions aucune appréhension - était-ce l’âge ?, à soulever les pierres sous lesquelles nichaient les scorpions, ces magnifiques scorpions noirs appelés« scorpion tueur d’hommes  (androctonus noir Australis Hector).&lt;br /&gt;
nous placions des boites autour d’un caillou qui nous semblait abriter une nichée, puis à l’aide d’un bâton nous soulevions la pierre. C’était alors une débandade de scorpions qui fuyaient en tous sens, dard à la verticale, et qui n’avaient pas d’autre choix qu’entrer dans l’une des boites placée autour du caillou. Nous n’avions plus qu’à retourner la boite et la couvrir.&lt;br /&gt;
Parfois nous tentions, lorsque le courage nous prenait, de saisir une de ces magnifiques bestioles par la queue qui portait en son extrémité le redoutable dard.&lt;br /&gt;
J’avoue bien humblement n’avoir jamais tenté l’expérience.&lt;br /&gt;
Le Père Diesté, lorsque j’étais dans les Scouts, nous avait appris à fabriquer du sérum anti venin des scorpions à partir de la queue du scorpion trempée dans un bain d’huile ; mais je ne me souviens pas du tout de la façon dont on s’y prenait.&lt;br /&gt;
Les jeunes Musulmans se délectaient de jouer des tours à leurs aînés ; farces que nous Européens, évitions de faire de crainte d’en subir les foudres car souvent mal interprétées.&lt;br /&gt;
Il y avait tout près de la rue de France, dans une rue perpendiculaire, un commerçant de primeurs prénommé Rahou ; ce commerçant vendait en plus des fruits et légumes et, une fois par semaine, du poisson et crustacés parmi lesquels des écrevisses.&lt;br /&gt;
En été, beaucoup de Musulmans dormaient sur le pas de leur porte sur une natte ou une petite zarbia jetée à même le sol, la tête enfouie dans un turban.&lt;br /&gt;
Les jeunes Musulmans qui allaient à l’école coranique et passant devant l’échoppe du commerçant chapardaient au passage une ou deux écrevisses qu’ils balançaient sur le dormeur tout en poussant des cris d’effroi, ce qui avait pour effet de réveiller le dormeur en sursaut et qui encore endormi s’imaginait être victime d’un scorpion. Là il poussait un cri, se levait d’un bond jetant son turban dans lequel parfois il s’emmêlait et se sauvait en hurlant : » &amp;quot;Ya haouji, Ya haouji, Agrab, Agrab &amp;quot; ( Au secours, au secours, un Scorpion, un Scorpion ).&lt;br /&gt;
La scène faisait éclater de rire les drôles mais également les passants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’avais fait la connaissance de mon premier scorpion au cours d’un repas où toute la famille était installée dans la cuisine de l’hôtel. La porte de la cuisine donnait sur une cour intérieure et était ouverte compte-tenu de la chaleur. Papa était assis le dos à la porte, Anne-Marie était à sa gauche, maman face à lui et moi j’étais à la droite de papa et avait le regard porté vers la cour ; soudain une bestiole que je n’identifiais pas pénétra dans la cuisine et courait vers la table autour de laquelle nous étions assis ; j’avais imaginé immédiatement que c’était une souris et je désignais la « chose » à mon père qui en même temps qu’il portait son regard sur le scorpion nous intimait de lever les pieds. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Papa se leva tout en nous renseignant sur la fameuse « chose » nous indiquant que c’était un scorpion noir parmi les plus dangereux ; le scorpion s’était immobilisé entre la table et l’entrée de la cuisine ; il semblait un peu perdu et ne savoir qu’elle direction prendre. &lt;br /&gt;
Je vis papa se saisir d’une bouteille d’alcool à brûler et très rapidement  en verser sur le sol autour du scorpion et enflamma simultanément l’alcool.&lt;br /&gt;
Le scorpion était aussitôt cerné par un rideau de flammes qui l’empêchait de franchir ce barrage. On vit le scorpion aller dans tous les sens cherchant visiblement une issue qui s’avérait improbable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Papa nous indiqua que le scorpion allait se suicider lui-même en se plantant le dard du bout de sa queue sur son dos. &lt;br /&gt;
Effectivement on pu voir le scorpion s’immobiliser, sa queue relevée en arc de cercle se planta alors sur son dos. Il mourut presque aussitôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le moment, je fus pris de compassion pour le malheureux scorpion et ne comprenais pas la raison pour laquelle papa avait décidé de tuer le scorpion de cette manière, il aurait pu tout aussi bien l’écraser ;  papa le ramassa pour le ranger dans une boite et ce faisant se mit à nous narrer la vie de cet animal en nous narrant les dangers qu’il représentait et la façon dont il fallait se prémunir pour éviter les piqures. Les règles élémentaires étaient de vérifier toujours l’intérieur des chaussures avant de les enfiler, de contrôler le dessous des traversins avant de se coucher, de veiller à tout endroit susceptible d’abriter la bête. Du reste, à la maison, les lits étaient tous surélevés. Ce fût pour moi, ce jour là, un magistral cours de sciences naturelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La tâche s’avérait plus délicate pour les vipères, et j’avoue que j’avais plus d’appréhension à chasser les vipères que les scorpions ; je pense que c’était sans doute de la répulsion à l’égard du reptile plus que de la peur. Bien qu’il nous faille être extrêmement vigilant à l’égard de ce serpent ; en effet cette redoutable vipère peut surgir quand on s’y attend le moins et fuser, semblable à un missile sol-air, sur un cavalier ou sur toute autre personne évoluant dans son sillage et le jeter à terre où elle le laisse froid. La vipère, avec le scorpion, reste l’ennemi de l’oasien.&lt;br /&gt;
Les oasiens et nomades élevaient des poules qui étaient les meilleurs prédateurs de ces deux animaux venimeux et du scorpion en particulier.&lt;br /&gt;
Les vipères dont la longueur était d’environ 40 à 50 cm, mais qui ne dépassait pas 50 cm, avaient la peau d’une couleur gris-jaunâtre et se confondaient avec l’environnement ; elles étaient fréquemment lovées sur les murs en boue et paille de clôture des jardins et il était difficile de les approcher ; nous préférions qu’elles soient à terre car dans ce cas pouvions aisément les déceler ; en effet elles laissaient sur le sol une trace de succession de petites fossettes d’environ 1,5 cm de large étalées sur 50 cm, ces traces correspondaient aux empreintes des vertèbres centrales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous pouvions, alors, à l’aide d’un roseau dont l’extrémité était fendue et formait une fourche, les immobiliser à la tête. Il n’en reste pas moins que nous ne perdions pas de temps pour les jeter énergiquement au fond du sac. Leurs morsures pouvaient également être mortelles.&lt;br /&gt;
Un jeune Musulman péri à la suite d’une morsure de vipère. Il était en train de chasser des gerbou’s (gerboises) ; ces animaux ont pour habitude de faire deux trous et on la coince en plongeant une main dans chaque trou. Malheureusement, ce jour là, le jeune ne trouva pas une gerbou’s mais une vipère qui avait élue domicile dans ce trou. Le malheureux ne survécut pas à la morsure.&lt;br /&gt;
Les charmeurs de serpents qui venaient au souk, juste à côté de l’oued semblaient ne pas les craindre du tout. En plus des vipères, ils avaient aussi des cobras noirs. Ils jouaient du Bendir (tam-tam), de la ghaîta (genre de cornemuse) ou de la gasba (flute) devant leurs serpents qui sortaient de grosses boites en bois et ondulaient gracieusement au son de ces instruments.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’oued nous fournissait également fruits et légumes que nous chapardions dans les jardins ; nous profitions de la sieste pendant laquelle le village somnolait et où pas une âme qui vive ne montrait le nez, ni dans le village même, ni dans les jardins. Les fellahs étaient la majeure partie du temps allongés contre un palmier et dormaient – en général – à poings fermés. Le chapardage était devenu un véritable jeu bien que la  besogne fusse bien plus délicate que la chasse aux bestioles car bien souvent nous ne dûmes notre salut qu’à la vitesse de nos jambes, ce qui nous permettait d’échapper à la fourche ou au bâton du paysan qui nous prenait en chasse et hurlait de pleins poumons : « Ya ouilli, ya ouilli, Hadha Khawwan, hadha khawwan, a gabdouch » (malheur à moi, malheur à moi, c’est un voleur, c’est un voleur, rattrapez le) ; son langage était parfois un peu plus chatié et c’était : »Kelb, beni kelb arwah menna, ma tahrabch » (chien, sale chien viens ici, ne te sauve pas).&lt;br /&gt;
Papa m’aida à fabriquer mon premier carico ; c’était un carico de compétition, nous pouvions monter à deux. &lt;br /&gt;
Sa fabrication était fort simple car elle consistait à placer à l’arrière d’une planche de dimension variable (l’idéal étant 50 cm de large sur 90 de long) 2 roulements à bille qui étaient montés sur un axe en bois lui-même cloué à l’arrière ; à l’avant nous avions un guidon sous lequel en son centre nous avions fixé un roulement à bille de dimension inférieure à ceux de l’arrière, ce guidon était tenu par un axe à l’avant de la planche et nous permettait de nous guider ; les freins étaient tout bonnement nos chaussures sous lesquelles nous fixions une planchette de bois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le pont qui menait vers les dunes et l’école des filles tenue par les Sœurs Blanches et qui enjambait l’oued était tout indiqué pour nos courses de caricos ; en effet sa pente était telle que nous pouvions la dévaler à toute allure jusqu’à quasiment l’entrée du village. Lors de ces compétitions qui se terminaient souvent par des chutes, le fond de nos culottes restait souvent collé au goudron, une partie de peau adhérait également au bitume et les cicatrisations s’opéraient par quelques coups de savates bien ajustés.&lt;br /&gt;
Et, lorsque nous n’étions pas sur le pont, nous étions dessous sur les poutrelles métalliques. Nous faisions, alors des concours de rapidité de traversée, en nous suspendant aux poutrelles et, à la force des bras, dans le vide, nous traversions, au cours de ces traversées à la force des bras de tomber et de nous rompre le cou, mais il faut croire que nous étions sportifs car jamais l’un d’entre nous ne chuta.&lt;br /&gt;
C’est encore et toujours, en ce lieu magique, que j’appris le sport équestre. Il y avait très fréquemment, dans l’oued, des ânes que les Arabes laissaient la journée. L’animal était attaché par une corde qui entravait la patte arrière et celle de l’avant ; nous prenions un malin plaisir à les détacher, à grimper sur leur dos et à les fait courir à toute allure, ce qui du reste n’était jamais simple car eux-mêmes n’étaient pas forcément disposés à courir. Qui peut être plus têtu qu’un âne ?&lt;br /&gt;
Pour moi qui étais novice et qui, je dois l’avouer, au début redoutais cet animal capricieux qui passait son temps à ruer, grimper sur sa croupe n’était pas aussi simple que l’on pourrait le croire et encore moins d’y tenir, d’autant que je n’étais pas très grand.&lt;br /&gt;
Je fis ma première tentative un jour où je me trouvais en compagnie d’André Rivas, un camarade un peu plus âgé – dont le père devait périr tragiquement quelques années plus tard – lors d’un attentat sur la voie ferrée.&lt;br /&gt;
Nous avions aperçu un magnifique âne qui me semblait gigantesque et qui avait plus la taille d’un mulet que d’un baudet. Malgré toutes mes tentatives et l’aide d’André je n’arrivais pas à grimper sur le « bourricot » qui ne cessait de bouger. Je décidais donc de prendre de l’élan et lui sauter sur la croupe. Ce qui devait arrivait arriva. Je pris tellement d’élan que je passais par dessus, à moins que ce ne soit le baudet qui ait avancé au même moment ; qu’importe, le résultat était là. Je m’étais retrouvé par terre avec un énorme « tchitchoté » sur la tête.&lt;br /&gt;
Mais j’avais décidé d’être plus têtu et, me relevant d’un bond, je me jetais sur l’âne et réussis à m’asseoir à l’arrière de sa croupe ; j’aurais pu profiter d’une ballade si de grands cris ne nous firent prendre conscience que le propriétaire n’était sans doute pas d’accord. En effet, un Arable affublé d’une immense djellaba, tenant un gourdin à bout de bras, arrivait au grand galop en vociférant comme un porc que l’on égorge. Je tairais les injures et insultes qu’il proférait à notre encontre.&lt;br /&gt;
En voulant nous jouer des jeunes musulmans, nous faisions endurer aux pauvres bourricots des supplices qu’ils ne méritaient pas.&lt;br /&gt;
En effet nous affectionnions les faire partir au galop afin qu’ils  désarçonnent leurs cavaliers en leur introduisant en place et lieu de suppositoire un piment fort qui avait l’effet immédiat de les faire bondir et démarrer en trombe.&lt;br /&gt;
Le malheureux cavalier se trouvait non seulement à terre mais il lui fallait ensuite rattraper l’âne qui continuait à galoper entre à terre.&lt;br /&gt;
Nous avions, cependant, tout intérêt à ne pas être reconnu car le gamin revenait très fréquemment accompagné soit de son père soit de ses frères aînés ; lorsque c’était le père nous prenions les jambes à notre coup ; par contre lorsque c’était les frères ou les copains c’était la bagarre assurée.&lt;br /&gt;
Les dimanche et jours de fête, nous allions passer la journée aux dunes. Nous y accédions après une petite marche qui nous faisait enjamber le pont, nous passions devant la redoute située à gauche et laissions un peu plus loin, à droite, l’école des Sœurs Blanches ; le Ksar était un peu plus haut, mais nous l’évitions par la gauche.&lt;br /&gt;
Enfin surgissait, comme un mirage, une luxuriante forêt d’essences aussi diverses qu’odorantes : les saules, les tamaris, les eucalyptus, les jujubiers, les dattiers de chine dont nous savourions le fruit farineux et sucré, les peupliers formaient une oasis de fraîcheur et de charme.&lt;br /&gt;
Les racines d’eucalyptus qui dominaient cette végétation d’essences aussi diverses nous fournirent nos premières cigarettes. Nous cherchions des racines du diamètre d’une cigarette que nous coupions à la longueur voulue et aspirions à pleins poumons, rejetant par la bouche et le nez la fumée qui montait en volutes. &lt;br /&gt;
Tous ces arbres aussi différents les uns que les autres avaient été plantés dès la fondation de la Redoute par l’autorité militaire qui voyait ainsi le moyen de fixer les sables. Mais, malgré ce barrage de verdure, lors de grands vents, le village était noyé sous le sable et, bien que toutes les ouvertures étaient obstruées, le sable s’infiltrait cependant partout.&lt;br /&gt;
Qu’aurait été Aïn-Séfra, au milieu de ce désert de pierres, s’il n’y avait eu ce havre de fraîcheur et de séduction.&lt;br /&gt;
Les dunes d’Aïn-Séfra étaient gigantesques et s’étendaient à perte de vue jusqu’aux contreforts du Djebel Mekter. Le gravissement de ses pentes était rude de part l’angle d’inclinaison et surtout la hauteur ; en revanche lorsque nous avions atteint leurs cimes, nous avions une impression de liberté totale, de silence, de beauté indescriptible ; aussi loin que portait notre regard, il n’y avait que le sable doré sur lequel se détachaient de temps à autre quelque fourré de tamaris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En cette période du début des années 1950, lorsque nous étions gamins,  notre trésor le plus précieux c&#039;était notre caisse de bouquins… Chacun d&#039;entre nous veillait jalousement sur ce grand carton contenant la matière première de nos rêves d&#039;enfants. A défaut de Pokémons, nos héros s&#039;appelaient Blek le Roc, Miki le Ranger, Pecos Bill, Akim, Tarzan, Zembla, Buck John ou Hoppalong Cassidy… La noblesse et la générosité les caractérisaient et nous prenions un malin plaisir à jouer leurs aventures, les jeudis et jours fériés, l’oued redevenait le Far West les tamaris formaient un rideau derrière lequel nous pouvions se soustraire à la vue des Cherokee ou des Apaches… à tous ces héros de l’ouest américain s’ajoutaient les aventures burlesques des « pieds-nickelés » et « pim-pam-poum ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fond de l’oued se transformait miraculeusement en Canyon et, dans cette immensité plus d&#039;une tunique rouge trouvait la mort dans un combat sans merci contre Geronimo ou Sitting Bull .&lt;br /&gt;
C’est ainsi que lors d’un combat aussi violent que la bataille de Little Big Horn entre Sioux et Tuniques Bleues le jeu faillit finir en drame.&lt;br /&gt;
C’est ainsi que lors d’un violent combat entre Apaches et Tuniques Bleues le jeu faillit finir en drame. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là nous étions toute une bande gamins à jouer aux « cow-boys et aux Indiens » ; notre terrain de combat se situait dans l’oued, autour du pont qui mène aux dunes.&lt;br /&gt;
J’ étais membre d’un groupe d’indiens attaqué par des Tuniques Bleues ; je possédais bien entendu, comme tout Indien digne de ce nom, un arc et des flèches. La partie se déroulait sereinement, au milieu de cris, de you-you, lorsque j’aperçus, perché sur une branche de figuier situé sur le côté du pont, Jean-Louis Thévenon qui était cow-boy, donc mon ennemi ; sans hésiter je décochai une flèche dans sa direction, un cri suivit et ce que je vis me remplit  d’effroi, la flèche s’était plantée dans l’œil droit. J’étais complètement affolé et m’enfuis à toutes jambes alerter ma mère à l’hôtel qui se trouvait tout proche.&lt;br /&gt;
Je ne revis mon camarade qu’une dizaine de jours après l’incident ; la flèche n’avait pas touché d’organe sensible et mon camarade n’aurait aucune séquelle. J’avais craint le pire, aussi bien pour mon camarade que pour mes parents ; en effet je craignais que monsieur Thévenon ne crée des préjudices à mes parents ; ce fut l’inverse qui se produisit ; les parents de Jean-Louis firent preuve de beaucoup de compréhension et l’incident n’altéra en rien les relations que nous entretenions.&lt;br /&gt;
La mort qui rodait autour de nos jeux d&#039;enfants avait le goût parfumé des Carambar et des chewing-Gum gagnants. Quelques années plus tard, il prit celui plus viril de nos premières clopes, des P4 que nous achetions chez les « mozabites ». Mais, en attendant d’être plus grands, nous nous contentions de couper les racines d’eucalyptus pour en faire des cigarettes.&lt;br /&gt;
Nous continuâmes à nous abreuver des aventures de nos héros dans les fameux petits formats Kiwi, Blek, Rodéo et Névada. Il y avait également Pecos Bill, un Cow-Boy droit et généreux héros d&#039;aventures dans lesquelles apparaissait également Calamity Jane, une des rares figures féminines de ce monde machiste et violent…. Si on échangeait volontiers un Kiwi contre un Rodéo, il était hors de question d&#039;échanger ces mêmes bouquins contre un vulgaire Buck Jones ou un insipide Battler Britton… Il y avait des règles à respecter et on ne mélangeait pas les genres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi mes camarades, nombreux étaient des enfants de sous-officiers ou officiers de la Légion ; aussi, grâce à ces relations je pouvais profiter de la piscine de la Légion. En tous cas je pouvais en profiter lorsque le grizzli, mascotte du régiment, venu d’Indochine ne prenait pas son bain ; or, malheureusement, il semblait affectionner particulièrement l’eau car il était là tous les jours avec son maître qui ne manquait pas de se moquer en me voyant fuir et me blottir dans un coin à l’opposée du grizzli. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, lors d’une opération du 2ème R.E.I. dans le Djebel Mekter le grizzli qui accompagnait une compagnie sentit une présence étrangère et en avertit son maître par des mimiques et grognements. Des rebelles embusqués étaient prêts à faire feu sur les légionnaires. L’embuscade avait échoué et les militaires du 2ème R.E.I. purent ainsi non seulement s’en sortir sains et saufs mais réussirent à mettre hors de combat les rebelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir quitté l’hôtel, nous logeâmes dans un minuscule appartement situé dans une rue perpendiculaire à l’avenue de France, tout proche de l’oued. Maman m’avait inscrit à l’école primaire qui se situait à la Redoute. Il me fallait emprunter la passerelle pour y accéder. C’est précisément à cette époque que je fus confronté à ma première rixe avec un musulman, pour avoir pris la défense d’un camarade ; je ne me souviens plus lequel des deux avait remporté le match, par contre je me souviens fort bien être rentré à la maison avec les vêtements en lambeaux, le visage tuméfié et les jambes et genoux écorchés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux ou trois mois plus tard, nous vînmes habiter rue de la Mosquée dans une maison un peu plus grande qui possédait en outre une grande cour protégée par une toiture constituée de roseaux sur lesquels couraient en permanence des lézards et tarentules qui étaient devenus des cibles privilégiées pour mes entraînements à l’ »estak » ; ce petit jeu déplaisait fortement à maman, surtout lorsque j’atteignais ma cible et que celle-ci tombait au beau milieu de la table située dessous. &lt;br /&gt;
C’est au cours de ce bref séjour, rue de la Mosquée, que je fis mes premières approches et ma première cour à – Andrée Galdéano - qui habitait un peu plus loin mais qui hélas, resta insensible à mon charme et aux friandises que je lui offrais et qu’elle ne refusait pas toujours. J’y mettais pourtant beaucoup de soin, d’ardeur et d’attention tant dans ma tenue vestimentaire que dans mes approches, hélas rien n’y fit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La guerre d’Indochine atteint son paroxysme, le Général Navarre ordonne le largage de parachutistes sur la cuvette de Dien Bien Phu afin d’en faire un camp retranché. La guerre devait se terminer par le massacre de milliers de soldats français par le viet-minh appuyé par la Chîne et la Russie, alors que les Américains nous abandonnent lâchement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette année là ; nous sommes en 1953, des millions de sauterelles amenées du Sud par le sirocco envahissent Aïn-Séfra et sa région.&lt;br /&gt;
Vision hallucinante : le ciel s’était brutalement obscurci, un nuage dont on ne voyait ni le début ni la fin envahissait le dessus d’Aïn-Séfra jusqu’à l’horizon. &lt;br /&gt;
Les champs en sont bientôt tout couverts. Au bout de quelques heures, ayant fait place nette, elles avancent par colonnes épaisses de plusieurs centimètres sur des kilomètres de longueur et de largeur. Elles franchissent à la queue leu-leu, se supportant les uns les autres, les haies qu&#039;ils dévorent, les fossés qu&#039;ils comblent, les eaux sur lesquelles elles flottent.&lt;br /&gt;
Les sauterelles sont partout. Elles sont entrées dans les maisons, s&#039;agrippent dans les rideaux. Les citernes, les bassins, les puits, les viviers sont infestés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les femmes musulmanes y vont de leurs you-you. Et le nuage cuivré, compact, descend tout de même, s&#039;abat comme une grêle drue et bruyante. Alors le massacre commence. Avec les herses, les pioches, les charrues, on écrase, on broie. Et plus on tue, plus il y en a.&lt;br /&gt;
Les hommes tentent d&#039;effrayer les sauterelles pour les éloigner. Ils s&#039;élancent à leur devant, en faisant résonner avec leurs bâtons, les ustensiles de métal qui leur tombent sous la main, des chaudrons, des bassines, des casseroles. Les bergers soufflent désespérément dans leurs trompes, d&#039;autres font mugir de vieux cors de chasse, des conques marines.&lt;br /&gt;
L’agitation dérisoire des hommes ne peut pas grand-chose contre cette calamité. Le lendemain, elles ont disparu, abandonnant dans le sol la promesse d&#039;une nuée de criquets. Elles sont allées mourir en ordre dispersé, et leurs cadavres amoncelés deviennent des foyers d&#039;infection et d&#039;épidémies ; c’est par milliers qu’elles jonchent le sol, les voies ferrées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fléau renouvelé des âges bibliques, ces bestioles dévorantes que l&#039;instituteur appelle acridiens migrateurs, progressent sans que rien ne les arrête, d&#039;abord sur les hauts-plateaux, puis dans le Tell et les plaines côtières. On n&#039;en a jamais vu autant à la fois. Elles obscurcissent tout à coup le ciel et mettent en émoi les hommes et les bêtes. Rien de vert ne demeure là où elles s&#039;abattent, rien. Et quand ces voraces ne mangent plus, elles pondent. Elles creusent le sol de leur tarière ventrale pour placer leurs œufs à la profondeur convenable.&lt;br /&gt;
Aux premières pluies, autour de chaque trou de ponte, apparaissent de petits êtres noirs qui grossissent vite parce qu&#039;ils mangent beaucoup. Et Car la nature a été bonne pour ces êtres nuisibles. Elle les a pourvus de nombreuses vésicules trachéennes qui les allègent et favorisent leurs déplacements. Un coup de vent peut les prendre sur le Tell et les transporter en Provence. Tout en vaquant à ses activités dévastatrices, l&#039;insecte mue. Du noirâtre il passe au brunâtre et du brunâtre au jaune. Il est alors adulte et tout lui est bon, les acacias, les palmiers-nains si coriaces, les oliviers au feuillage amer. Quand il n&#039;a plus de feuilles, il s&#039;attaque aux écorces et met le bois de l&#039;arbre à nu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette invasion de criquets-pélerins (c’est ainsi que l’on les nomme) avait déjà fait une apparition en 1951 à Touggourt ; en 1954 certains essaims envahirent Ghardaïa, en 1955 ce fût Djelfa .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des ordres furent donnés par l’administration pour créer des postes d’observation. Les moyens de lutte étant dérisoires, l’administration et les chefs de tribu autorisèrent de les consommer et de ne consommer uniquement les femelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En Indochine, la guerre prend un tournant décisif,  malgré 56 jours de défense héroïque Dien Bien Phu tombe le 7 mai 1954.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la mi-54, nous déménageâmes de nouveau. Maman avait réussi, grâce à une relation, à trouver une maison rue du père Dalleret ; cette rue portant le nom du Père Dalleret – Capitaine des Spahis – tué à la tête de ses cavaliers en 1940, bordée tout de long par des acacias, débutait à la gare et prenait fin à l’entrée de l’école des Pères Blancs. Aussi du pas de la porte de la maison, située à environ 200 mètres de l’Institution Lavigerie, nous pouvions également avoir un regard sur la gare et ainsi voir arriver papa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anne-Marie et moi-même fûmes les premiers à prendre possession des lieux et à les inspecter ; ainsi, tous joyeux, nous arpentions les 3 pièces très spacieuses qui devaient devenir les chambres et le salon, la grande cuisine et une cour intérieure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La porte d’entrée donnait sur un long couloir qui débouchait sur une cour intérieure ; dès le franchissement de la porte d’entrée se situait, à gauche, une grande pièce avec fenêtre donnant sur la rue qui devait devenir une chambre, une porte intérieure permettait également l’accès à une autre grande pièce qui elle-même donnait sur le couloir ; cette seconde pièce qui devait devenir le salon permettait d’accéder à la cuisine possédant une porte extérieure sur la cour. En avançant dans le couloir et laissant la seconde pièce sur la gauche, on découvre sur la droite une autre pièce qui deviendra la chambre de papa et maman,  et occasionnellement lors d’attaques des fellaghas, notre chambre à tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au fond du couloir une porte permet l’accès à la cour intérieure. Cette cour suffisamment grande avait permis à papa, dont les oiseaux étaient sa passion, de confectionner et d’installer une immense volière à l’intérieur de laquelle une multitude d’oiseaux  aux plumages à couleurs chatoyantes et diverses, aux chants aussi harmonieux les uns que les autres vivaient en parfaite harmonie et nous gratifiaient de concerts à longueur de journée. Les chardonnerets, linos, serins, canaris semblaient faire un concours de chant. Un bec rouge et un gros bec logeaient également à l’intérieur de la volière. &lt;br /&gt;
Papa avait ramené lors d’un retour de déplacement un étrange oiseau, dont le nom m’échappe aujourd’hui, et qui disait-il avait la particularité d’imiter les chants des autres oiseaux. C’était un oiseau un peu plus gros qu’un gros-bec mais avec un plumage gris, sans attrait. Papa lui construisit un abri en bois  qu’il installât dans un angle de la volière. L’oiseau passait tout son temps à l’intérieur de son abri ; on ne voyait que sa tête apparaître par le trou circulaire qui constituait l’entrée. &lt;br /&gt;
Très rapidement, peut-être au bout d’une semaine, alors que nous désespérions tous de l’entendre surtout papa qui ne manquait pas tous les jours d’aller le voir, il se mit à siffler et poursuivit son chant par une imitation des chardonnerets ; ce fût alors un véritable concert qui nous était offert entre lui et tous les autres occupants. L’étrange oiseau devint la curiosité de tout le voisinage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une petite buanderie et un lavoir situés dans un coin, proche de l’entrée de la cuisine, permettaient à maman d’y laver le linge et de l’étendre. Dans l’autre angle de la cour se trouvaient les toilettes – un w.c « turc ». En effet, nous avions dans notre pays, dans notre village planté aux fin fonds du sud, à la porte du désert, au tout début des années 50, toutes les commodités et en particulier les toilettes ; ceci étonna plus d’un métropolitain qui imaginait que nous vivions à l’ère de l’âge de pierre.&lt;br /&gt;
A cet égard, je fus moi-même fortement étonné qu’en France en 1962, de nombreux villages et villes ne possédaient pas de toilettes. J’en fis l’expérience lors d’un passage chez un oncle qui s’était installé dans un petit village de l’Hérault – Cournonteral.&lt;br /&gt;
Quelle ne fut ma surprise lorsque je me rendis compte que la maison qu’il habitait ne possédait ni salle d’eau, ni w.c. . Nous étions contraints d’utiliser un seau que nous allions vider à la nuit tombante dans un puits réservé à cet effet ; c’était assez comique de voir, alors, se profiler contre le mur d’enceinte du village toutes ces silhouettes tenant à bout de bras le si précieux seau dont le contenu finirait dans la fosse commune. En 1963, mon cousin « Coco », lors d’une permission entreprit de construire une salle de bain et un w.c. ; cette initiative surprit le voisinage, certains vinrent alors demander conseil à mon cousin qui, bien entendu, se fit un malin plaisir à évoquer notre vie là-bas en ajoutant quelques petites notes d’exagération. Je crois que son initiative fut à l’origine de l’élan de modernité qui s’ensuivit au village. &lt;br /&gt;
Je vécus la même expérience à St-Pierre la Palud un village de la vallée de la Brevenne où mes parents avaient trouvé refuge dans une masure : une chambre de bonne sous les toits. Monsieur et madame COSTA, immigrés Italiens, qui possédaient un hôtel-restaurant et qui, sans doute avaient vécu notre expérience, à leur arrivée en France avaient offert, le temps qu’il faudrait, cette pièce à mes parents. Merci à la famille Costa. Mes parents et mes deux sœurs vécurent ainsi tout l’hiver 1962 dans une seule pièce. &lt;br /&gt;
Mais ceci est une autre histoire, revenons à Aïn-Séfra où une autre aventure que pour l’heure ignorions totalement prenait naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos plus proches voisins étaient les PONSSODA – sergent-chef de la Légion qui revenait d’Indochine et dont les grincements de dents s’entendaient à une lieue à la ronde, la famille VERDIER qui travaillait au service de l’électricité ainsi que la famille MALLOL qui avait deux jeunes filles de l’âge de mes sœurs, Alphonse MALLOL travaillait également à l’E.G.A. ; il décéda à Montluçon le 13 février 2004. &lt;br /&gt;
Les CARATINI,  DELOLMO, ALMODOVAR étaient également voisins et amis puisqu’ils travaillaient  au chemin de fer ;   un peu plus loin la famille Armand GARCIA, un tout jeune couple, dont le mari était douanier ; face à lui un autre sous-officier de la Légion Etrangère – l’Adjudant GODET marié, je m’en souviens comme si c’était hier, à une superbe Marseillaise dont l’accent nous faisait toujours rire, au coin de la rue la famille AZOULAY, Jean-Claude, André, Paul, Solange – le père travaillait au service météorologique, trois familles musulmanes vivaient également dans notre rue, GUEZOULI qui habitait pratiquement en face de chez nous, souvent ensemble. CHAMI Hamid qui, lui habitait à l’angle de la rue et qui était dans la même classe que moi, fut mon principal rival aux études et nous étions en permanente compétition pour l’octroi des prix de fin d’année. ; Au coin de la rue faisant angle avec la rue Si-Moulay vivait la famille de-Haro. A l’époque des tas d’histoires étaient contées sur le domicile des de-Haro qui semblait être habité par des « djouns » (revenants) ; il était très fréquent que j’entendais dire que, brutalement, dans la nuit et même parfois dans la journée, des faits étranges se produisaient : tiroirs s’ouvrant tout seuls, portes se refermant et ne pouvant plus s’ouvrir, etc..&lt;br /&gt;
La maison mitoyenne des Azoulay était également, selon les dires, habité par des Djnouns et, fréquemment, nous nous hissions sur le mur de la cour qui séparait de l’autre cour afin d’y observer ce qui s’y passait. D’une part nous n’avons jamais rien vu mais de plus c’est avec une certaine appréhension que nous nous hissions sur le mur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne mis pas longtemps pour me faire des amis et nous formions une bande de copains et copines issus de différents milieux ; la majorité étant des enfants de cheminots ou de légionnaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos distractions et jeux avaient eux aussi évolué. Désormais, nous passions le plus clair de notre temps à jouer au « pitchak » ou aux « pignols » ; pour faire un pitchak, il suffisait d’avoir un morceau de chambre à air de vélo, de découper des rondelles, de les passer  dans le trou d’une pièce afin d’en constituer une espèce de pompon. Le jeu consistait à faire sauter le pitchak avec le flanc du pied le plus longtemps possible.&lt;br /&gt;
Quant aux pignols, nous y jouions surtout à l’époque des abricots aux environs de la mi-mai, dès lors nous passions notre temps à manger des abricots afin d’en garder les noyaux. &lt;br /&gt;
pour jouer  nous faisions un petit tas de 4 pignols – 3 disposés en triangle et 1 dessus -, puis nous nous placions à environ 3 mètres. Celui qui réussissait à faire tomber le tas au lancer d’un pignol, gagnait les 4 pignols ; celui qui avait posé le tas gagnait tous les pignols qui étaient lancés et qui rataient leur cible.&lt;br /&gt;
Un autre jeu consistait à disposer contre un mur un carton dans lequel nous avions fait deux ou trois trous de diamètre différent, chaque trou représentant un gain d’un certain nombre de pignols : le joueur se mettait à une certaine distance devait faire entrer le pignol lancé dans un trou, s’il réussissait il gagnait le nombre de pignols prévus à cet effet. Pour cette variante, c’était à celui qui attirait à lui le maximums de joueurs et l’on entendait hurler sous le préau de la cour de récréation : »Ici on gagne cinq pignols, ici on gagne dix pignols ».&lt;br /&gt;
Les descentes de canalisations d’eau nous servaient également de jeu de pignols ; l’on y disposait à la sortie un pignol « mère » et, d’une distance de 2 ou 3 mètres, devions faire tomber la « mère ». Les lancers de pignols dans la canalisation en zinc faisaient un bruit tel que nous subissions fréquemment les foudres de nos parents ou des voisins. Il faut dire que nous profitions de la sieste pour nous adonner à ce jeu.&lt;br /&gt;
Nous utilisions également les noyaux d’abricots pour en faire des sifflets ; nous grattions les deux faces du noyau de dimension variable en fonction du son que l’on voulait produire, puis par les trous faits en frottant le noyau sur le sol, nous extrayions la pulpe. &lt;br /&gt;
En soufflant par l’orifice ainsi formé un son se dégageait plus ou moins aigu en fonction du diamètre de l’orifice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des jeux simples, sains, innocents ; il est vrai qu’aujourd’hui avec l’évolution technologique, les jeux ont considérablement évolué et ce sont les écrans d’ordinateur, les mp3 qui ont fait place aux bouchons, aux noyaux d’abricots…&lt;br /&gt;
A chacun son époque mais on peut s’interroger si la jeunesse d’aujourd’hui gardera la nostalgie que nous-mêmes avons de notre enfance et adolescence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A la période du Tour de France, nous avions constitué également notre Tour de France : sur le trottoir nous faisions un circuit à la craie ; les coureurs étaient représentés par des capsules de bouteille sur lesquelles le must consistait à coller une étiquette avec le nom de notre cycliste préféré. Le jeu consistait à faire avancer la capsule par un léger coup donné avec le majeur en prenant soin que le « coureur » ne sorte pas du circuit sous peine d’être éliminé et contraint de revenir à son point de départ.&lt;br /&gt;
Les billes faisaient partie de nos jeux communs, particulièrement en cour de récréation, et se jouaient de façon identique aux pignols : il y avait le pot, la prison ; au pot et à la prison nous faisions avancer la bille en la tenant au bout des doigts et en la propulsant d’un coup de l’index afin de heurter et faire entrer la bille de l’adversaire soit en prison, soit dans le pot.&lt;br /&gt;
Lorsque nous tirions de loin avec une bille agate que nous appelions « binagate » il fallait prendre la bille entre l’index et le pouce et la percuter d’un coup sec avec le pouce, ce qui avait pour effet de la projeter très vite afin qu’elle heurte la bille de l’adversaire.&lt;br /&gt;
Comment ne pas se souvenir, avec une certaine nostalgie, des parties de toupie. Chacun arrangeait sa toupie à sa façon ; pour ma part je commençais par scier la tête et ôter le clou d’origine pour le remplacer par une pointe que nous appelions « gancho »(prononcer gannecho) dont la longueur pouvait atteindre 4 cm ; ceci dans le seul but de faire éclater la toupie d’un adversaire.&lt;br /&gt;
Pour le lancer nous enroulions la toupie d’une cordelette au début de laquelle nous faisions un nœud et y mettions un sou troué ; ainsi nous avions une excellente prise grâce à la piécette qui placée entre l’index et le majeur évitait que la cordelette nous glisse des doigts lors du lancer.&lt;br /&gt;
La dextérité de chacun faisait la différence pour les différents jeux dont le principal était de frapper la toupie d’un adversaire qui était lancée à l’intérieur d’un cercle, le coup ainsi asséné faisait éclater la toupie. Nous usions également d’adresse en propulsant notre toupie en l’air et en la rattrapant dans le creux de la main, puis lui faisant faire une rotation la projetions sur une pièce de monnaie qui était à terre – les pièces de monnaie étaient soit des « dourous » (pièce de 5 francs) soit un rial (pièce de 2 francs) ; on gagnait la pièce lorsque nous parvenions à la pousser hors du trait tracé à terre. Certains trichaient et poussaient la pièce avec la main.&lt;br /&gt;
Nous jouions également au couteau, non pas à nous battre, mais à nous mesurer dans la dextérité du lancer. Nous tracions au sol un grand rectangle. Un pile ou face déterminait le premier joueur. Il nous fallait planter le couteau au sol, une ligne suivant le plan de la lame était tracée et devait rejoindre les côtés du triangle, je joueur alors devait se placer dans la forme géométrique formée par le tracé ; tant que le joueur réussissait ses coups il poursuivait et s’installait toujours dans le coin formé par la nouvelle ligne. Lorsque le joueur ratait son lancer c’est son adversaire qui prenait le relais et poursuivait en se plaçant côté formée par la dernière ligne. Le vainqueur était celui qui avait réussi le plus de coups.&lt;br /&gt;
Le lance-pierres appelé « Stack » ou « Estack » faisait partie intégrante de notre arsenal, il était en permanence dans nos poches ou en collier autour de notre cou ; chacun s’évertuait à avoir le plus beau. Le manche était fait en bois d’olivier, pour ce faire nous choisissions une belle branche à fourche que nous formions en plaçant entre les fourches que l’on ficelait un gros caillou qui donnerait la forme arrondie du manche, après avoir trempé un ou deux jours dans de l’eau, il nous fallait ôter la peau et nous brûlions le manche pour le faire durcir. Je profitais toujours de mes vacances à la ferme, chez mon oncle, pour y ramener un ou deux manches.&lt;br /&gt;
Les nombreux oliviers bordant les chemins de la ferme me permettaient de choisir de très belles branches qui possédaient un manche d’une grosseur plus importante que les fourches, il m’arrivait de garnir le manche avec de la ficelle que j’entourais autour et tressais. Les élastiques carrés pouvaient avoir différentes grosseurs et différentes tensions, c’était avec la forme du manche essentiel pour l’efficacité du « stak », je les achetais à l’épicerie Azoulay ; enfin un morceau de cuir sur lequel étaient reliées les élastiques terminait la conception. Mais même pour ce bout de cuir qui devait envelopper le projectile, il nous fallait choisir un joli morceau souple, ni trop petit, ni trop large.&lt;br /&gt;
Nous étions parés pour la chasse dans l’oued ou les batailles rangées. C’est cependant lorsque j’allais à la ferme que j’en avais une utilisation maximale car je passais le plus clair de mon temps à chasser au milieu des citronniers, pruniers, et autres.&lt;br /&gt;
Maman m’avait appris à faire des petits napperons en laine sur un cadre que papa avait confectionné. Le cadre pouvait être de toute forme géométrique ; tout son pourtour comportait des clous espacés d’environ 15 mm sur lesquels nous tissions de long en large et de gauche à droite de la laine. Les angles formés par les croisements étaient ficelés, il fallait couper la moitié d’épaisseur de laine à tous les centres formés par les angles ce qui permettait de laisser apparaître un pompon.&lt;br /&gt;
Je passais, ainsi, des heures assis devant le pas de ma porte à confectionner des napperons qui serviraient à orner des dessus de placards, de chaises, de tout mobilier. J’avais réussi à marier les couleurs de la Légion, vert et rouge, et à constituer la flamme au centre du napperon, de sorte que les légionnaires devinrent mes principaux clients.&lt;br /&gt;
Cette première réussite commerciale était surtout l’œuvre du sergent-chef Ponssoda – notre voisin – qui m’en avait fait faire plusieurs et les avait exposés au mess des sous-officiers de la Légion. &lt;br /&gt;
Cette approche du commerce était l’heureux présage de ma carrière professionnelle au cours de laquelle mes talents de commercial me permirent de gravir avec succès tous les échelons hiérarchiques jusqu’à ce que j’appellerai plus tard mon « bâton de Maréchal ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette époque nos rapports avec les Musulmans étaient tout à fait amicaux, plus particulièrement avec ceux habitant le village et qui étaient nos voisins ; aucune ségrégation, aucune différence n’était portée à l’égard des Musulmans qui étaient nos compagnons de classe. D’aussi loin que je me souvienne, nous étions assis aux mêmes bancs dès l’âge de l’école maternelle ; chez les Pères Blancs, de nombreux enfants musulmans étaient nos camarades même en dehors des cours et, avec eux, participions aux mêmes jeux, aux mêmes échanges de livres.&lt;br /&gt;
A cet égard, bien que les médias métropolitains aient tenté et continuent, du reste, à faire croire que les Musulmans étaient privés d’école, l’Institution Lavigerie bien qu’étant une école privée catholique accueillait de très nombreux jeunes Musulmans d’Aïn-Séfra et des environs ; de la même façon, l’école des Sœurs Blanches n’était pas l’exclusivité de l’éducation des jeunes Européennes et de nombreuses jeunes Musulmanes fréquentaient cette école.&lt;br /&gt;
A Aïn-Séfra en cette époque, les trois communautés vivaient en parfaite osmose.&lt;br /&gt;
Certes, cette entente cordiale ne concernait pas une partie des autres Musulmans vivant à la Graba appelé communément « village nègre » situé derrière l’Institution Lavigerie ou ceux du Ksar près des dunes. &lt;br /&gt;
Les bagarres les plus fréquentes étaient surtout avec les jeunes musulmans du village nègre. Ces derniers se cachaient fréquemment derrière la porte de la cour de l’Institution Lavigerie donnant au stade ; là, tapis ils attendaient notre passage pour nous lancer des pierres et s’enfuyaient à toute jambe vers le village nègre.&lt;br /&gt;
A plusieurs reprises je subis personnellement les attaques tant en prenant une pierre sur la tête, soit en recevant au passage de la porte un coup de matraque. Evidemment tout ceci n’arrangeait en rien nos relations et toute occasion de prendre une revanche était bonne.&lt;br /&gt;
De nombreux camarades furent ainsi les cibles des jets de pierres de sorte que nous étions en « guerre » permanente et qu’à chaque occasion qui se présentait nous effectuions des mesures de rétorssion ; ceci nous amena tout naturellement à nous armer en permanence de nos « stacks » que nous portions autour du cou. Les projectiles étaient des galets bien ronds ramassés dans l’oued ou des billes d’acier provenant des roulements à bille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, ces conflits étaient tout bonnement des défenses de territoire, telles que l’on a pu les observer dans tous les pays, dans toutes les cités et telles qu’on les observe encore aujourd’hui lorsque des bagarres de quartier se déclenchent.&lt;br /&gt;
Du reste lors de ces bagarres avec les jeunes de  la Graba tous ou presque tous les jeunes – Européens, Israélites, Musulmans - habitant le village européen s’unissaient pour faire face.&lt;br /&gt;
Les batailles se déroulaient presque toujours autour de l’Institution Lavigerie qui délitait le territoire de la Graba avec le village Européen appelé « El Filège » par les Musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un soir, au crépuscule,  nous étions en plein préparatif de bataille contre les Blals qu’on appelait aussi « Ouled Sidna Blal » par référence au premier africain Musulman Bibal El Habachi – autrement dit Bibal l’Abyssin ou Ethiopien - sur le terrain de foot de l’Institution ; un calme plat régnait et l’on fourbissait tranquillement nos tiges, lorsque, soudain, surgis d’on ne sait où, nous fûmes submergés par une bande de Diables Noirs qui vociféraient tout en nous lançant des pierres. Ce soir là ce fût la déroute et chacun prit ses jambes à son cou pour échapper à la meute hurlante.&lt;br /&gt;
Les batailles contre les jeunes du Ksar ou Boudkhili se déroulaient, elles, dans l’oued. D’autres batailles, encore, unissaient les « Filèges » aux Boudkhilis contre les Ouled Blal de la Graba.&lt;br /&gt;
Nos parents se fréquentaient de la même manière et ce n’était pas rare d’assister les après-midi ou les soirs à des réunions de femmes de toutes confessions assises sur les trottoirs sous les acacias. Elles avaient pris l’habitude de se rencontrer ainsi devant chez l’une ou l’autre afin de « papoter » tout en buvant un café ou un thé, et en mangeant des mouchoirs, makrouts ou mantecao. Du reste c’était devenu un véritable rituel que chacune invite à tour de rôle les voisines de la rue. Toutes ces rencontres se faisaient en toute convivialité, sans évocation des évènements ou des religions. Ainsi la femme du Caïd fréquentait les femmes de cheminot ou de douanier, la femme française du légionnaire invitait ses voisines musulmane et juive.&lt;br /&gt;
Au cours de l’Aïd tous les habitants de la rue étaient inondés par les gâteaux et le couscous offerts par les Musulmans, pour Yom Kippour et Pessah, c’était la famille Azoulay de confession hébraïque qui faisait don de pâtisserie et galettes ; pour Pâques, c’était au tour des Européens catholiques d’offrir les « mounas » aux voisins Juifs et Musulmans.&lt;br /&gt;
Tout ce petit monde vivait en parfaite harmonie et rien ne laissait présager que les évènements allaient altérer ces relations, puis les détruire pour finalement créer un climat de haine entre nos deux communautés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc en cette année 1954 que maman m’inscrivit à l’Institution Lavigerie ; c’est également en cette fin d’année que l’Algérie allait être endeuillée.&lt;br /&gt;
Ce fut tout d’abord la catastrophe d’Orléansville. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, un terrible séisme détruisit la quasi-totalité de la ville d’Orléansville, causant 1450 morts et de nombreux blessés; la secousse fut telle que nous la ressentîmes à Aïn-Séfra. &lt;br /&gt;
A peine deux mois après cette terrible catastrophe qui endeuilla toute l’Algérie, un second séisme allait bouleverser le sort d’un pays tout entier. &lt;br /&gt;
La nuit du 31 octobre au 1er novembre fut marquée par de multiples attaques et attentats qui causèrent la mort de plusieurs civils et militaires.&lt;br /&gt;
Oran, il est 0h.20, Georges-Samuel Azoulay, chauffeur de taxi de 28 ans, attend à sa station habituelle rue du Cercle Militaire à Oran. Un Musulman se présente et demande de se faire conduire à Eckmühl. Georges-Samuel Azoulay n’a aucune raison de se méfier ; rien ne laisse présager ni une insurrection, ni un assassinat.&lt;br /&gt;
En cours de route le client demande au conducteur de modifier l’itinéraire et de se rendre à la poudrière d’Eckmühl. Azoulay refuse et arrête son taxi.&lt;br /&gt;
C’est alors que le client Musulman sort un revolver, abat froidement Georges-Samuel de trois balles, jette son corps et s’empare du véhicule pour tenter d’attaquer la sentinelle de garde de la Poudrière. L’assassin échoue. Il est arrêté quelques semaines plus tard dans un douar près de Saint-Denis-du-Sig.&lt;br /&gt;
Au même moment, près de Mostaganem, un autre drame se prépare.&lt;br /&gt;
Ce dimanche, à la tombée de la nuit, un groupe d’hommes sous les ordres de Sahraoui et Belhamiti se réunit au lieu dit « Oued Abid ». Sahraoui dispose d’armes de guerre (3 carabines italiennes, un fusil mauser et des munitions) qui lui ont été procurées par Bordji Amar. Cette réunion a pour but l’organisation d’une attaque qui doit être déclenchée à une heure du matin.&lt;br /&gt;
Tous se réunissaient vers le centre de Cassaigne ; Belhamiti prenait la tête d’un demi-groupe composé de Mehantal, Belkoniène, Chouarfia qui devaient se poster légèrement au sud et à l’Est des bâtiments de la gendarmerie.&lt;br /&gt;
L’autre demi groupe sous la direction de Sahraoui Abdelkader et composé de Belkoniène Taïeb, Tehar Ahmed et Beldjilali Youssef allait par l’Ouest s’approcher de la cour extérieure de la gendarmerie.&lt;br /&gt;
C’est à ce moment là que survint une automobile qui stoppait devant la cour extérieure, côté est de la gendarmerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le demi groupe de soutien de Belhamiti se dissimula dans un fossé bordant la route.&lt;br /&gt;
Belkoniène et Tehar de leur côté, de peur d’être surpris eux aussi, cherchèrent à se dissimuler derrière les bâtiments de la gendarmerie ; ils y retrouvèrent Saharaoui Abdelkader qui leur donna l’ordre de se porter en avant et de tirer sur les arrivants.&lt;br /&gt;
Il doit être un peu plus de minuit ; Laurent François, conducteur du véhicule, et Mendez Jean-François, son compagnon de route, revenaient d’un bal de Mostaganem et rentraient à Picard ; sur leur route ils étaient arrêtés par monsieur Mira – gérant de la ferme Monsonégo – qui leur demanda d’alerter la gendarmerie car il était attaqué. Des coups de feu claquèrent alors mais sans les atteindre. Laurent François et Mendez Jean-François se précipitèrent donc vers Cassaigne et venaient donner l’alerte à la gendarmerie.&lt;br /&gt;
Laurent François sonnait au portail d’entrée et tous deux attendaient qu’on leur ouvre ; ils étaient éclairés par l’ampoule électrique allumée au-dessus du portail qui faisait d’eux une excellente cible pour les tireurs embusqués.&lt;br /&gt;
Belkoniène et Tehar, en position de tireurs immédiatement derrière la clôture en fil de fer de la gendarmerie, à une vingtaine de mètres environ de Laurent François et de Mendez Jean-François, tirèrent chacun un coup de feu. Laurent François s’écroula, mortellement atteint d’une balle à la nuque ; Mendez Jean-François s’affaissa mais n’était pas atteint par la balle qui allait s’écraser près d’une meurtrière dans le mur de la gendarmerie.&lt;br /&gt;
Un troisième coup de feu fût tiré sans atteindre sa cible.&lt;br /&gt;
L’attaque prévue de la gendarmerie était un échec pour les terroristes qui s’enfuirent et se replièrent au lieu-dit « La pierre Zerouki ».&lt;br /&gt;
La seconde victime civile de 22 ans s’inscrivait sur la liste de milliers d’autres au cours de cette guerre.&lt;br /&gt;
Le lendemain, 1er novembre, Guy Monnerot, jeune instituteur métropolitain âgé de 23 ans, et le Caïd M’Chounèche Hadj Sadock, sont abattus au cours d’une embuscade.&lt;br /&gt;
Ce lundi 1er novembre 1954 à 7 heures sur la route qui va de Biskra à Arris, un car avance lentement. La voie est étroite, sinueuse. Dans le car, des Musulmans et deux Européens. Un jeune garçon de 23 ans et son épouse de 21 ans, des nouveaux mariés, Guy et Jeanine Monnerot, instituteurs auxiliaires à Tiffeflel. En Algérie depuis trois semaines, ils ont profité du week-end pour visiter un peu la région. Le vieux car bringuebalant s’engage dans les gorges sauvages de Tighanimine… Guy Monnerot bavarde avec un personnage pittoresque dont l’élégance un peu voyante tranche avec la pauvreté des vêtements des autres passagers. Il porte un magnifique turban et un somptueux burnous. C’est Hadj Sadock, le Caïd de M’Chounèche, une petite localité des environs.&lt;br /&gt;
Au kilomètre 77, la route qui surplombe le vide s’élargit, le chauffeur aperçoit un mince barrage de pierres au milieu du chemin. Au lieu d’accélérer et de bousculer le fragile obstacle, il stoppe.&lt;br /&gt;
Un homme surgit à la portière, il est armé d’un vieux fusil allemand.&lt;br /&gt;
L’homme somme le Caïd et les Monnerot de descendre du car. Une dizaine d’hommes entourent le car. Chihani Bachir, chef du groupe de rebelles, s’adresse au Caïd et lui demande s’il a reçu la proclamation du F.L.N. « de quel côté passes-tu ? Avec nous ou chez les Français ? » Hadj Sadok n’a qu’un rire méprisant pour ces « brigands » loqueteux, puis sèchement déclare : »Vous n’avez pas honte de vous attaquer à ces enfants…Ce sont des instituteurs, ils viennent pour nous aider… »&lt;br /&gt;
Chihani Bachir marque le coup. Sadok, profitant d’un moment d’inattention, sort un pistolet de son baudrier de cuir rouge qu’il porte toujours caché sous sa gandoura.&lt;br /&gt;
Sbaïhi Mohamed, l’un des hommes de Chihani, a surpris son geste. Il lâche une rafale de Sten en direction du Caïd. Le Caïd s’écroule atteint au ventre ; Guy Monnerot est touché à la poitrine et sa jeune épouse à la hanche.&lt;br /&gt;
Les rebelles embarquent le corps de Hadj Sadok dans le car qui s’éloigne, laissant sur le bord de la route les jeunes gens moribonds.&lt;br /&gt;
Une heure plus tard, l’ethnologue Jean Servier, le seul homme à n’avoir pas perdu la tête dans Arris encerclé, est mis au courant de l’attentat. Il accourt avec un vieux Dodge et deux maçons Italiens. Monnerot est déjà mort ; sa femme sera sauvée. Elle mourra, à 61 ans, peu de jours après le quarantième anniversaire du déclenchement de la guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les militaires n’échappent pas à cette vague d’attentats et d’assassinats.&lt;br /&gt;
Dans l’Aurès, berceau de la révolution, Mostefa Ben Boulaïd, chef de l’insurrection de l’Aurès, a fixé l’heure H à 3 heures. Dissimulés dans l’ombre, les vingt-six hommes du commando Hadj Lakhdar sont prêts à attaquer la gendarmerie de Batna quand une sonnerie stridente réveille la caserne endormie.&lt;br /&gt;
Le sous-préfet de l’Aurès, Jean Deleplanque, donne l’alerte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Biskra, aux portes du désert, des rebelles ont attaqué le centre de la ville confirmant les bruits d’insurrection qui couraient depuis quelques jours. En ne respectant pas l’heure d’attaque, le commando de Biskra a fait échouer la mission de Hadj Lakhdar.&lt;br /&gt;
Devant les fenêtres qui s’allument, les ordres qui fusent, le chef rebelle décide de se replier. Ses hommes le suivent non sans arroser la façade de quelques rafales.&lt;br /&gt;
Les hommes de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale) remontent l’avenue de la République pour rejoindre la deuxième partie du commando à l’affût près de la caserne du 2/4ème R.A.. Au passage, un Chaouïa ajuste la sentinelle Eugène Cochet, soldat de 1ère classe au 4ème Régiment d’Artillerie, qui s’écroule devant sa guérite. Une autre, Pierre –Georges Audat, appelé du 9ème Régiment de Chasseurs d’Afrique en poste sur la route de Lambèse, tombe à son tour mortellement blessé ; il allait avoir 21 ans.&lt;br /&gt;
Les Musulmans sont également victimes des hors-la-loi. Haroun Ahmed Ben Amar, un agent de police est tué à Dra El Mizan.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque les gendarmes arrivent, suivis des groupes d’intervention des deux casernes, les rues de Batna sont désertes. Les hommes de Hadj Lakhdar ont fui vers le maquis tout proche. Ils vont constituer le premier noyau de l’A.L.N. de l’Aurès.&lt;br /&gt;
A Kenchela, l’attaque a été aussi soudaine. A 3 heures, la porte du commissariat central s’est ouverte ; les hommes de Laghrour Abbès, deuxième lieutenant de Ben Boulaïd, ont arraché leurs pistolets à trois gardiens de la paix avant de s’enfuir sans tirer. A la caserne de Kenchela, le deuxième groupe du 4ème Régiment d’Artillerie a fait face à l’agression. Mais les appelés, qui ne sont que de passage dans la petite ville au retour d’une expédition à Khanga-Sidi-Nadji, se sont affolés. Une sentinelle, André Marquet, atteinte d’une balle à l’aine, s’est écroulée à la porte du poste. Il meurt à Batna où il a été transporté. Quelques minutes plus tard, c’est le lieutenant Gérard Darnault, commandant le peloton du 9ème Escadron de Spahis Algériens de la place de Kenchela, qui tombe foudroyé. Attiré par les coups de feu, il a quitté sa villa située à quelques dizaines de mètres de la caserne pour tenter de repousser, à la tête de ses hommes l’attaque des fellaghas. Il n’a pas eu le temps de boutonner sa chemise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est la dernière action de cette « Toussaint Rouge » qui marque le début de la guerre d’Algérie.&lt;br /&gt;
Pour les six chefs du tout nouveau Front de Libération Nationale, le coup d’envoi de la révolution se solde par un échec complet : aucun objectif important n’a été atteint et trois civils français ont été abattus, alors que les ordres donnés la veille étaient de n’attaquer que les gendarmes, l’armée et les musulmans favorables à la France.&lt;br /&gt;
Krim Belkacem en Kabylie, Didouche Mourad, dans le Constantinois, Rabah Bitat dans l’Algérois, Ben Boulaïd dans l’Aurès, Ben M’Hidi en Oranie et Mohamed Boudiaf, parti annoncer au Caire le déclenchement de la révolution, n’ont désormais qu’un but : Entraîner le pays dans un conflit dont l’unique objectif sera l’indépendance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour s’attaquer à la forteresse coloniale que représente l’Algérie Française ils ont, en ce 1er novembre 1954, huit cents hommes, dont quatre cents seulement sont armés, et le soutien de trois « représentants » installés au Caire depuis près de trois ans : Mohamed Khider, Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella.&lt;br /&gt;
La guerre d’Algérie, qui allait durer 8 ans, avait commencé par un lâche assassinat, elle devait se terminer de la même manière, par les boucheries d’Oran où des milliers d’Européens trouvèrent la mort dans des conditions horribles.&lt;br /&gt;
Mon oncle Gilbert, frère de Papa, fût enlevé le 3 Juillet à Oran ; il laissa une veuve et trois enfants en bas âge.&lt;br /&gt;
Cependant la rébellion qui avait tendance à s’étendre sur tout le territoire n’altérait en rien – tout au moins pour l’instant - les relations que j’entretenais avec les jeunes Musulmans de mon âge qui habitaient dans ma rue ou celles avoisinantes ; nous allions à l’école ensemble et tout naturellement nous poursuivions nos jeux, nos échanges de livres, nos invitations réciproques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est à Aïn-Séfra, au cours de cette période, que je pris conscience de l’horreur de la guerre. Le village n’étant pas très loin de la frontière marocaine, nous étions la cible des obus de mortiers presque tous les soirs; les fellaghas, retranchés sur le territoire marocain, tentaient d’atteindre avec leurs mortiers le quartier de la Légion Etrangère, mais les obus tombaient un peu n’importe où. Les attentats commencèrent également et le couvre-feu fut instauré. Cependant, grâce à la présence de la Légion Etrangère, les attaques du FLN dans le village étaient assez rares ; il n’empêche qu’il y en eut qui causèrent des victimes tant dans la population Européenne que chez les Musulmans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le courant de l’année 1954, la 1ère C.S.P.L.E. installée depuis 1944 quitte Séfra au grand complet pour s’installer à Zeribet-el-Oued ; les premières attaques terroristes que le Gouvernement qualifiera « d’évènements » viennent de commencer et dès le 22 novembre, la 1ère CSPLE subit un premier accrochage avec les dissidents de la vallée de l’oued Dermoune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tout début des « évènements » les rebelles s’attaquaient à tout ce qui pouvait représenter la civilisation occidentale ; c’est ainsi qu’une nuit ils s’en prirent à la porcherie de monsieur FREUND et massacrèrent les 60 cochons ; ils enlevèrent, lors de cette tuerie, le gardien, un ancien légionnaire handicapé, et son épouse de confession musulmane. &lt;br /&gt;
Malgré les recherches entreprises dès le lendemain ils ne furent pas retrouvés.&lt;br /&gt;
Les rebelles s’attaquent également aux convois routiers et ferroviaires qui étaient devenus leurs cibles privilégiées. Aussi, tout au long de cette période nous vivions également l’angoisse de ne pas revoir notre père dont les déplacements étaient extrêmement fréquents sur les lignes du Sud.&lt;br /&gt;
Il était également très fréquent que les trains de voyageurs soient la cible des rebelles, soit par la pose des mines au passage du convoi, soit en mitraillant les wagons à leur passage. &lt;br /&gt;
Du reste à chaque trajet que nous faisions sur Oran, soit à l’aller, soit au retour, nous avons essuyé des fusillades plus ou moins importantes.&lt;br /&gt;
Les chemins de fer avaient trouvé une parade aux mines, tout au moins lorsque celles-ci n’étaient pas télécommandées, en mettant devant la locomotive un ou deux wagons chargés de sacs de sable ; de cette manière nous évitions que la locomotive ne soit atteinte, mais surtout cette manœuvre tendait à protéger des vies humaines.&lt;br /&gt;
Ces attaques se produisaient rarement dans le Nord, c’était surtout après le passage du Kreider. Du reste, dès le franchissement de Saïda, les militaires qui escortaient le train se préparaient à une éventuelle intervention.&lt;br /&gt;
Lors d’un retour de vacances, nous eûmes une immense frayeur car notre train fut immobilisé par l’explosion d’une mine. Nous n’avions pas encore réagi à l’explosion que les wagons furent la cible de tirs de rebelles en embuscade. &lt;br /&gt;
Dans le même wagon que nous occupions mes deux sœurs Anne-Marie et Nicole et ma mère, voyageait également la famille Grimaldi au grand complet, Joseph et Thérèse les parents de Marc-Antoine du même âge que moi et sa sœur cadette Bernadette. &lt;br /&gt;
Joseph Grimaldi avait fait le déplacement sur Oran afin de tester et prendre connaissance d’un poste émetteur-récepteur de très grande puissance (B.L.U.) qui fonctionnait sur batterie et devait équiper les trains.&lt;br /&gt;
Marc n’avait pas voulu prendre le train car la veille il avait fait un rêve dans lequel il voyait une attaque de fellaghas. Et avait supplié son père de remettre le voyage au lendemain. Monsieur Grimaldi s’y opposa énergiquement car il devait absolument rejoindre Aïn-Séfra et mettre en application le nouvel émetteur-récepteur qui, du reste à cette occasion, s’avéra d’une grande efficacité, puisque dès le déclenchement de l’attaque monsieur Grimaldi put alerter les autorités militaires qui intervinrèrent très rapidement.&lt;br /&gt;
Le jour commençait à poindre et le train commençait à amorcer la pente d’El-Biod à Méchéria lorsque une très forte explosion se fit entendre ; des cris et jurons furent couverts par le crissement des roues sur les rails en même temps que le crépitement d’une fusillade se fit entendre. &lt;br /&gt;
Maman nous coucha immédiatement sous les banquettes, elle-même s’allongea  par terre.&lt;br /&gt;
Dans notre compartiment nous avions remarqué la présence de trois Légionnaires menottés et encadrés par des gendarmes. Vraisemblablement ils étaient dirigés vers le centre disciplinaire de Djenien. Dès les premières rafales, les gendarmes s’aplatirent sur le plancher ; les légionnaires presque simultanément arrachèrent les P.M. des mains des gendarmes et ripostèrent en se plaçant sur la plate-forme arrière du train.&lt;br /&gt;
La fusillade, à présent faisait rage, et l’on entendait très précisément les balles pénétrer dans les wagons et sièges en bois qui volaient en éclats. Nous, nous étions terrés et n’osions pas bouger. J’étais allongé sous la banquette du côté du couloir central du wagon, de sorte que je pouvais observer les légionnaires dont l’un était accroupi sur la plate-forme et tirait par petites rafales du pistolet-mitrailleur.&lt;br /&gt;
Au bout d’un temps qui nous a paru interminable, nous avons pu entendre et voir un T.6 qui volait en rase-mottes et lâchait des rafales de mitrailleuses. Puis ce fut le silence.&lt;br /&gt;
Les fells avaient décroché et nous n’avions aucune victime. Nous apprîmes plus tard qu’au lieu de l’immobilisation du train, des bonbonnes d’essence avaient été entreposées, vraisemblablement dans le but de mettre le feu au convoi.&lt;br /&gt;
Le contrôleur nous avisa qu’un train en provenance de Séfra était en route pour que nous puissions effectuer le transfert et poursuivre notre voyage ; la locomotive de notre train était endommagée ainsi que la voie ferrée. Après deux bonnes heure d’attente, nous eûmes la joie d’entendre le long sifflement du train qui annonçait son arrivée. Vers midi nous étions enfin à bon port.&lt;br /&gt;
Marc à qui sa mère avait acheté un vélo qui était dans le wagon de marchandise en le récupérant aperçut deux impacts de balles sur son guidon. Cela lui ferait un souvenir ! &lt;br /&gt;
Dès le lendemain tous les copains étaient au courant de l’attaque dont nous avions fait l’objet ; à leurs yeux je faisais un peu office de héros de par l’expérience vécue et je dus narrer l’événement à chaque rencontre de camarade. Mais je n’en avais tiré aucune fierté, de fait j’étais même un peu gêné car j’avais avoué avoir eu une « sainte » frousse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Notre village, fort heureusement, ne fut jamais confronté aux attaques meurtrières, aux massacres que vivaient les autres cités. Nous avions bien subi quelques attentats et attaques à l’intérieur du village mais, fort heureusement, nous n’avions pas à déplorer de morts civils. Quelques habitants furent, cependant, touchés dans leur chair mais ils eurent la vie sauve.&lt;br /&gt;
La présence de la Légion Etrangère était vraisemblablement pour quelque chose ; de plus les rebelles avaient pour priorité les passages de la frontière, ainsi ils ne s’attardaient pas à prendre le risque d’attaquer les petits villages du Sud-Oranais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aussi, la vie s’écoulait ou tout au moins aurait pu s’écouler presque « comme un long fleuve tranquille » si notre tranquillité n’était troublé par la présence de la guerre. Tout, quotidiennement, nous indiquait que nous étions au sein d’un conflit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1955, l’entrée du collège fût gardée par un militaire du contingent. Sa présence nous rappelait fort bien, si nous avions tendance à l’oublier, que nous étions en état de guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, lui-même, ne semblait pas mesurer la gravité de la situation ; fréquemment nous pouvions voir le militaire jouer aux billes avec de jeunes musulmans, l’arme posée contre le mur d’une villa.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette méconnaissance du pays, de sa population, la naïveté et l’incrédulité causèrent la vie à nombre d’entre eux.&lt;br /&gt;
Un jour, ce que l’on redoutait se produisit. Un jeune militaire de faction fut égorgé. L’assassin, un homme d’équipe des CFA venu d’Oran, un dénommé Zouaïa, ne survécut pas longtemps après son méfait. En mars 1962 alors qu’il se trouvait à Oran, il fût enlevé par un commando OAS qui l’exécuta.&lt;br /&gt;
Dès lors, ce fût un légionnaire qui assura les entrée et sortie de l’école de l’Institution Lavigerie.&lt;br /&gt;
Les Fellaghas poursuivent sur la quasi-totalité du territoire leurs méfaits : assassinats, incendies de fermes, viols.&lt;br /&gt;
Aïn-Séfra semble épargné ; Il est vrai qu’Aïn-Séfra était bien moins touché que d’autres villes et, hormis les tirs de mortiers dirigés uniquement sur la caserne de la Légion et quelques incursions de rebelles, nous n’avions pas du tout le sentiment de risquer notre vie. Pour preuve, le fait que nous continuions comme d’habitude à nous éloigner du village dans des lieux isolés où nous risquions le pire. Du reste j’en ferai la douloureuse expérience quelques mois plus tard en découvrant les cadavres de deux Européens. Mais pour l’heure, tout semblait calme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès le mois de janvier 1955 plusieurs opérations sont montées par l’armée – Opération Véronique dans le Djebel Amar Khadou au nord des Aurès, Opération Violette dans les djebels Tizé et Fouchi au sud des Aurès – qui se soldent par l’anéantissement de plusieurs bandes de rebelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le F.L.N. ne s’attaque pas seulement à ses opposants, ni aux biens Européens ; lors d’une réunion dans un hôtel de Zurich en Suisse, Mohamed Boudiaf, Yacef Saadi et Ali Mahsas décident de renforcer les commandos anti-MNA et de liquider physiquement tous les responsables MNA y compris Messali Hadj.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette année-là, le 2 juin, je fis ma communion solennelle ; maman qui voulut que je la fasse à Assi-Bou-Nif, village de ma naissance car toute notre famille – tant paternelle que maternelle – habitait la région Oranaise et la fête se passerait à la ferme de mes oncle et tante, eut beaucoup de mal à convaincre le curé de la paroisse qui ne comprenait pas son insistance. Mais finalement il accepta.&lt;br /&gt;
J’avais appréhendé depuis très longtemps cette Communion car je me voyais déjà en magnifique costume avec un brassard ornant mon bras. Hélas mon rêve tomba à l’eau car c’est précisément cette année que l’Eglise fit arborer aux Communiants l’aube blanche. Je passais donc ma communion en juin et, dans la foulée, démarrait mes vacances d’été ce qui eut pour effet d’estomper ma peine d’avoir eu à porter une aube plutôt qu’un costume.&lt;br /&gt;
C’est également au cours de cette année 1955 que nous eûmes le plaisir d’avoir la primeur de la tournée de Gilbert Bécaud ; il passa d’abord à la Redoute devant les Légionnaires et leurs familles puis, s’installant sur le kiosque de la place Maréchal Lyautey fit un récital de ses premières chansons à une population enthousiaste qui lui réserva une immense ovation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1955 est ainsi marquée, dans toute l’Algérie, par des attentats terroristes visant essentiellement des civils; ainsi le 17 juin 7 bombes explosent à Philippeville faisant plusieurs morts, le 20 août à El-Hélia 123 personnes, dont 71 Européens, femmes et enfants, sont massacrés par la bande de Zighout Youssef.&lt;br /&gt;
Le village d’ El-Halia est situé à une quinzaine de kilomètres à l’est de Philippeville, sur le flanc du Djebel El-Halia, à trois kilomètres de la mer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là Vivent 130 Européens et 2000 musulmans. Les hommes travaillent à la mine de pyrite, les musulmans sont payés au même taux que les Européens, ils jouissent des mêmes avantages sociaux. &lt;br /&gt;
Ils vont même jusqu&#039;à assurer leurs camarades Degand, Palou, Gonzalès et Hundsbilcher qu&#039;ils n&#039;ont rien à craindre, que si des rebelles attaquaient El-Halia, &amp;quot; on se défendrait &amp;quot; au coude à coude. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A 11 h 30, le village est attaqué à ses deux extrémités par quatre bandes d&#039;émeutiers, parfaitement encadrés, et qui opèrent avec un synchronisme remarquable. Ce sont, en majorité, des ouvriers ou d&#039;anciens ouvriers de la mine et, la veille encore, certains sympathisaient avec leurs camarades européens... Devant cette foule hurlante, qui brandit des armes de fortune, selon le témoignage de certains &amp;quot; rescapés &amp;quot;, les Français ont le sentiment qu&#039;ils ne pourront échapper au carnage. Ceux qui les attaquent connaissent chaque maison, chaque famille, depuis des  années et, sous chaque toit, le nombre d&#039;habitants. &lt;br /&gt;
A cette heure-là, ils le savent, les femmes sont chez elles à préparer le repas, les enfants dans leur chambre, car, dehors, c&#039;est la fournaise et les hommes vont rentrer de leur travail. Les Européens qui traînent dans le village sont massacrés au passage. Un premier camion rentrant de la carrière tombe dans une embuscade et son chauffeur est égorgé. Dans un second camion, qui apporte le courrier, trois ouvriers sont arrachés à leur siège et subissent le même sort. Les Français dont les maisons se trouvent aux deux extrémités du village, surpris par les émeutiers, sont pratiquement tous exterminés. &lt;br /&gt;
Au centre d&#039;EI-Halia, une dizaine d&#039;Européens se retranchent, avec des armes, dans une seule maison et résistent à la horde. En tout, six familles sur cinquante survivront au massacre. &lt;br /&gt;
Dans le village, quand la foule déferlera, excitée par les &amp;quot; you you &amp;quot; hystériques des femmes et les cris des meneurs appelant à la djihad, la guerre sainte, certains ouvriers musulmans qui ne participaient pas au carnage regarderont d&#039;abord sans mot dire et sans faire un geste. Puis les cris, l&#039;odeur du sang, de la poudre, les plaintes, les appels des insurgés finiront par les pousser au crime à leur tour. Alors, la tuerie se généralise. On fait sauter les portes avec des pains de cheddite volés à la mine. Les rebelles pénètrent dans chaque maison, cherchent leur &amp;quot; gibier &amp;quot; parmi leurs anciens camarades de travail, dévalisent et saccagent, traînent les Français au milieu de la rue et les massacrent dans une ambiance d&#039;épouvantable et sanglante kermesse.&lt;br /&gt;
Les victimes furent égorgées, mutilées, dépecées avec une sauvagerie indescriptible: une femme est éventrée et son nouveau-né introduit dans la blessure béante, d&#039;autres femmes sont violées, des bébés de quelques mois ont le crâne fracassé contre les murs, de jeunes enfants sont égorgés d’une oreille à l’autre et leurs corps lardés à coups de couteau.&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;ils ne trouvèrent plus d&#039;Européens vivants, les émeutiers saccagèrent les maisons puis les dynamitèrent.&lt;br /&gt;
Des familles entières sont exterminées: les Atzei, les Brandy, les Hundsbilcher, les Rodriguez.&lt;br /&gt;
La tuerie fera 33 morts, 15 blessés et 2 disparus (Armand PUSCEDA et Claude SERRA un jeune de 19 ans) Parmi les tués 21 enfants ou adolescents de moins de 20 ans. &lt;br /&gt;
Quand les premiers secours arrivent, El-Halia est une immense flaque de sang. &lt;br /&gt;
Les appelés du contingent arrivant au secours des civils abattront 83 assaillants et feront 58 prisonniers.  &lt;br /&gt;
Ce même jour du 20 août 1955, à Héliopolis, les fellaghas entrent dans le village porteurs d’un drapeau américain. Ils assurent la population que les Etats-Unis soutiennent la révolution.&lt;br /&gt;
Jacques Soustelle convoque monsieur Clarke – Consul général des Etats-Unis à Alger et lui fait part de l’incident.&lt;br /&gt;
Le State Departement ne fit jamais de mise au point malgré les multiples interventions de&lt;br /&gt;
monsieur Clarke auprès de Washington.&lt;br /&gt;
Ceci devait constituer un indice révélateur du rôle qu’allait jouer l’Amérique sans la suite du conflit algérien.&lt;br /&gt;
La journée continue à être marquée par les assassinats et les massacres sans nom.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Philippeville est à nouveau la proie des terroristes puis c’est Constantine où 8 bombes explosent faisant 14 victimes. &lt;br /&gt;
La folie sanguinaire ne s’arrête pas là . &lt;br /&gt;
Aïn Abid, la stupéfaction se mêle à l&#039;horreur. Ceux qui levaient brusquement le couteau sur les Européens étaient des familiers, des villageois musulmans paisibles. Au point qu&#039;à Aïn Abid le maire avait refusé toute protection militaire, craignant que les uniformes ne vinssent troubler la paix des rapports antre les deux communautés. Les émeutiers, encadrés par des membres du FLN, s&#039;infiltrent par différents points du petit village, prenant d&#039;assaut simultanément la gendarmerie, la poste, les coopératives de blé, l&#039;immeuble des travaux publics et les maisons des Européens.&lt;br /&gt;
jusqu&#039;à 16 heures, c&#039;est la tuerie, le pillage, la dévastation. Les centres sont isolés les uns des autres, les Français livrés aux couteaux.&lt;br /&gt;
La foule pénètre dans la maison des MELLO. Et c&#039;est là la folie sanguinaire. Fautin MELLO est assassiné dans son lit, amputé à la hache des bras et des jambes; sa fille – un nouveau-né de cinq jours est tronçonnée sur le rebord de la baignoire devant les yeux de sa mère dont on ouvre le ventre afin d&#039;y replacer le bébé. La grand-mère de 73 ans, la fille aînée, Marie-Josée de 11 ans, ne sont pas davantage épargnées. Mais, à Aïn-Abid, les civils sont mieux armés et ils se défendent avec un acharnement qui finit par tenir les rebelles en respect jusqu&#039;à l&#039;arrivée des renforts militaires, vers 16 heures.&lt;br /&gt;
A Saint-Charles, les émeutiers égorgent promeneurs, femmes et nourrissons ; les passagers d’une voiture sont massacrés à la pelle et à la pioche.&lt;br /&gt;
L’armée, quant à elle, poursuit ses opérations et la traque des rebelles ; ainsi le 25 septembre, dans les Aurès près de Djorf, une opération permet de mettre hors de combat 150 rebelles commandés par Chibani Bachir ; il est exécuté le 25 octobre par ses pairs qui l’accusent d’incompétence.&lt;br /&gt;
Le F.L.N. poursuit de plus belle ses actions contre la population musulmane et le 30 octobre, il donne comme consignes aux Musulmans de ne plus boire, plus fumer, plus s’amuser sous peine de représailles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Musulmans qui passent outre se voient infliger des sévices horribles ; on leur coupe le nez, les lèvres, la langue, les oreilles. Ils sont égorgés, découpés, pendus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 29 novembre 1955, les C.S.P.L.E. qui opéraient dans la région d’Aïn-Séfra sont dirigées dans les oasis du sahara. Le P.C. du 2ème Régiment Etranger d’Infanterie avec 3 Compagnies Portées s’installe à la Redoute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Sud-oranais et le Sahara sont désormais quadrillés par la Légion Etrangère ; leurs missions consisteront à assurer la sécurité des axes routiers et ferroviaires nord-sud pour permettre le ravitaillement de Colomb-Béchar et, accrocher et détruire les bandes rebelles implantées ou en transit dans les monts des Ksours.&lt;br /&gt;
Les Compagnies Portées du 2ème R.E.I. commencent par « ouvrir », sur 170 km, la voie ferrée tous les matins pour y détruire les mines et déceler les embuscades, puis elles ratissent les djebels pour y accrocher les fellagha. Ce seront les premières opérations du Beni-Smir, du Goursifane, du Mzi, du Mir-el-Djebel, du Mekter, de l’Aïssa, du Mohrad, du Bou-Ahmoud, du Tanout, du Tamedda, en fait de tous les monts et massifs montagneux qui culminent tous au-dessus de 2000 mètres et servent de refuge aux « katibas »(environ 150 hommes).&lt;br /&gt;
La région d’Aïn-Séfra, de part la toute proximité de la frontière marocaine, devient une zone d’opérations permanentes. Les rebelles retranchés au Maroc tentent, en permanence, de franchir la frontière pour pénétrer en territoire algérien ; ceux de l’intérieur tentent, eux, de franchir la frontière pour pénétrer au Maroc.&lt;br /&gt;
Cependant ils paient lourdement leur audace à vouloir traverser la région et subissent d’énormes pertes ; hélas les forces militaires paient également un lourd tribut et, très fréquemment, la sonnerie aux morts qui retentit dans la cour de la caserne de la Légion nous rappelle que la guerre est aux portes du village. Le lieutenant Gransard sera le premier officier du 2ème R.E.I. a perdre la vie lors d’un combat dans le Draa Nelah, le 22 septembre 1955.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1956, j’avais rejoint les Louveteaux avec lesquels nous faisions de nombreuses randonnées dont les principales étaient Les Pierres Ecrites appelés également le rocher carmillé situé sur la route de Pierre Blanche à Tiout ; il y avait là de nombreuses inscriptions et figures rupestres. nous prolongions notre marche très fréquemment jusqu’à Tiout, une oasis d’une végétation luxuriante à travers laquelle coulait une rivière d’eau fraîche dans laquelle nous prenions plaisir à nous ébrouer ; là, nous établissions notre camp et nous nous adonnions à divers jeux. Je passais très rapidement ma première et seconde étoile. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La guerre, elle,  qui continuait à endeuiller toute l’Algérie nous paraissait toujours étrangère mais nous ne pouvions, pourtant, ignorer qu’elle était là, bien présente. &lt;br /&gt;
Aujourd’hui, avec le recul, je m’interroge sur le sentiment ou le regard que nous pouvions avoir sur le conflit qui se déroulait en Algérie. De toute évidence nous n’étions pas confrontés aux actes terroristes tels qu’ils se produisaient partout ailleurs et n’en mesurions pas l’importance. En revanche nous étions parfaitement au fait des combats qui se déroulaient entre forces de l’ordre et rebelles, de plus les attaques au mortier qui n’avaient pas cessé nous rappelaient bel et bien que nous étions au centre d’une guerre.&lt;br /&gt;
Par ailleurs, dans la région, les opérations continuaient et l’on entendait très distinctement les combats qui se déroulaient dans les djebels ; nous étions aux premières loges pour voir le spectacle des T.6 qui effectuaient un ballet permanent de piquets sur les pitons, de remontées à la verticale pour de nouveau plonger dans un vrombissant étourdissant.&lt;br /&gt;
Malgré la construction d’un barrage miné et électrifié qui ralentissait le passage des bandes, de nombreux rebelles continuaient à vouloir le franchir soir pour sortir du Maroc, soit pour y entrer. Tous ces passages donnaient lieu à des ripostes immédiates des Forces militaires de la région.&lt;br /&gt;
Les attaques ou attentats dans la région d’Aïn-Séfra se poursuivaient et il n’était pas rare que le village soit la cible de raids de fellaghas.  Lorsque cela se produisait, nous étions souvent avertis par notre chienne Folette , admirable Folette ; mon père nous l’amena à un retour de déplacement, c’était une toute petite boule noire qui déjà, sans même nous connaître, nous montrait son affection. Elle était issue de l’accouplement d’un loup et d’un berger belge (Tervuren) ; à peine âgée de 4 mois elle faisait fuir les gens mal intentionnés, son instinct était extraordinaire ; en effet, bien que nous n’avions pas entendu l’arrivée du train, nous savions parfaitement que papa arrivait car elle montrait des signes d’impatience et voulait sortir. &lt;br /&gt;
Nous sortions sur notre pallier et la laissions partir en direction de la gare à la rencontre de papa. Nous pouvions suivre son parcours puisque la rue du père Dalleret était toute droite et menait à la gare. &lt;br /&gt;
Nous étions également avisés de raids de fellaghas et, à chaque fois, elle nous prévenait en se dirigeant vers la porte d’entrée et en aboyant furieusement. Ma mère nous réunissait alors au fond de l’appartement, dans la dernière chambre. Nous restions là, tapis, sans bouger et attendions que la Légion intervienne. &lt;br /&gt;
Les légionnaires du 2ème R.E.I. ne tardaient jamais, c’est sans doute pour cette raison que nous ne montrions aucune crainte et sans doute également pour cette raison que pour nous, perdus aux confins du sud-oranais, la guerre nous semblait lointaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’était pas, hélas, le cas pour les autres régions. L’année 1956 sera marquée par les pires tueries. Dès le 10 janvier, sur ordre d’Amirouche le chef FLN de la Willaya 3, un millier de Musulmans, femmes et enfants, sont massacrés à Oued-Amizour dans la vallée de la Soummam. Le 26 janvier, un car transportant des appelés arrivés de Métropole est attaqué par les rebelles qui massacrent les soldats et s’enfuient au Maroc. &lt;br /&gt;
Le 21 février, 21 appelés du 51ème R.I.(Régiment d’Infanterie) sont tués près de El-Milia.&lt;br /&gt;
Le 25 février, une famille de touristes Malouins tombe dans une embuscade au col de Sakamody ; 8 personnes sont sauvagement assassinées. Sous les yeux de Robert SALLA, garrotté, sa belle-mère, son épouse et sa fillette de 7 ans sont violées et égorgées. Robert SALLE est, lui-même, égorgé après le forfait des assassins.&lt;br /&gt;
Les massacres de ce style se multiplient dans toute l’Algérie. Les jeunes appelés du Contingent paient, également, leur incrédulité.&lt;br /&gt;
Les forces de l’ordre ripostent avec efficacité ; ainsi le 8 mars une unité de parachutistes accroche une bande composée d’une compagnie de Tirailleurs Algériens qui avaient déserté en égorgeant les cadres Européens. Les déserteurs laissent sur le terrain 126 tués et 6 prisonniers. Les paras ont perdu 1 homme et ont quelques blessés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La France, bien que loin de la réalité algérienne, subit quelques contrecoups. A Paris, le 9 mars, 10000 Musulmans armés d’armes blanches manifestent et créent des incidents. La police intervient et procède à plus de 2000 arrestations avec saisies d’armes blanches.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur tout le territoire d’Algérie de nombreux Musulmans manifestent leur attachement à la France ; le plus important rassemblement réunit plus de 5000 kabyles près de Palestro qui deviendra sinistrement célèbre deux mois plus tard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hélas, si une majorité de Musulmans ne veut pas de l’indépendance, certains de nos propres compatriotes ainsi que des « intellectuels » français rejoignent et soutiennent le FLN.&lt;br /&gt;
Le 7 avril Henri Maillot, Lucien Guerab, Maurice Laban, Farrugia et d’autres Européens du PCA (Parti Communiste Algérien) forment un maquis « Rouge ». Ils seront abattus le 6 juin lors d’une opération.&lt;br /&gt;
Des religieux s’investissent également en faveur d’assassins. Les prêtres Augros, Manet et Merlan de la « Mission de France et d’Hippone » sont expulsés d’Algérie.&lt;br /&gt;
Des « intellectuels » Français prennent partie du FLN (Malraux, Sartre, Simone de Beauvoir, JJ Servan-Schreiber, Françoise Giroud, maître Vergès qui épouse la poseuse de bombe – Djamilla Bouhired , maître Badinter, Dumas, Gisèle Halimi et bien d’autres), ils récoltent des fonds, ils transportent des valises ; se sont-ils seulement interrogés sur les conséquences de leurs actes ? Grâce à eux, à cause d’eux, des centaines d’Européens seront massacrés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les massacres se poursuivent dans toute l’Algérie. Le 9 mai ,46 villages attaqués par le F.L.N. dans le Nord Constantinois( Rouached, Didjelli), de nombreux musulmans sont égorgés. Le 18 mai, 10 goumiers enlevés par le FLN et égorgés au Sud de Lamoricière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les rebelles continuent à exploiter l’incrédulité des appelés et causent de très nombreuses victimes dans leurs rangs ; de nombreux témoignages, du reste, sur cette incrédulité qui fut la cause de massacres furent occultés ; le 18 Mai 1956, dans les gorges de Palestro, 21 jeunes appelés du 9ème R.I.C., sous les ordres du sous lieutenant Artur, sont massacrés par le F.L.N. avec les armes volées par Henri Maillot. 15 seront retrouvés mutilés, 6 dont 4 blessés ont été emmenés par les rebelles qui ont eu 3 tués. Sept bataillons se mettent à la recherche des auteurs de l&#039;embuscade et de leurs prisonniers. Ils retrouveront 4 cadavres mutilés prés du douar Amal.&lt;br /&gt;
L’embuscade avait été tendue pendant que les militaires prenaient le thé dans un douar voisin ; les plus horribles mutilations subies par les malheureux furent le fait des villageois eux-mêmes.&lt;br /&gt;
Cet horrible massacre, comme tous ceux du reste perpétrés par les gens du F.L.N., démontra l’évidence de l’ignorance et méconnaissance des appelés du contingent, y compris de leurs jeunes officiers, à l’égard d’une population qui n’était soumise qu’à la loi du plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les évènements, tels que l’on les appelait, continuaient à endeuiller toutes les régions d’Algérie. &lt;br /&gt;
Certains membres Européens du P.C.A. (Parti Communiste Algérien) créent un maquis appelé « Maquis Rouge » dont les membres sont Européens communistes tels Henri Maillot (lieutenant déserteur), Lucien Guerrab, Maurice Laban, Farrugia.&lt;br /&gt;
Henri Maillot et Maurice Laban seront tués dans l’Ouarsenis le 6 juin 1956.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les villes d’Algérie sont la proie du terrorisme. Les attentats à l’arme blanche, à la grenade se multiplient sur l’ensemble de la population aussi bien Européenne que Musulmane. Le FLN cherche à instaurer, par tous les moyens, un climat de terreur et d’insécurité ; à Alger l’horreur atteint son apogée : deux bombes explosent en même temps au Milk-Bar et à la Cafétéria faisant 11 morts et 105 blessés graves dont beaucoup seront amputés, toutes les victimes sont civiles, parmi elles de nombreux jeunes gens et jeunes filles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région d’Aïn-Séfra qui semble quelque peu épargnée n’échappe tout de même pas à des actions rebelles ; Le 30 Juin, entre Géryville et El-Abiad, les fellaghas tendent une embuscade à un car et à son escorte ; les rebelles tuent 10 militaires, enlèvent 27 Français musulmans et assassinent 2 Européens : messieurs Esquembre et Quilici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cheminots, par les attentats sur les lignes de chemin de fer, deviennent les cibles civiles privilégiées des fellaghas. Aïn-Séfra sera endeuillé en permanence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Michel Pastor, ami à papa et à notre famille, fût tout au moins au sein de nos relations une des premières victimes des attentats contre le rail.&lt;br /&gt;
Michel Pastor, chef de train, quitte Aïn-Séfra pour Béni-Ounif avec le train de marchandises 5031 le 6 Juillet 1956 à 7 heures.&lt;br /&gt;
Le train passe Tiout  une demi-heure plus tard lorsque le mécanicien s’aperçoit qu’un rail est sur le côté, déboulonné ; immédiatement le convoi fait halte. Tout semble calme et personne ne se doute que derrière des touffes d’alfa sont tapis des fellaghas qui avaient commencé à déboulonner les rails et qui, visiblement, n’ont pas eu le temps d’achever leur triste besogne.&lt;br /&gt;
Michel Pastor descend du train et va au devant afin de se rendre compte des dégâts ; à l’instant où il se penche sur la voie une fusillade se fait entendre, les balles sifflent autour de lui et, brutalement, Michel sent une douleur au rein. Une balle vient de lui traverser la hanche en pénétrant par le rein droit. Il s’écroule sur le bas côté.&lt;br /&gt;
La fusillade continue de plus belle. Le train de marchandises comportait un wagon rempli de fûts d’huile. Brutalement il s’enflamme et des flammes gigantesques envahissent le convoi.&lt;br /&gt;
Les rebelles en profitent pour s’enfuir. Michel Pastor est toujours étendu. Malgré les soins il restera handicapé à vie. Il avait 27 ans lors de l’attentat ; il vit aujourd’hui paisiblement avec son épouse dans un petit village du Haut-Var. Sa blessure l’a contraint à marcher avec des béquilles et bien que plusieurs interventions soient intervenues, aucune d’entre elles n’a pu permettre à Michel Pastor de retrouver sa santé.&lt;br /&gt;
L’attentat, en réalité, n’était pas dirigé envers le convoi de marchandises mais était destiné au train de voyageurs 2001 qui venait d’Oran et se rendait à Colomb-Béchar et qui suivait le convoi du train de marchandises à une demi-heure d’intervalle.&lt;br /&gt;
Les conséquences auraient été sûrement plus dramatiques si le déraillement s’était produit au passage du train de voyageurs ; ainsi Michel Pastor, indirectement, évita sans aucun doute un massacre de voyageurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien qu’ils soient mis en garde, les appelés persistent dans leur incrédulité et ainsi deviennent la proie des terroristes et du FLN. &lt;br /&gt;
Le jeudi 23 août, La légion avait monté une opération de ratissage dans le Djebel Mekter qui offrait de nombreuses caches aux rebelles. Elle était accompagnée d’une section d’appelés qui avançait en halt-track. A un moment, ils virent descendre de la montagne des hommes en tenue de combat qui levaient leurs armes en l’air et s’avançaient vers l’half-track en criant « la quille, la quille ». Les légionnaires n’eurent pas le temps d’intervenir pour avertir les jeunes appelés que ces hommes n’étaient pas des militaires Français mais des rebelles en tenue de combat. Les 8 hommes de la section furent abattus, les rebelles purent s’enfuir. La légion appuyée par deux T6 réussit à localiser la bande le lendemain et l’anéantir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 28 août, le cadavre égorgé du Père Blanc Tabart, est découvert près du centre de Géryville.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Maroc n’échappe pas au soulèvement anti-Français et le 20 août des émeutes éclatent dans plusieurs villes et villages faisant de nombreuses victimes Européennes.&lt;br /&gt;
Les émeutiers Marocains n’ont rien à envier des assassins du FLN ; ils massacrent à l’arme blanche, à la pioche. A Oued-Zem, 50 Européens sont ainsi massacrés dans des conditions indescriptibles, 3 journalistes sont également tués par les émeutiers. A Casablanca on déplore 8 morts et 7 blessés Européens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au 3 septembre, le bilan des attentats, méfaits est hallucinant : 2.720 civils Musulmans dont 42 femmes et 34 enfants ont été assassinés ; 363 Européens dont 17 femmes et 24 enfants ont été tués et massacrés ; 299 écoles ont été détruites ; 896 exploitations agricoles (Européennes et Musulmanes) ont été incendiées et saccagées ; 194 magasins ont été détruits ; 404 matériels agricoles ont été détruits ; 38.340 têtes de bétail ont été abattues ; 268.500 arbres fruitiers ont été coupés ; 4.432.000 pieds de vigne ont été arrachés ; 359.000 quintaux de fourrage ont été brûlés ; 4.583 hectares de récolte ont été incendiés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Djebel restera un théâtre quasi-permanent d’opérations militaires contre les rebelles ; du 5 au 12 septembre 1956 les fellaghas laissent sur le terrain plusieurs dizaines de tués et de très nombreux prisonniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ie 19 septembre 1956, 20 appelés du poste de Hadjerat sont tués par des rebelles en tenue réglementaire de l’armée française ; les rebelles arborent même le foulard identifiant les unités au combat. Une fois de plus, les appelés ne font pas attention et ne se méfient pas de ces « collègues » qui viennent vers eux en criant « la quille !»  « la quille ! Bordel ! ». Lorsqu’ils se rendent compte de la méprise, il est trop tard.&lt;br /&gt;
2 compagnies du 2ème R.E.I. et une compagnie d’appelés se rend sur les lieux pour accrocher les fellaghas. Le convoi tombe dans une embuscade tendue par ces mêmes rebelles, le combat s’engage âpre, déterminé de part et d’autre. 19 rebelles sont abattus ; les légionnaires perdent 11 hommes et ont une vingtaine de blessés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd’hui on peut se demander si tous ces militaires du contingent ne sont pas morts par ignorance de ce qu’était le pays ; de mon point de vue et ce, après avoir longuement interrogé des appelés ou rappelés, il s’avère qu’ils avaient quitté la France et leur foyer sans qu’un seul de leurs gradés ne les ait mis en garde face au terrorisme, adversaire redoutable par son anonymat. &lt;br /&gt;
Tous les Officiers servant en Algérie étaient pourtant formés et informés de ce qu’était le pays, son origine, ses habitants de ce qu’était la guerre révolutionnaire menée par le FLN. Plusieurs manuels avaient été prévus à cet effet, dont trois principalement édités par le Bureau psychologique de la 10ème Région Militaire, et destinés à TOUS les cadres officiers servant en Algérie, expriment de façon très claire la situation et le comportement à avoir : Guide pratique de la Pacification, à l’usage des commandants de sous-quartier ; connaissance de l’Algérie, Rébellion en Algérie et Guerre Révolutionnaire écrite par le Capitaine Jacques Mercier.&lt;br /&gt;
Le 30 septembre Alger est à nouveau endeuillé par des bombes placées à la Cafétéria et au Milk bar faisant 11 morts et plus de 60 blessés dont des enfants à qui on ampute les bras ou les jambes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 22 octobre, l’armée de l’air intercepte l’avion transportant les chefs de la rébellion : Ben-Bella, Boudiaf, Khider, Lachref et Aït-Ahmed.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les semaines et les mois passaient et il me fallut affronter le dur apprentissage de la vie. C’est à dire faire face aux provocations et surtout m’affirmer.&lt;br /&gt;
Et des provocations j’en subissais presque quotidiennement ; je n’étais d’ailleurs pas le seul dans ce cas. Il faut dire qu’à cette époque les bagarres étaient presque devenues un jeu où tout un chacun devait prouver qu’il était un « homme ». Nous étions, effectivement, à l’âge où il faut s’affirmer.&lt;br /&gt;
Pour ce qui me concerne, depuis ma première rixe, déjà lointaine, dans l’oued, j’avais évité toute provocation et nul ne me cherchait noise jusqu’au jour où un jeune Européen de mon âge, José Lirola, pour je ne sais quelle raison décida de me prendre pour sa tête de Turc.&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs jours, à chaque sortie de l’école, il venait me provoquer et visiblement cherchait à se battre. Je faisais tout pour éviter l’empoignade au point que très fréquemment je décidais de rester en étude afin d’éviter une confrontation.&lt;br /&gt;
Je me décidais à en parler à mes parents. Maman avait décidé de rencontrer le Père Lelay afin de lui en parler, Papa la dissuadât et m’interrogea sur l’âge de mon provocateur me demandant si je le craignais. A vrai dire je n’avais aucune crainte et j’étais même certain de la battre facilement ; j’avais eu le temps de le juger lorsque nous faisions du sport et je m’étais rendu compte qu’il n’avait pour lui que sa corpulence. Je répondis donc à mon père que je n’avais aucune crainte de l’affronter mais que tout simplement je n’avais aucune raison de me battre avec lui.&lt;br /&gt;
Sa réponse fut simple : »Si tu ne l’affrontes pas et si tu ne le bats pas, d’autres poursuivront son jeu de provocation ».&lt;br /&gt;
Je n’avais pas besoin d’autres paroles, cela me suffisait et déjà j’échafaudais la façon dont je m’y prendrais pour lui ôter de façon définitive l’envie de poursuivre ses provocations.&lt;br /&gt;
L’occasion se présenta très vite, le lendemain soir, à la sortie de l’école, José comme à l’accoutumée vint m’importuner, visiblement il cherchait ce jour-là la bagarre, plusieurs camarades m’encourageaient et m’incitaient à répondre. Nous avions presque atteint la sortie du collège et étions proches du petit jardin entouré d’arbustes aux piquants très longs. Je sentais en moi la rage m’envahir et commençais à trembler, dès lors je savais et étais prêt à l’affronter. A présent je bouillais et attendais avec impatience l’occasion qui me serait donnée. J’étais sûr que j’aurais le dessus car José fanfaronnant n’était plus sur ses gardes ; au moment où il tournait le dos aux arbustes, je fis mine de m’enfuir et brutalement pivotais sur moi-même et j’assénais un violent coup de cartable au visage de José qui perdit l’équilibre et s’affala dans les épineux. Il se trouva dans une posture qui ne lui permettait plus de réagir aussi j’en profitais pour lui asséner sur le visage un nouveau coup de cartable et me mis à le rouer de coups de poings. José, visiblement, n’était plus en mesure de faire face aussi après lui avoir recommandé de ne plus me chercher, je lui tendais la main qu’il accepta tout penaud. A partir de ce jour-là, nos relations se renforcèrent et nous devînmes presque inséparables.&lt;br /&gt;
Dès lors, nous étions fréquemment ensemble et, comme lui était également bagarreur, l’oued et la placette du cadran solaire étaient devenus nos lieux de rencontre avec nos adversaires.&lt;br /&gt;
Jusqu’à mon départ d’Aïn-Séfra les bagarres se poursuivirent à un rythme quasi-hebdomadaire. Nous avions formé un groupe qui comprenait plusieurs camarades de l’Institution (Jean-Louis Solgadi, José et Jacky Lirola, Gros –fils d’un légionnaire, André Azoulay entre autres) et ainsi, étions devenus invulnérables.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La dernière fois que j’eus à me battre à Aïn-Séfra fût pour prendre la défense d’André et Paul Azoulay ; tous deux étaient importunés par un jeune Musulman armé d’une matraque. &lt;br /&gt;
La scène se déroulait au coin de la rue ; moi j’étais assis devant chez moi et n’avais rien observé jusqu’au moment ou j’entendis André m’appeler.&lt;br /&gt;
Sans hésiter je courais et me jetai sur le jeune Musulman qui m’assénait des coups de matraque. Mais étais-ce la rage ? Je ne ressentais rien, bien au contraire, j’étais animé d’une haine féroce qui décuplait mes forces à tel point que je réussis à lui arracher la matraque et, à mon tour, le rouais de coups.&lt;br /&gt;
Madame Mallol avait alerté ma mère, madame Azoulay poussait de grands cris. Moi je continuais à matraquer le jeune Musulman. Quelqu’un vint m’arracher au Musulman qui était à terre et qui, à présent, criait de peur et sans doute de douleur, peut-être aussi pour ameuter d’autres jeunes musulmans afin qu’ils viennent à la rescousse.&lt;br /&gt;
Fier de moi j’entrais dans la cour des Azoulay et posais la matraque contre le mur en indiquant à André que je lui faisais cadeau.&lt;br /&gt;
Maman nous avait rejoint chez Azoulay, ainsi que madame Mallol. Je rassurais ma mère en lui indiquant que tout allait bien et que je n’avais que quelques douleurs dans le dos. En réalité lorsque j’ôtais ma chemisette qui était déchirée je m’aperçus que j’avais le corps rempli de bleus.&lt;br /&gt;
Lorsque papa revint de déplacement, je m’empressais, tout fier, de lui conter l’aventure mais je ne vis aucune réaction si ce n’est un simple mot : »c’est bien ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au tout début du mois de novembre, le 5 précisément, les parachutistes Français sautent sur Port-Saïd et Port Fouad en Egypte par mesure de rétorsion envers le Président Nasser qui a décidé de nationalisé le canal de Suez.&lt;br /&gt;
Les troupes Anglaises sont aux côtés des Français.&lt;br /&gt;
La débandade de l’armée Egyptienne est totale et fulgurante ; hélas cette victoire des alliés est de courte durée car, sous la pression des Etats-Unis (encore nos bons amis américains) et de l’URSS, les troupes Franco-anglaises doivent cesser leur progression et sont tenus de quitter l’Egypte le 7 novembre.&lt;br /&gt;
Dix jours plus tard, à New York, Mohamed Yazid fait un exposé devant l&#039;&amp;quot;american commitee for africa&amp;quot; au cours duquel il indique que pour faire l&#039;unité africaine, il ne faut pas hésiter à écraser par la force toute opposition. Il se garde bien d’évoquer les massacres des 5.344 civils dont 4.149 Musulmans.&lt;br /&gt;
L&#039; »american commitee » applaudit l’exposé et décide d’alimenter financièrement le FLN . &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 17 novembre 1956 la 1ère C.P. accroche une bande rebelle, en pleine tempête de neige, dans le Béni-Smir ; le capitaine Millien, blessé deux fois, dirige le combat jusqu’au moment où, atteint une troisième fois, il tombe et succombe. Les légionnaires, pris de rage d’avoir perdu leur chef, montent à l’assaut et anéantissent la bande rebelle qui tentait de fuir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette fin novembre 56 verra de nouveau Aïn-Séfra en deuil par la mort de plusieurs cheminôts lors d’un attentat ferroviaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le train Inox qui avait quitté Séfra le matin du 30 novembre 1956, à l’aube, sautait sur une mine télécommandée, posée sur les rails à Hadjadj et Rouïba, avant la station de Djenien-bou-Rezg. Les deux motrices que pilotait Pascal Rivas quittaient la voie, la première percutait le remblai rocheux et la seconde grimpait sur celle de tête, écrasant les malheureux cheminots qui étaient tués sur le coup ; on devait retirer des décombres Pascal RIVAS (45 ans), Augustin SAEZ (36 ans) et Saïd MESSAOUDI (40 ans) père de 8 enfants. Par une cruelle ironie du sort, Pascal RIVAS, muté au dépôt de Mostaganem, assurait son dernier train sur la fraction Séfra-Béchar.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 23 décembre 1956, un autre train sauta sur une mine, entre Dayet el Kerch (km 568) et Djenien bou Rezg (km 573), faisant 4 morts parmi les cheminots parmi lesquels monsieur Durand – Chef de train et  le conducteur algérien – KADA et 12 militaires. Mon père qui était sur le train comme contrôleur y échappa miraculeusement. L’émotion était à son comble à Aïn-Séfra ; les cheminots, victimes innocentes, payaient un lourd tribut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 29 décembre plusieurs bombes sont posées par le Parti Communiste Algérien dans des églises détruisant les crèches de Noël, confessionnal ou bénitier.&lt;br /&gt;
L’Armée, quant à elle ne reste pas inactive et multiplie opérations sur opérations ; plusieurs centaines de rebelles sont mis hors de combat parfois lors d’accrochages violents.&lt;br /&gt;
L’armée française continue ses actions et met hors de combat des centaines de rebelles parmi lesquels le sanguinaire Zighout Youssef. Le 22 octobre, l’armée de l’air intercepte l’avion transportant les chefs de la rébellion : Ben-Bella, Boudiaf, Khider, Lachref et Aït-Ahmed.&lt;br /&gt;
La fin 1956 est marquée par le parachutage des paras Français et Anglais sur Port-Saïd et Port-Fouad. L’armée Egyptienne est défaite en 24 heures. La France et l’Angleterre sont contraintes d’abandonner le terrain sous la pression des Russes et de nos « bons amis Américains ».&lt;br /&gt;
Ces évènements étaient devenus cependant notre quotidien et nous continuions notre vie sans trop y penser, avec même un tant soit peu d’insouciance, sans doute dû à notre jeune âge. Les adultes semblaient également jouir de la même insouciance. Papa aimait autant la chasse que la pêche, il s’en donnera à cœur joie à La Salamandre quelques années plus tard, revenait fréquemment avec des perdreaux ou des gangas ; très souvent, également, on le voyait arriver au bout de la rue avec un immense sac pendu à son épaule. Il nous ramenait des champignons, ces énormes champignons que l’on trouve dans le sable et qui ont la fermeté des « pieds-de-mouton ». Maman les coupait en long et les faisait frire. C’était un délice.&lt;br /&gt;
Etait-ce à cause des évènements, mais toujours est-il qu’il ne m’amenait jamais avec lui. La seule fois où il m’amena chasser les gangas, ce fût l’horreur que je vécus. &lt;br /&gt;
Nous longions la voie ferrée vers un lieu appelé « pierre blanche » et nous nous dirigions en direction de Tiout, lorsque soudain mon père s’arrêta et m’intima de rester où j’étais, de ne plus avancer ; trop tard, j’avais vu ce qu’il voulait me cacher. Du reste ce que je voyais et qui m’avait glacé le sang m’empêchait de faire un pas de plus en avant ; de part et d’autre du rail deux piquets étaient plantés, chaque piquet portait une tête décapitée. C’était sans aucun doute des cantonniers, employés par les chemins de fer, pour en assurer l’entretien. Etait-ce l’œuvre des ouvriers Musulmans qui travaillaient avec eux à l’entretien de la voie ou l’assassinat gratuit des vaillants combattants du FLN ?&lt;br /&gt;
Les horreurs de la barbarie continuaient sur toute l’Algérie, les attentats contre la population civile se multipliaient dans toutes les agglomérations et même dans le bled.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien que je fusse profondément marqué par cette vision d’horreur, Je poursuivais mon adolescence quelque peu insouciante. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’étais au collège Lavigerie tenu par les Pères Blancs. J’avais grandi et commençais les premiers roucoulements ; Ma première approche de la gente féminine s’étant soldée par un échec face à la ravissante Andrée, je jetais, pour la seconde fois, mon dévolu, envers l’une des deux filles de monsieur Durand qui devait décéder, le 23 décembre 1956, suite à l’explosion d’une mine sous le train qu’il dirigeait.&lt;br /&gt;
C’était une magnifique petite blondinette que je retrouvais à la gare. Là, nous avions pour nous seuls, ou presque,  tous les wagons qui nous offraient des cachettes idéales qui nous protégeaient de tous regards indiscrets mais pas forcément des cachotteries des autres camarades qui, de temps à autre, venaient voir « où nous en étions ».&lt;br /&gt;
Ces premières amours étaient certes extrêmement puérils mais tout de même nos « baisers » étaient sincères, nos promesses – il faut bien l’avouer – un peu moins, surtout en ce qui me concerne. &lt;br /&gt;
Ce premier amour, en effet, devint le début d’un papillonnage bien involontaire.&lt;br /&gt;
Serait-ce possible que ce succès puisse être le fait des offrandes telles ces friandises et petits bonbons que nous pouvions acheter pour 2 francs 6 sous et qui constituaient l’essentiel de mes cadeaux.  &lt;br /&gt;
Cela pouvait-il être la jalousie d’autres filles à l’égard de l’élue de mon cœur.&lt;br /&gt;
A moins que ce ne fût le prestige de l’uniforme d’enfant de chœur que j’arborais fièrement ? Il faut bien convenir que nous avions fière allure dans nos aubes rouges et chasubles blanches. J’avais été désigné par le Père Le Lay pour assister à la messe une fois par semaine ainsi que pour celle du dimanche. Dans la semaine j’y voyais une certaine contrainte car il fallait me lever plus tôt pour assister à la messe de l’église du village qui se déroulait vers 7 heures, sitôt la messe terminée il me fallait cavaler pour me rendre au collège.&lt;br /&gt;
En revanche j’appréciais le dimanche car toutes les filles du village, ou presque, étaient présentes et bien entendu venaient toujours communier. Ce moment là, c’était le bonheur ; à l’eucharistie le prêtre allait donner l’hostie aux fidèles agenouillés, moi je suivais avec la coupelle que je devais mettre sous le menton des pénitents. A cet instant précis, Il y avait toujours des croisements de regards, des esquisses de sourire à mes grimaces que le prêtre ne pouvait voir, mais surtout je prenais un malin plaisir à chatouiller le menton avec la coupelle au moment même où la « pénitente » ouvrait la bouche pour recevoir l’hostie. Et, bien entendu, comme, je présume, tous les enfants de chœur de la planète, nous profitions de l’absence du Père dans la sacristie pour y goûter le « sang du Bon Dieu ».&lt;br /&gt;
Nous poursuivions notre vie d’adolescent sans trop penser aux évènements jusqu’au jour où je fus moi-même pris dans la tourmente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’année 1957 débute par une série d’attentats à la bombe dans toute l’Algérie ; les plus meurtriers se situent à Alger où Danielle Minne, Fadilla et Djamila Bouazza déposent simultanément des bombes à l’Otomatic, à la Cafétéria et au Coq Hardi en plein centre d’Alger. Ces établissements sont fréquentés par une majorité de jeunes étudiants. &lt;br /&gt;
On dénombrera 11 morts et 60 blessés dont plusieurs enfants à qui on amputera les bras ou les jambes.&lt;br /&gt;
Les opérations militaires se poursuivent dans la région d’Aïn-Séfra et le 3 mars, lors d’un violent accrochage dans le Djebel Amour, 50 rebelles sont abattus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les accrochages se succèdent dans le Béni-Smir, puis dans le djebel Mekter en Avril 1957, dans le Mzi et le Mohrad en juin 1957 où deux compagnies commandées par le chef de bataillon Raphanaud, anéantissent la moitié d’une bande rebelle encerclée ; les survivants se rallieront et formeront une harka qui se battra aux côtés de l’armée française. Le 9 juillet 1957, un nouvel accrochage dans le Djebel Mazouba cause la mort d’un nouvel officier de la Légion, le Lieutenant Noack. Puis c’est dans le Tikech-Kach en août que, de nouveau, le 2ème R.E.I. s’illustrera.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les trains continuaient, aussi, à être la cible des terroristes causant, à nouveau, des morts parmi les cheminots. C’est sans doute, sur ce point que j’avais conscience de la guerre et en mesurais toute sa cruauté. A chaque fois que papa partait en déplacement, nous vivions avec la hantise que le train sur lequel il exerçait soit la cible d’un attentat. Nous ne parlions pas et évitions même ce sujet, mais au fond de chacun d’entre nous l’angoisse de ne pas revoir l’être aimé nous étreignait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 1er avril 1957 : entre Ben-Zireg (km 699) et El-Haouari (km 729) un autre train sauta sur une mine causant la mort de 3 cheminots messieurs Tarri, Vivès et Rost et 3 blessés.&lt;br /&gt;
Monsieur ROST qui habitait la rue descendant de la gare, était sorti des décombres et paraissait indemne ; il alluma une cigarette et, brusquement, tomba foudroyé par une hémorragie interne.&lt;br /&gt;
	 &lt;br /&gt;
Les accrochages se succèdent dans le Béni-Smir, puis dans le djebel Mekter en Avril 1957, dans le Mzi et le Mohrad en juin 1957 où deux compagnies commandées par le chef de bataillon Raphanaud, anéantissent la moitié d’une bande rebelle encerclée ; les survivants se rallieront et formeront une harka qui se battra aux côtés de l’armée française.&lt;br /&gt;
Tous ces évènements contribuent au renversement du Gouvernement Guy Mollet le 21 mai.&lt;br /&gt;
Deux jours plus tard le 3ème R.C.P. de Bigeard accroche une bande rebelle à Agounennda et, après un combat de 48 heures, met hors de combat 96 rebelles et fait 12 prisonniers ; les paras perdent 8 hommes et 29 blessés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les horreurs de la barbarie continuaient sur toute l’Algérie, les attentats contre la population civile se multipliaient dans toutes les agglomérations et même dans le bled.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 28 mai Sur ordre de Mohamedi Saïd, (ancien de l&#039;abwer, le renseignement allemand pendant la seconde guerre mondiale) commandant de la willaya 3, les civils musulmans de Mechta-Kasbah, hameau prés de Melouza en Kabylie, favorables au M.N.A.,sont massacrés, égorgés, émasculés par une compagnie commandée par le capitaine Arab, faisant plus de 300 morts et 150 blessés parmi les habitants.&lt;br /&gt;
Le FLN tentera de faire imputer ce massacre aux militaires français.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 9 juin, Alger connaît de nouveau l’horreur, une bombe explose au Casino de la Corniche faisant 10 morts et 84 blessés. Dans toute l’Algérie, tant dans les villes que dans le bled, les attentats individuels se multiplient et touchent, à présent, la population musulmane à qui rien n’est épargné. Les atrocités commises par le FLN sont indescriptibles tellement elles atteignent l’ignominie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 9 juillet 1957, un nouvel accrochage dans le Djebel Mazouba cause la mort d’un nouvel officier de la Légion, le Lieutenant Noack. Puis c’est dans le Tikech-Kach en août que, de nouveau, le 2ème R.E.I. s’illustrera.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est cette année-là que je quittais les Louveteaux pour entre chez les Scouts. Le Père Diesté m’affecta à la patrouille des Cerfs. &lt;br /&gt;
Je n’étais pas peu fier d’arborer l’uniforme des Scouts, de plus j’avais l’immense bonheur de pouvoir participer pour les vacances scolaires à un grand rassemblement, en France, à Sainte-Marie-de-Campan tout près de Bagnères de Bigorre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’étais donc comblé car, tous comme beaucoup de mes camarades  - pour ne pas dire tous – je ne connaissais pas la France, cette Mère-Patrie, que nous avions appris à aimer sur les bancs de l’école. Pouvait-on imaginer, en ce temps là, que peu de temps après, cette France chérie nous abandonnerait. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec maman je m’affairais plusieurs jours avant le départ aux préparatifs du voyage et du séjour.&lt;br /&gt;
Le jour de notre départ en train, toutes nos familles nous ont accompagnés ; il y a de la joie, de l’émotion, des rires, des pleurs. Pour la majorité d’entre nous ce sera la première longue séparation et de surcroît dans un lointain pays.&lt;br /&gt;
Comme nous devons embarquer d’Alger, nous changeons de train à Perrégaux qui est la gare où se croisent les voies normales et étroites.&lt;br /&gt;
Nous arborons fièrement notre uniforme : sac à dos, short foncé, ceinturon, chemise kaki sur laquelle sont cousus les insignes de la Troupe, autour du cou notre foulard rouge et bleu ; la coiffure réglementaire est le béret aplati de couleur noire sur lequel est épinglée la croix de Baden Powel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toutes les troupes du Sud-Oranais se retrouvent dans notre train et rejoignent notre groupe dirigé par le Père Diesté.&lt;br /&gt;
Le train nous mène précisément à El-Biar (banlieue d’Alger) où se trouve sur les hauteurs le siège des Pères Blancs.&lt;br /&gt;
Dans l’attente de notre embarquement, nous visitons la ville d’Alger ; et arrive enfin l’embarquement à bord d’un paquebot qui nous semble démesurément grand.&lt;br /&gt;
L’émotion est forte lorsque nous voyons apparaître la côte française, puis Marseille se rapproche de plus et notre regard se porte sur la « Bonne Mère » la Vierge qui surplombe Marseille et que nous comparons à Notre Dame d’Afrique d’Alger et à notre dame de Santa-Cruz d’Oran.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis c’est le car qui nous amènera dans ces Hautes-Pyrénées, région merveilleusement belle et hospitalière. Sainte Marie de Campan, lieu de notre campement, se situe au pied du Col d’Aspin à 1489 mètres d’altitude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sitôt arrivés nous nous affairons à organiser le campement ; chaque patrouille a des consignes très précises et doit assumer une tâche impartie : telle patrouille monte les tentes, telle autre prépare un coin cuisine, une autre aménage un coin toilettes. L’organisation se révèle d’une extrême efficacité puisque à la fin de la journée le campement est « opérationnel ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le séjour est merveilleux et nous  alternons jeux et visites de quelques villes et sites.&lt;br /&gt;
L’un des sites dont je me souvienne le mieux est « le Cirque de Gavarnie » et sa grande cascade ; sa chute d’eau est impressionnante,  mais pour l’admirer de près, il nous faut marcher sur un chemin de galets où seuls les ânes et les mulets sont à l’aise ! les chaussures de marche que nous portons s’avèrent, en ce moment pénible, d’une grande utilité. &lt;br /&gt;
Les quelques touristes rencontrés sont transportés à dos d’ânes ou de mulets… nous, nous sommes à pied !&lt;br /&gt;
Nous sommes allés visiter la basilique de Lourdes. Là, les touristes et les pèlerins sont nombreux. Beaucoup de personnes handicapées, des malades sont là pour prier, implorer la Vierge Marie. Chacun attend le miracle et s’il ne vient pas chacun a au fond de lui-même un réconfort moral. Tout ce monde est venu chercher, ici à Lourdes, la quiétude, la prière. &lt;br /&gt;
Avant le retour, nous faisons quelques emplettes dans les magasins de vente des souvenirs, installés de chaque côté de cette grande rue. J’achète des médailles de la Vierge, des flacons d’eau bénite. En fin d’après-midi, nous rejoignons le campement en car.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le temps des vacances s’écoule paisiblement. Chaque jour nous faisons des promenades ou des excursions. Il fait beau et agréable dans la journée mais, le soir dès le crépuscule, la fraîcheur nous rappelle que nous sommes en montagne. &lt;br /&gt;
Il fait bien frais. Heureusement, dans nos bagages et en prévision de ces soirées, chacun de nous, peut se recouvrir d’une cape bien molletonnée qui nous réchauffe et nous permet d’affronter cette humidité ambiante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un matin, très tôt, le chef de troupe nous réveille afin de rejoindre le Col du Tourmalet et y admirer le lever du soleil sur le Pic du Midi. &lt;br /&gt;
C’est en car que nous accédons à ce site exceptionnel. Lorsque nous arrivons, nous découvrons un spectacle magnifique : le ciel est clair, sans nuages, l’aurore scintille de mille éclats. Nous avons les pieds mouillés par la rosée du matin mais qu’importe. Cet environnement nous change de notre Sud que nous avons presque oublié.&lt;br /&gt;
Nous prenons une collation préparée par une patrouille et nous regroupons autour du chef qui nous annonce que l’on doit retourner à Sainte Marie de Campan….à pied. Chaque patrouille doit prendre un itinéraire différent et devra se diriger à la boussole ; l’heure d’arrivée au campement est prévue pour dix-huit heures.&lt;br /&gt;
Notre patrouille prend donc le chemin à travers la forêt ; je ne suis pas rassuré et ne suis pas le seul dans ce cas, mais nous faisons confiance à notre guide qui n’a pas une ombre d’hésitation et qui, après avoir consulté sa boussole, nous indique le chemin à suivre. &lt;br /&gt;
La route est difficile mais nous parvenons après quelques bonnes heures de marche au campement vers 17 heures.&lt;br /&gt;
Nous sommes surpris de ne voir que quelques patrouilles d’autres groupes, mais aucune de chez nous. De même tout au cours de notre marche nous n’avons rencontré personne.&lt;br /&gt;
Le soir nous organisons une veillée autour d’un immense feu de camp ; chacun raconte son périple, chacun commente les erreurs commises. La soirée s’achève par des chants.&lt;br /&gt;
Les jours passent, les soirs aussi. Certains soirs où nous ne faisons pas de veillées, nos anciens s’éclipsent du camp en nous recommandant, bien entendu, de ne pas bouger de nos tentes, et rejoignent un camp de Jeannettes installé tout près du nôtre. &lt;br /&gt;
Ce n’est que le matin que nous les voyons arriver. Ils sont harcelés de questions mais aucun ne nous répondra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques jours après, nous reprenons le chemin du retour, la tête pleine de souvenirs. Des nouveaux liens d’amitié se sont tissés pendant ce séjour. Sur le sac à dos, nous avons cousu les écussons des villes et des sites visités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous étions loin des évènements et poursuivions notre vie d’adolescent sans trop penser aux évènements jusqu’au jour où je fus moi-même pris dans la tourmente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce jour-là arriva presque à notre retour de Sainte-Marie de Campan ; nous étions tous encore imprégnés de ces fabuleuses vacances, lorsque brutalement la réalité que nous avions quelque peu oubliée fit place au rêve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi que le 14 août 1957, une bande rebelle portant des uniformes de l’armée française fait irruption dans le village, non pas pour se battre, non, pour tuer, pour assassiner toutes les personnes civiles qui avaient eu le malheur d’être dehors à cette heure-là. Il était un peu moins de 20 heures, à cette heure-ci et en cette période, il fait très chaud, les gens sont dehors pour « prendre le frais » en attendant l’heure du couvre-feu qui était fixée à 21 heures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La bande rebelle en formation de patrouille française déboucha de derrière le pont face au parc à fourrage. Madame Liliane Vernhes et son jeune fils de 3 ans Michel sont assis devant leur porte. Victor est parti prendre son service à la gare . LilianeVernhes ne prête pas trop attention aux visages des « pseudo-militaires », il fait noir ; la patrouille arrive à sa hauteur, l’un des « militaires », en passant, caresse la tête de Michel. &lt;br /&gt;
La patrouille se dirige maintenant vers le centre du village où se situe la place ; &lt;br /&gt;
Roland Freund qui a fermé le bar vers 19 heures profite du peu de temps qu’il reste avant le couvre-feu qui est à 21 heures, pour faire le « boulevard » en compagnie de Jeannette Heansel, sa cousine ; ils sont sur l’avenue de France lorsque le couple croise une patrouille en tenue militaire ; Roland semble surpris par la physionomie des «pseudos-légionnaires et en fait part à Jeannette: »ils ont des têtes d’arabes ces légionnaires ! » ; Tous deux se retournent afin de mieux observer la patrouille, à cet instant précis l’un des militaires lève son arme et les met en joue. Roland hurle : »couche-toi, couche-toi ! ». Les rafales crépitent, les tirs sont dirigés en toutes directions.&lt;br /&gt;
Victor Vernhes vient juste d’arriver à la gare lorsque les rafales d’armes automatiques se font entendre.&lt;br /&gt;
Liliane Vernhes s’effondre touchée par une balle qui lui traverse la hanche, une autre balle atteint le jeune garçonnet au genou. Jeannette et Roland ont pu échapper de justesse à la mort grâce à la rapidité avec laquelle ils ont pu se jeter à terre ; néanmoins Jeannette est légèrement atteinte au doigt et à la jambe, Roland au pouce. Carmine Villani, le tailleur, qui habite tout près et qui veut se rendre compte de la situation, ouvre sa fenêtre, une rafale de mitraillette le touche au bras – il sera amputé.&lt;br /&gt;
Les gémissements de Jeannette sont perçus par un fellagha qui revient sur ses pas et arrose de nouveau Roland et Germaine de plusieurs rafales de mitraillettes, fort heureusement c’est le gros eucalyptus qui subit les dommages.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Monsieur Gaget, propriétaire de l’hôtel, entendant les coups de feu fait irruption dans la rue muni d’un fusil de chasse, il est vêtu d’un tricot de peau blanc qui se détache nettement dans la nuit, monsieur Grimaldi est également sorti et aperçoit monsieur Gaget dont la silhouette se dessine comme en plein jour et fait une cible privilégiée pour les rebelles qui ne sont qu’à quelques dizaines de mètres et qui continuent d’arroser la rue ; il hurle et invective monsieur Gaget lui recommandant de se protéger ou de rentrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’étais à la coopérative des C.F.A lorsque les premières rafales se firent entendre; papa m’avait envoyé acheter du « ras el rahnout », l’épice indispensable pour aromatiser le couscous. &lt;br /&gt;
Dès les premiers coups de feu je m’étais précipité dehors et, prenant les jambes à mon coup, je traversais la place pour prendre l’avenue menant à la gare. &lt;br /&gt;
De temps à autre je me blottissais contre une porte cochère et ainsi, j’atteignis la rue de la Mosquée, que je pris à toute allure afin de rejoindre un peu plus loin la rue du Père Dalleret où j’arrivais tout haletant.&lt;br /&gt;
La fusillade n’en finissait pas et me semblait à présent s’éloigner. A chaque interruption je courais et, enfin, je parvins chez moi. Ma mère et mes deux sœurs s’étaient réfugiées dans la chambre de mes parents et étaient blotties les unes contre les autres, papa semblait imperturbable et continuait à faire le repas dans la cuisine. &lt;br /&gt;
Après avoir tambouriné contre la porte, c’est papa qui vint m’ouvrir ; entre nous il n’y eut pas un mot, maman, elle, se précipita sur moi et m’étouffa presque en me posant mille questions. Je leur contais ce que j’avais entendu mais sans grande précision car en réalité je n’en avais aucune. &lt;br /&gt;
Le calme était revenu et nous nous mîmes à table comme si rien ne s’était passé. &lt;br /&gt;
Alors que nous dînions madame Ponssoda vint nous dire que son mari ne rentrerait pas car il partait avec une section à la recherche de la bande de fellaghas.&lt;br /&gt;
Maman l’invita à aller chercher ses deux petites filles et rester avec nous.&lt;br /&gt;
Le lendemain, lors d’une opération de ratissage, la bande rebelle fut complètement anéantie par une C.P. du 2ème R.E.I. partie à sa recherche.&lt;br /&gt;
Nous apprîmes également la façon dont s’était déroulée l’attaque et les noms des blessés parmi les blessés il y eut monsieur Vittali qui fût amputé du bras droit.&lt;br /&gt;
Ce premier événement tragique n’altéra en rien notre façon de vivre et nous continuâmes à fréquenter les dunes, à nous rendre à pied jusqu’aux Pierres Ecrites, en un mot à vivre comme si rien ne se passait.&lt;br /&gt;
Les randonnées scoutes se poursuivent. C’est ainsi que nous allons passer quelques jours au Kredeir, station thermale, située entre Saïda et Méchéria. Une unité de la Légion Etrangère entretien un jardin et y cultive légumes et fruits qui servent à alimenter le Régiment. &lt;br /&gt;
Au Kreider, pendant les évènements, nous installons nos tentes à l’intérieur des fortifications construites par la légion.&lt;br /&gt;
Une belle et grande piscine a été creusée et aménagée par les légionnaires au milieu des jardins et des bâtiments ; l’eau qui provient de la source thermale est tiède. Sa température nous permet de nous baigner dès les premières heures de la matinée. Nous pouvons ainsi nous entraîner à la natation et passer le badge de nageur suivant la spécialité retenue. Les veillées sont autorisées mais la durée limitée ! C’est trop risqué. Le jardinier nous abonde de fruits et légumes d’une saveur incomparable ; tous ces produits sont frais et sont traités comme dame nature le veut, c&#039;est-à-dire sans aucun artifice d’aucune sorte. Nous avons là des produits bio.&lt;br /&gt;
Tout autour de ce lieu aride et présaharien ne pousse que l’alfa. Un grand chott occupe une dépression fermée dont le fond est une Sebkha ; c’est un grand marécage salé, temporairement asséché.&lt;br /&gt;
Les quelques jours passés nous permettent de faire des excursions. Un jour nous avons profiter de rejoindre un lieu magique. Une abondante végétation de lauriers à fleurs roses, de grands palmiers, est arrosée par une source. Cette verdure inattendue apporte une fraîcheur incomparable dans ce lieu désertique. Nous remarquons que le génie militaire a eu le bon réflexe d’installer un abreuvoir. Cette aubaine permet aux troupeaux de chèvres, de moutons, d’ânes de se rafraîchir. Nous avons pu apercevoir et approcher des dromadaires. Ces animaux sont proches du chameau mais ils ont une seule bosse. Le dromadaire est utilisé comme bête de somme dans ce grand désert. La caravane est formée par plusieurs dromadaires accompagnés par les nomades. Les marchandises sont ainsi transportées d’un point à un autre ou plutôt d’une oasis à une autre oasis.&lt;br /&gt;
Au retour de cette promenade, il fait une chaleur torride. Le vent souffle et soulève des nuages de sable. Nous avons la chance d’apercevoir des gerboises qui vont d’une touffe d’alfa à une autre. Les traces sont nombreuses, sans oublier les bousiers qui roulent leur crottin.&lt;br /&gt;
Les scorpions sont présents et sont partout, n’importe quelle pierre peut abriter une nichée. Nous préférons éviter leur rencontre qui s’avère toujours dangereuse ; le venin agit très rapidement et dans ce cas il vaut mieux avoir sur soi une dose d’antidote. &lt;br /&gt;
Les petites vipères du désert sont très vives et assez nombreuses. Les traces de leurs déplacements sont visibles sur le sable. &lt;br /&gt;
Dans ce grand désert nous sommes surpris de constater combien la vie sauvage est présente partout. Les points d’eau sont investis par la flore et la faune. Le désert est fabuleux. Les pièges ne manquent pas, la prudence est de règle et notre meilleure compagne. A l’ombre du soleil, dans le sac à dos, il faut toujours avoir une gourde remplie d’eau ! Une gorgée d’eau de temps à autre peut sauver de la déshydratation rapide dans ces lieux austères.&lt;br /&gt;
Ici, la variété de plantes que l’on peut découvrir, contempler est absolument extraordinaire, tant par la multitude de variétés que par celle des couleurs. Cet ensemble offre tout un ensemble de nuances sur un fond jaunâtre de la couleur du sable, agrémentée par un ciel bleu azur éclatant et sans nuages. &lt;br /&gt;
L’infini de cette étendue désertique nous laisse le temps d’imaginer ce que peut être le reste de cet immense désert. La quiétude que peut nous procurer ce silence est quelque peu troublée par le cri d’un fennec, petit renard des sables à très larges oreilles. Nous terminons cette promenade, accompagnés par le simoun, ce vent chaud et violent qui soulève et forme des tourbillons de sable.&lt;br /&gt;
Heureusement l’abri de notre tente sera des plus bénéfiques pour nous protéger. Une fois le maillot de bain passé, nous allons plonger dans la piscine. &lt;br /&gt;
Les vacances étant achevées, je reprenais le chemin de l’Institution le cœur léger, heureux d’avoir passé d’aussi bonnes vacances ; bien sûr la ferme m’avait quelque peu manqué, mais cette expérience de séjour en France avait été des plus salutaires quant à ma connaissance de la mère Patrie et de ce que l’on nous enseignait à l’école.&lt;br /&gt;
Ne nous apprenait-on pas que nos ancêtres étaient les Gaulois ? C’était la franche rigolade lorsque notre professeur nous affirmait cela. Nous nous lancions alors des boutades : « hé Redouane, tes ancêtres étaient blonds ? Seul notre professeur ne riait pas et nous menaçait de nous mener chez le « père fifine » ; il nous fallait également apprendre par cœur la géographie : les Alpes et les atlas Tellien, le Rhône et le Chélif. &lt;br /&gt;
En cours de mathématiques avec Quinquin, nous avions droit aux interrogations écrites tous les vendredis. Pour ce faire il nous demandait de prendre une demi-feuille de papier, d’y inscrire la date et d’y noter au-dessous une phrase quelconque qu’il nous dictait ; ainsi il nous empêchait de lui donner des réponses préparées à l’avance notamment lorsque nous apprenions les théorèmes de géométrie.&lt;br /&gt;
Mais ni  la sévérité légendaire et très affirmée des Pères Blancs, ni  les évènements auxquels nous étions confrontés n’entamaient en rien les sottises que nous faisions à l’école et c’était toujours à celui qui se singularisait le plus. &lt;br /&gt;
Notre jeu favori, lors des cours, était le « lâcher de mouches ». Nous attrapions des mouches et leur mettions sur l’arrière un petit fil de couleur, puis nous les lâchions. La réussite consistait à mettre un bout de fil suffisamment long pour qu’il puisse se voir, mais pas trop pour qu’il n’entrave pas le vol des mouches. C’était alors le vol d’escadrilles de couleurs différentes qui provoquait le fou rire de toute la classe et le courroux de l’enseignant.&lt;br /&gt;
Mais, il nous arrivait également de corser l’affaire ou tout au moins la rendre plus « marrante » - pour tant soit qu’elle puisse l’être, lorsque nous étions parvenus à nouer le bout de ficelle, nous le trempions dans de l’encre et lâchions immédiatement la mouche qui, dès son envol jetait des projectiles d’encre sur son passage souillant les cahiers, livres et têtes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre jeu dont j’ai été personnellement victime consistait à glisser un camembert « bien mur » et mieux encore l’étaler dans le pupitre d’un élève.&lt;br /&gt;
Dès que l’élève soulevait son pupitre pour y prendre un cahier ou un crayon , il s’élevait dans la classe une odeur pestilentielle qui interrompait le professeur qui se tournait vers nous pour dire: « Il y a des toilettes dans la cour…. ».&lt;br /&gt;
L’élève refermait aussitôt le pupitre et attendait patiemment l’heure de la récré pour nettoyer et surtout mener son enquête.&lt;br /&gt;
Les combats au tire-boulettes étaient également quasi-quotidiens ; les stylos bic faisaient parfaitement l’affaire, les projectiles consistaient en petits bouts de papier que nous mâchonnions avant de les pétrir pour en faire une boulette qui lorsqu’elle était bien faite et atteignait sa cible, faisait toujours pousser un cri de douleur à celui qui la recevait. Le tableau noir était très fréquemment maculé par toutes ces petites boulettes de couleur différente.&lt;br /&gt;
Les punitions, lorsque nous étions pris, étaient redoutables : coups de règle en bois sur nos doigts repliés et joints puis mise au coin de la classe pendant tout le cours, face au mur, les mains repliées sur la tête. Mais ce que nous redoutions le plus, c’était la visite chez le Père Le Lay, surnommé « fifine », car il avait constitué pour nous punir une espèce de ficelle à nœuds, qu’il se délectait à nous administrer. Pourtant autant nous craignions la fifine, autant nous appréciions le son du hautbois et de la clarinette qui étaient les deux instruments que le Père Lelay savait faire vibrer et, parfois lorsque nous étions en études, il venait nous jouer un petit concert. A ce moment-là nous aurions pu entendre une mouche voler tellement le silence régnait dans la grande salle.&lt;br /&gt;
D’autres jeux tout aussi niais et peu avouables nous comblaient et nous valaient les colles à l’étude où, du reste, nous poursuivions allégrement nos farces ou autres concours tous aussi stupides les uns que les autres.&lt;br /&gt;
En cour de récréation, le jeu le plus prisé était le concours de pipi : c’était à celui qui ferait pipi le plus longtemps, le plus loin et le plus haut.&lt;br /&gt;
Un jour que nous avions décidé ce concours en quittant l’Institution, nous fûmes surpris par le Père Le Lay ; mal nous en prit car en plus d’une heure de colle le soir, nous eûmes droit à une raclée mémorable.&lt;br /&gt;
Parfois nous nous réunissions derrière l’Institution, sous les eucalyptus et assis tels les Indiens nous fumions le calumet de la paix qui était en réalité des racines d’eucalyptus que nous coupions à la longueur d’une cigarette ; mais je dois bien avouer que quelquefois c’étaient des vrais « bastos » qui circulaient. Nous fûmes trahis plusieurs fois par les quintes de toux provoquées par la cigarette.&lt;br /&gt;
Il n’empêche que nous gardons, tous, un excellent souvenir de cette époque au cours de laquelle, bien que nous passions une adolescence tourmentée, nous appréciions nos professeurs, les respections et assumions, sans rechigner, les tâches et devoirs que nous devions faire. Nos enseignants d’aujourd’hui ne pourraient-ils pas prendre exemple sur leurs anciens ? Comment feraient-ils si, aujourd’hui, ils avaient comme c’était le cas, par le passé, des classes de 40 à 45 élèves ? Mais ceci est un autre débat.&lt;br /&gt;
Les attentats continuèrent à jalonner cette année de 1957 ; Alger fut à nouveau la cible du terrorisme, deux bombes posées à l’Otomatic et au Coq Hardi font 5 morts et 60 blessés parmi lesquels de nombreux étudiants. Le 9 juin, Alger connaît de nouveau l’horreur, une bombe explose au Casino de la Corniche faisant 10 morts et 84 blessés. Dans toute l’Algérie, tant dans les villes que dans le bled, les attentats individuels se multiplient et touchent, à présent, la population musulmane à qui rien n’est épargné. Les atrocités commises par le FLN sont indescriptibles tellement elles atteignent l’ignominie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Djebels continuent d’être ratissés, les forces de l’ordre recherchent des filières, des points de regroupements. Des unités de la Légion sont détachées sur le terrain afin d’y trouver des traces de passage ; l’hélicoptère de transport n’est encore pas utilisé ce qui implique de longues marches forcées afin d’y scruter le sol. Le résultat est payant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de l’année 1957, 486 rebelles sont tués, 480 armes individuelles et 3 armes collectives sont récupérées. Fin 1957, la bataille du rail qui a causé de très nombreuses victimes civiles, est définitivement gagnée, les katibas implantées sont détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant les rebelles, retranchés au Maroc, continuent de forcer les barrages provoquant la réaction immédiate des forces de l’ordre implantées tout au long de la frontière.&lt;br /&gt;
Ils veulent à tout prix franchir la frontière pour épauler et renforcer les forces de l’intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En janvier 1958, les traces d’une bande évaluée à une centaine d’hommes sont découvertes par une C.P. du 2ème R.E.I. dans le Sud-Géryvillois. L’opération est déclenchée immédiatement et se poursuit sans interruption pendant 24 heures.&lt;br /&gt;
13 compagnies dont les 6 Compagnies Portées du 2ème R.E.I. pourchassent inlassablement la bande à travers les plaines, les hamadas du Sud et dans le Djebel où elle sera rattrapée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une cinquantaine de rebelles seront mis hors de combat et laissés sur le terrain.&lt;br /&gt;
Les rebelles implantés sur le territoire marocain veulent à tout prix franchir la frontière pour épauler et renforcer les forces de l’intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 24 Janvier,	le 1ER R.E.P.(Régiment Etranger de Parachutistes), avec le Colonel Jeanpierre, déclenche une opération à la frontière tunisienne.&lt;br /&gt;
Après de violents combats les légionnaires mettent hors de combat 92 fellaghas et font 5 prisonniers ; de leur côté ils perdent 5 des leurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le premier trimestre de cette année 1958 est bénéfique pour les forces de l’ordre qui enregistrent des résultats opérationnels exceptionnels&lt;br /&gt;
-	du 14 au 21 février le FLN qui tente de franchir le barrage algéro-tunisien perd 500 hommes qui sont tués lors du franchissement du barrage ; ils laissent sur le terrain 2 mortiers, 7 mitrailleuses, 5 F.M. et 100 fusils de guerre.&lt;br /&gt;
-	Le 26 février les katibas perdent 270 hommes et abandonnent 10 mitrailleuses, 6 fusils mitrailleurs, 55 pistolets mitrailleurs, 117 fusils de guerre et 1 lance roquettes.&lt;br /&gt;
Malheureusement au cours de ses combats les troupes françaises perdent 30 des leurs, ont 60 blessés ; 10 soldats sont également disparus.&lt;br /&gt;
-	le 27 avril au Sud de Souk-Arras, un franchissement du barrage par un bataillon de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale) fort d’un milliers d’hommes est pris en chasse par les 9ème,  14ème et 18ème R.C.P.(Régiment de Chasseurs Parachutistes), 1er R.E.P. (Régiment Etranger de Parachutistes), 3ème R.E.I.(Régiment Etranger d’Infanterie), 26ème, 60ème et 153ème R.I.(Régiment d’Infanterie), 3ème G.C.N.A., 31ème Dragons, 8ème R.P.C.(Régiment de Parachutistes Coloniaux) et des Unités de Secteur.&lt;br /&gt;
les combats dureront jusqu&#039;au 5 mai ; le bilan sera de 673 hors la loi tués 45 prisonniers. 200 réussiront à rompre l&#039;encerclement et à fuir. &lt;br /&gt;
Les troupes françaises auront perdu 87 tués dont un capitaine et 131 blessés.  &lt;br /&gt;
-	« Kobus » le chef de la force « K » (un maquis musulman hostile au FLN armé par la France) est abattu le 28 avril par son adjoint Ismail Rachid Rabah qui rejoint le FLN avec la tête de Kobus et le gros du bataillon soit 500 hommes.&lt;br /&gt;
En revanche une compagnie forte de 150 hommes rejoint, elle, l&#039;armée française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au mois de mai 1958, le Général de Gaulle arriva au pouvoir ; la quasi-totalité de la population reprenait espoir. &lt;br /&gt;
Papa, quant à lui, disait qu’il n’apporterait rien et que bien au contraire il nous trahirait ; le Sergent-chef Ponssoda semblait du même avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’histoire ainsi que la tournure des évènements leur donnera raison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je passe cette année mon Brevet Sportif Scolaire, le 18 mars, puis c’est au tour de mon Certificat d’Etudes Primaires, le 29 mai.&lt;br /&gt;
je réussis ces deux épreuves avec brio et je me souviens que pour le CEP on m’avait laissé le choix entre le chant et la poésie. J’avais opté pour le chant et cette merveilleuse chanson écrite par un Père Blanc :  « O terre d’Algérie ».&lt;br /&gt;
Les vacances arrivèrent très vite et c’est tout fier que j’annonçais à mes oncle et tante ma brillante réussite non seulement au Certificat d’Etudes Primaires mais également à la fin de cette année scolaire.&lt;br /&gt;
J’avais obtenu, en effet, des prix en toutes matières et cette année-là j’avais réussi à « damer le pion » à Chami en  étant premier en français ; même les mathématiques qui n’étaient pas du tout mon point fort me permirent l’octroi d’un prix : ce fut le merveilleux roman de Jack London « Croc-Blanc » ; grâce à tous ses prix je mettais constitué une belle bibliothèque dont la majeure partie des livres étaient des romans d’aventure.&lt;br /&gt;
Mais, chaque année, c’est avec appréhension que j’attendais la remise des prix ; certes j’avais une petite idée de mes résultats et du classement mais cela se jouait très serré et quelquefois pour un demi point nous n’obtenions rien.&lt;br /&gt;
Cette appréhension venait également du fait que la remise des prix était faite dans la salle de cinéma devant tous les parents dont certains venaient de très loin pour assister à cet évènement qui couronnait une année scolaire.&lt;br /&gt;
Avant cette remise de prix nous organisions toujours des spectacles que nous avions préparé minutieusement tout au long du dernier trimestre. Ma dernière participation l’année suivante fut une présentation du Cid dans laquelle je jouais le rôle de Rodrigue.&lt;br /&gt;
Toujours est-il que ces spectacles nous permettaient d’oublier quelque peu le verdict qui serait annoncé un moment plus tard et qui sanctionnerait notre année.&lt;br /&gt;
Pour ma part je n’avais jamais trop de crainte de ne point avoir de prix car somme toute je travaillais bien et, hormis les maths pour lesquelles je pêchais un peu, j’étais bien au-dessus de la moyenne dans toutes les autres matières. J’étais cependant fébrile à l’écoute des résultats et, au fur et à mesure, que le Père Le Lay nommait les élèves , mon cœur battait plus fort car le dernier nommé était celui qui avait le prix d’excellence.&lt;br /&gt;
Quelle joie d’entendre alors mon nom. J’allais alors recevoir le prix attribué sous les applaudissements de toute l’assistance. C’était fabuleux. J’étais réellement très fier, d’une part d’avoir décroché un prix car cela prouvait que mes résultats étaient particulièrement brillants, mais par le fait que je sentais maman heureuse ; je pense que c’était le plus beau cadeau que je pouvais lui faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi donc cette fin d’année 58 me vit plus heureux que d’habitude et j’allais prendre mes vacances le cœur léger et serein.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule ombre au tableau résidait dans la guerre qui se poursuivait.&lt;br /&gt;
Avec  l’arrivée du Général de Gaulle, le conflit devait normalement prendre fin très rapidement ; n’avait-il pas indiqué clairement, lors de son discours à Mostaganem, qu’il n’y avait que des Français à part entière de Dunkerque à Tamanrasset, n’avait-il pas annoncé les bras tendus au ciel : « Mostaganem merci, Vive l’Algérie Française, Vive Mostaganem ».&lt;br /&gt;
Mostaganem, cette ville que nous allions habiter un an après.&lt;br /&gt;
La guerre sans nom se poursuit inlassablement, tant sur le territoire algérien qu’en France et le 18 Septembre, des plongeurs du F.L.N., tentent de poser des charges explosives sur le Jean Bart en rade de Toulon ; malheureusement pour eux ils échouent lamentablement et on les retrouvera noyés dans le port.&lt;br /&gt;
Le F.L.N. continue de frapper aveuglément ;la population musulmane en est la première victime car le F.L.N. tente à tout prix de la rallier à lui et, ce n’est que par l’horreur, les représailles qu’il peut parvenir à ses fins.&lt;br /&gt;
Des dizaines de charnier sont découverts dont un de plus de 400 cadavres de rebelles assassinés sur l’ordre d’Amirouche.&lt;br /&gt;
Si une frange importante de la population musulmane n’est pas acquise à la rébellion, en revanche, de nombreux « bons Français » la soutiennent : tant des intellectuels que des ecclésiastiques qui n’hésiteront pas à collecter, transporter des armes pour le compte du FLN.&lt;br /&gt;
Le 19 octobre, à Lyon, 2 ecclésiastiques dont l’abbé Carteron alias « M.Albert » trésorier du FLN pour la région lyonnaise sont arrêtés.&lt;br /&gt;
Le 23 octobre, le général de Gaulle propose la « Paix des braves » aux combattants du FLN.&lt;br /&gt;
Lors d’une conférence de presse, de Gaulle confirmait une fois de plus le maintien de la présence française en Algérie et déclarait : « quelle hécatombe connaîtrait l’Algérie si nous étions assez stupides et assez lâches pour l’abandonner » ; il achevait sa conférence de presse en rendant un hommage à l’armée : «  elle a accompli ce que la France attend d’elle ».&lt;br /&gt;
Mensonges, parjures. Dès 1959 il modifiera sa politique : tout d’abord en donnant un choix de 3 solutions (Sécession, Francisation, Association), puis en proclamant l’autodétermination.&lt;br /&gt;
Cette controverse allait donner lieu à des protestations et à des manifestations qui conduiraient ultérieurement aux barricades de 1960 et aboutiraient au puch d’avril 1961.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès le début 1959, les rebelles retranchés sur le territoire marocain feront des tentatives de franchissement massif mais ils rencontrent, à chacun de leurs passages, les légionnaires qui n’ont plus une minute de répit.&lt;br /&gt;
Nous en prenons conscience par les bruits de combats perpétuels et surtout le retour des blessés et des morts dans les 6x6.&lt;br /&gt;
-	Le 11 février 208 rebelles tentent de forcer le barrage électrifié dans la région de Morsott, c&#039;est un échec qui se solde par 150 tués et 25 prisonniers, 33 ont préféré rebrousser chemin en Tunisie.&lt;br /&gt;
-	Le 27 Mars, une opération prés de Bidon V, à la frontière marocaine au sud de Colomb Bechar, se solde par la mort de 9 rebelles, parmi lesquels le colonel Lofti, chef de la wilaya 5, son adjoint le commandant Tahar et leurs gardes du corps, en plus du matériel et des documents saisis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Face aux coups de boutoir de l’armée Française, de nombreux rebelles quittent le maquis pour se rallier à la France ; entre le 13 et le 20 avril, 123 rebelles rejoignent les forces Françaises.&lt;br /&gt;
Mais les assassinats et les massacres continuent à frapper des innocents. Le 21 avril, près de Thiersville, lors de l’attaque d’une ferme les « bouchers » enlèvent la grand-mère, la mère et la petite fille qui sont retrouvées 3 jours plus tard dans une meule de paille, mortes et horriblement mutilées. Les deux femmes avaient été violées, le crâne de la fillette était fracassé.&lt;br /&gt;
Et, entre temps le général de Gaulle gracie une trentaine de fellaghas qui avaient été condamnés à mort.&lt;br /&gt;
Les opérations se poursuivent et obtiennent des résultats très encourageants :&lt;br /&gt;
-	le 25 avril, dans le djebel Zerzour dans l&#039;Ouarsenis, une bande rebelle est anéantie prés de Molière, bilan 92 tués et 27 prisonniers.&lt;br /&gt;
-	Le 29 avril, dans le sud-algérois près de Champlain 98 rebelles sont abattus et 31 faits prisonniers.&lt;br /&gt;
-	Entre le 17 et 30 avril 1959 (fête de Camerone) trois katibas franchiront la frontière ; elles sont accrochées à hauteur de Djenien-bou-Rezg par les Compagnies Portées qui n’ont plus connu de repos, mais les résultats sont payants car les rebelles laissent sur le terrain 64 tués, 77 prisonniers, 90 armes dont 1 mortier de 81, 2 mitrailleuses M.G. et 1 F.M. Malheureusement le capitaine Allombert-Maréchal qui donne l’assaut final tombe mortellement blessé.&lt;br /&gt;
Dans le Géryvillois, les Compagnies Portées stationnées aux Arbaouats, Géryville et Bou-Alam, continuent à escadronner les pistes et à escalader les djebels. Au cours de ces opérations les légionnaires subiront de lourdes pertes : 30 officiers, sous-officiers et légionnaires sont tués ou gravement blessés au cours d’une opération le 23 novembre.&lt;br /&gt;
Je prenais de plus en plus conscience de la guerre à laquelle nous étions confrontée, de la cruauté, de la barbarie, de la lâcheté des assassins dont la force reposait dans la pose de bombes,  le jet de grenades ; ces terroristes n’avaient de courage que leur lâcheté à s’attaquer à des femmes, des enfants, des civils non armés.&lt;br /&gt;
Les journaux évoquaient quotidiennement les méfaits de ces pseudo combattants de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Seuls, les combattants du Djebel, lorsqu’ils ne commettaient les pires atrocités y compris contre leurs propres congénères, méritaient le respect. Ceux-là mêmes, après l’indépendance, seront largement écartés au profit de ceux que l’on surnommera les « Martiens » ; ces fameux combattants de la dernière heure qui adhérèrent au FLN au mois de Mars 1962, après que la France et le GPRA aient signé le cessez-le-feu. ils furent, pour la plupart, à l’origine des terribles massacres et exactions commis dans toute l’Algérie après le cessez-le-feu, en particulier le massacre de juillet à Oran au cours duquel des milliers d’Européens furent enlevés, assassinés dans des conditions indescriptibles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fin de l’année scolaire 1959 marqua notre départ d’Aïn-Séfra.&lt;br /&gt;
Papa devait rejoindre son nouveau poste à Mostaganem pour septembre 1959.&lt;br /&gt;
Pour moi, ce fut un choc car j’aimais ce village, j’admirais son environnement, j’étais entouré de nombreux camarades. Tout me réussissait y compris études que j’affectionnais et pour lesquelles, humblement dit, j’étais assez brillant ; j’avais passé mon CEP (Certificat d’Etudes Primaires) avec d’excellentes notes et achevais ma 5ème avec de très bons résultats. &lt;br /&gt;
Chaque année, j’attendais avec fébrilité et angoisse la fin des cours et la remise des prix. Cette remise de prix avait souvent lieu après des représentations que nous donnions devant tous les parents d’élèves. Pour la circonstance, même les parents qui habitaient dans les villages les plus reculés, étaient présents.&lt;br /&gt;
Ainsi, chaque année je revenais à la maison avec 4 ou 5 récompenses qui étaient les lots de mon travail et, je dois bien avouer que je n’étais pas peu fier lorsque j’étais appelé pour aller recevoir mon prix, surtout lorsque celui-ci était d’excellence et cela arrivait. Les mathématiques seront les matières qui ne me réussiront jamais, mais j’obtenais toujours des notes au dessus de la moyenne ce qui somme toute n’était pas si mal.&lt;br /&gt;
Lors de ces remises de prix au cours desquelles nous faisions divers spectacles l’assistance était très nombreuse : parents, enseignants, amis étaient tous là pour nous encourager.&lt;br /&gt;
Mon dernier spectacle fut une scène de théâtre « Le Cid » dans laquelle j’ exerçais le rôle de Rodrigue.&lt;br /&gt;
Nous étions tous heureux de ce jour là mais appréhendions cependant le verdict ; et, nous étions tous impatients de savoir le prix que l’on nous attribuerait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais lors de ces remises de prix, ma fierté était surtout de voir le visage resplendissant de maman qui avait du mal à masquer son émotion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La seule ombre au tableau résidait dans la guerre qui se poursuivait. Mais, avec l’arrivée du Général de Gaulle, le conflit devait normalement prendre fin très rapidement puisqu’il nous avait clairement annoncé qu’il n’y avait que des Français de Dunkerque à Tamanrasset et que, de plus, il nous avait compris.&lt;br /&gt;
Et, effectivement le conflit devait cesser 4 années plus tard, mais pas de la façon dont la population Européenne et une large majorité de la population Musulmane avaient espéré.&lt;br /&gt;
Je quittais Aïn-Séfra, la mort dans l’âme, lors des vacances scolaires en juin 1959. Je savais que je partais définitivement et j’essayais d’envisager l’avenir. J’allais avoir 3 mois de répit avant de recommencer une nouvelle étape. Pendant ces trois mois de vacances passées à la ferme, chez mon oncle, à Assi-bou-Nif où j’avais créé un tissu de relations tant masculines que féminines, je pourrai me ressourcer et peut-être oublier.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Patrickguillas</name></author>
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		<title>Etat APRES Ain Sefra - Ville</title>
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		<updated>2008-01-10T15:01:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Patrickguillas : CREATION VILLAGE EUROPEEN&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;La petite ville européenne prit naissance en 1882, après que la pacification de la région fût assurée.&lt;br /&gt;
Les habitants du village étaient appelés par les Musulmans « Açhab El Filège » - adaptation locale du mot français « Village ».&lt;br /&gt;
Ce fut tout d’abord, à la suite de l’insurrection de Bou-Amama, la création d’un poste militaire destiné à surveiller toute la région des ksours et plus particulièrement les approches de Figuig qui était un repère et un centre de ravitaillement des pillards qui infestaient cette zone Algéro-marocaine.&lt;br /&gt;
Le Lieutenant de Banière, envoyé pour rechercher l’emplacement d’un nouveau poste, se prononça pour Tiout situé à 18 Kms à l’est d’Aïn-Séfra, mais le Général Delebecque décida de créer le poste à Aïn-Séfra ; les débouchés de la région pouvaient ainsi être surveillés plus facilement.&lt;br /&gt;
Le premier mur d’enceinte fût élevé sur la rive droite de l’oued à l’emplacement de la redoute, tandis que sur la rive gauche s’édifiait le village au fur et à mesure de l’arrivée des commerçants, fonctionnaires, etc..&lt;br /&gt;
Sur cette rive gauche s’élèvent, en même temps que les maisons bourgeoises, les bâtiments administratifs et la gare fortifiée.&lt;br /&gt;
En 1887, le rail arrivait à Aïn-Séfra et permit le peuplement du village érigé en 1882 ; le village, assis sur la rive gauche de l’oued, est habité par une population de commerçants, d’employés des chemins de fer, quelques fonctionnaires et dignitaires arabes. Cette population hétéroclite est composée d’Espagnols, de Français, de Juifs, de Musulmans étrangers originaires d’autres ksours et villes d’Algérie tels Méchéria, Saïda, Béchar, etc.. et d’une toute petite minorité kabyle qui vivent en parfaite harmonie.&lt;br /&gt;
Les habitants du village étaient appelés par les Musulmans Açhab El Filège et les habitants du Ksar Açhab El Qsar ou bien les Bou-Dekhil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1874, la création d’une voie de chemin de fer fut entreprise, en vue de l’exploitation de l’alfa sur les hauts-plateaux au sud de Saïda, dans la région de Kralfallah, d’où partirent des voies de 0,60 à l’est et à l’ouest. Les parcs de stockages étaient prévus à Kralfallah et à Modzbah. La sécurité, en ces lieux  inhospitaliers, exigeait l’établissement d’une vie destinée en priorité aux militaires jusqu’au Kreider au Km 271 ; cette gare et ce village doté d’une piscine olympique donnèrent naissance à l’installation de la Compagnie Disciplinaire de la Coloniale, puis de la Légion Etrangère.&lt;br /&gt;
La proximité des confins Algéro-Marocains non encore pacifiés obligea le prolongement de la ligne jusqu’à Méchéria, puis Aïn-Séfra au km 492. Elle poursuivit sa route jusqu’à Duveyrier de 1886 à 1890 pour arriver à Colomb-Béchar en 1903.&lt;br /&gt;
C’est à Aïn-Séfra que le colonel Lyautey – rapidement promu général – fit ses premières armes de 1903 à 1907. C’est à lui que l’on doit la pacification de la région, la construction des pistes et du chemin de fer ; c’est également lui qui créa Colomb-Béchar.&lt;br /&gt;
La gare est importante et devient un dépôt de chemin de fer et incontournable nœud ferroviaire dès 1914. Elle permit d’acheminer tous les éléments nécessaires à la pacification de la région, de transporter autant les militaires que les civils et donner naissance au village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 26 octobre 1904, l’oued Namous qui descend des Monts des Ksours pour se perdre au sahara entre en crue et dévasta le village ne laissant debout qu’une dizaine de maisons ; une quinzaine de Musulmans et une dizaine d’Européens périrent dont l’écrivain – convertit à l’Islam – Isabelle Eberhardt. L’armée construisit une haute digue de protection, une passerelle et un pont que l’oued contourna en changeant de lit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1912, Aïn-Séfra avait un vrai visage de village. Les rues étaient tracées au cordeau et étaient bordées d’arbres pour la plupart des acacias, des jardins émergèrent, une église fut construite. Sur les pentes, de l’autre côté de l’oued aux pieds des immenses dunes de sable doré fut installé le Bureau arabe pour l’administration de la région, la caserne de la Légion et des Spahis fut également construite aux pieds des dunes, proche du ksar.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Collège Lavigerie des Pères-Blancs vit son apparition en 1921; il avait fallu quatre décennies pour qu’il puisse voir le jour, quatre décennies au cours desquelles de multiples péripéties, embûches, jalonnèrent ce parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les troupes et colonnes qui opéraient dans le Sud-Oranais, en 1880, avaient comme aumônier l’abbé Reynouard – surnommé « le père la burette ». Lorsque les opérations cessèrent et que les troupes furent disloquées, l’aumônier se fixa à Méchéria. Son aumônerie était chargée du service du Kreider situé à 83 km au nord et d’Aïn-Séfra à 103 km au sud.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1898, du fait que l’aumônier venait très rarement à Aïn-Séfra et que les cérémonies se faisaient dans de simples baraquements, parce qu’il n’y avait pas d’église, le général de Saint-Germain fit appel aux Pères Blancs. Monseigneur Hacquard, préfet apostolique du Sahara et du Soudant, en résidence à Ségou sur le Niger, y envoya l’abbé Grisey qui venait de quitter la congrégation. Celui-ci résida à Aïn-Séfra jusqu’au mois de mai 1902. il assura en même temps le service des postes militaires de Djenien-Bou-Rezg et de Duveyrier. En janvier 1902 Aïn-Séfra fut rattaché au diocèse d’Oran.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’à fin septembre 1920, date à laquelle Monseigneur le Préfet apostolique du Sahara revint prendre possession des territoires du sud, plusieurs aumôniers se succédèrent.&lt;br /&gt;
L&#039;édification de l‘Institution Lavigerie débuta vers la fin des années 1920 grâce en particulier à un don de la famille du Père de Charrette provenant de la vente d&#039;un de ses châteaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La population européenne était en grande partie mobile : militaires de passage, fonctionnaires, cheminots. Toutes les classes sociales se heurtaient ainsi que les nationalités parmi lesquelles les Espagnols dominaient ; On y accueillait aussi bien des chrétiens, des juifs que des musulmans dans le plus grand respect des différentes croyances j&#039;en témoigne et du respect de l’enseignement républicain.&lt;br /&gt;
Dans le cadre de cet enseignement de la République, L’Institution nous préparait aux épreuves du Certificat d’études primaires et du Brevet Élémentaire du Premier Cycle (le fameux BEPC).  &lt;br /&gt;
Mais tous s’abritaient derrière le drapeau tricolore flottant à la Redoute.&lt;br /&gt;
Il y avait donc là tous les éléments favorables à la création d’une paroisse chrétienne foncièrement catholique.&lt;br /&gt;
A Aïn-Séfra et dans ses annexes, l’œuvre militaire devait doubler l’œuvre paroissiale ; aussi, les Pères n’étant pas officiellement aumôniers militaires se virent doter du titre et les soldats s’habituèrent à les reconnaître comme tels.&lt;br /&gt;
La principale occupation des Pères Blancs consistait à ouvrir et à gérer des écoles autant pour les indigènes que pour les enfants des Européens désireux de bénéficier de l’enseignement « libre ». Dans certains villages, ces écoles restèrent officieuses en opposition aux écoles laïques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 13 novembre 1923, un inspecteur d’Académie d’Oran découvrit l’existence illégale de l’école des Pères Blancs, laquelle était censée avoir été fermée par ordre gouvernemental. L’inspecteur d’Académie menaça d’en aviser le Gouverneur. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et une pétition organisée par les cheminots qui représentaient la plus importante corporation civile fût déposée au ministère de l’Instruction publique. La pétition était signée par la quasi-totalité de la population civile et comprenait même des signatures de nombreux dignitaires musulmans ; les officiers qui ne pouvaient signer cette pétition firent savoir qu’ils adhéraient à la dite-pétition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le gouvernement général, sous cette pression, accorda la continuation de l’école jusqu’à l’amélioration du local de l’école communale. Les lenteurs de l’administration firent oublier l’affaire et les Pères Blancs poursuivirent leur œuvre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1921, les Pères Blancs quittèrent le petit presbytère près de l’église pour une vaste masure en bordure du village. Ces bâtiments allaient permettre de répondre à une nécessité d’internat. En effet cet internat allait permettre aux enfants des cheminots employés tout le long de la ligne de chemin de fer et restant isolés d’accéder à l’instruction et l’éducation. A tous ces enfants, les Pères offrirent quelques chambres et un petit internat qui donna naissance à une grande maison qui deviendra l’Institution Lavigerie dont la renommée dépassa largement les frontières du Sud-Oranais.&lt;br /&gt;
En plus du primaire et du secondaire premier cycle ( il  y eut un deuxième cycle en 1960),&lt;br /&gt;
les pères avaient monté un centre de formation professionnelle de mécanique, électricité et  menuiserie qui préparait aux différents CAP et Brevets de techniciens.&lt;br /&gt;
Avec l’admission d’externes augmentant, chaque année, l’effectif, il fallut agrandir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1930, le père Cussac réalisait un magnifique ensemble de bâtiments constituant le cœur de la maison, avec chapelle, dortoir et réfectoire, classes, salle de spectacle.&lt;br /&gt;
Dès 1946, bien que manquant de moyens matériels, les Pères Blancs entreprirent la construction d’un atelier de mécanique et de menuiserie pour la formation de jeunes apprentis européens et Indigènes. En 1950, une section de mécaniciens-motoristes se mit à fonctionner et apporta le couronnement de l’œuvre des Pères Blancs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Institution Lavigerie s’étendait sur un très vaste domaine comprenant petit bois planté de tamaris, terrains de sport et de foot, piscine, jardin potager et quelques arbres fruitiers.&lt;br /&gt;
Jouxtant les salles de classe, la chapelle surmontait le fameux cinéma où j&#039;ai découvert le non moins fameux &amp;quot;Mines du Roi Salomon&amp;quot; avec Steward Granger et Déborah Kerr peu de temps après sa sortie, les Tarzan avec Jonhny Weissmuller, et ien d’autres chefs d’œuvre de ‘époque.&lt;br /&gt;
Ce cinéma servait aussi de salle de théâtre pour les multiples pièces qu’élèves et maîtres interprétions au plus grand plaisir des parents invités à venir voir les comédiens en herbe que nous étions…. et nous applaudir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jusqu’en 1962 date de l’indépendance et de sa nationalisation, l’Institution fut le Quartier Latin de la région. Il y accueillit comme internes les fils de cheminots dispersés sur la voie de Perrégaux à Colomb-Béchar et Kénadza ainsi que les enfants des sahariens des oasis lointaines. Les certificats d’études et brevet élémentaire étaient quasiment assurés. La réputation de la discipline du collège avait atteint les limites du rail et bien au-delà. Les ateliers créés devinrent un Centre Professionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des noms illustres resteront gravés à jamais dans les mémoires : le Père Canac qui desservait les postes de l’extrême sud oranais, le Frère Marcel – jardinier – menuisier – chef de musique, Mahomet – menuisier et opérateur de cinéma, le Père Dalleret – le supérieur de l’époque Capitaine des Spahis qui fut tué à la tête de ses cavaliers en 1940, le Père Jolivet qui fut également Supérieur de l’Institution, le Père Chotard – économe qui se plaisait toujours à dire : » Vous il vous manquera toujours 19 sous pour faire 20 sous » quand il manquait parfois un dourou ou deux pour les frais de scolarité, dourous subtilisés en chemin pour acheter des bonbons au camelot de l’Institution ; le Père Diesté apprécié de tous, animateur sportif, le Père Le Lay – appellé plus communément le « père Fifine », le Père Bergantz avec qui nous apprenions à faire des perspectives, c’est également lui qui nous fit écouter les premières chansons de Paul Anka, c’était également lui qui faisait régner la discipline chez les internes dont nombre d’entre eux étaient là car c’étaient des têtes brûlés que seuls le Père Bergantz et le Père LeLay pouvaient ramener à la raison et à la discipline.&lt;br /&gt;
Enfin le frère Roux, tout vêtu de gris ou de noir qu’on appelait « Awwawa » professeur de musique et de Français en CM2 ; Son nom il le devait sans doute à sa férocité quand il punissait un élève et aussi à son aspect physique plutôt ingrat.&lt;br /&gt;
Il assénait ses coups de trique en répétant: « Woici, Woilà »  pour Voici Voilà;  à moins qu’il ne dût le surnom de « Awwawa » à sa manie de vocaliser le V en W.&lt;br /&gt;
Son origine du département du Doubs n’est sans doute pas non plus étrangère à son  WouWou.&lt;br /&gt;
Des Laïques marquèrent également l’Institution : monsieur Joncourt notre professeur de maths que nous surnommions « Quin-Quin » du fait de sa prononciation : « Si Quin-quin veut bien passer au tableau » ! Monsieur Mataix surveillant Général et capitaine de l’équipe de Foot de l’Institution Messieurs Coudrette et Guidet respectivement professeurs de CE2 et CM1 ainsi que Madame Ravaillé mon professeur de CE1 en 1952 ; C’est avec elle que nous apprîmes que deux mille ans plus tôt «notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois » ; monsieur Guidet nous enseignait l’histoire, il avait un sens pédagogique très avancé : il organisait sa classe en groupe de 5 à 6 élèves, chaque groupe symbolisait une espèce animale, ainsi il y avait les lièvres, les tigres, les lions, etc.&lt;br /&gt;
Les épreuves pour la classification des différentes « tribus » d’animaux étaient individuelles et concernaient toutes les matières.&lt;br /&gt;
Les points acquis par un élève allait à son équipe.&lt;br /&gt;
Et chaque matin, on allait regarder le classement des différentes tribus affichées sur un tableau, une tête d’animal représentant chacune des équipes.&lt;br /&gt;
Cela nous incitait à travailler d’avantage et surtout à nous entraider pour la préparation des épreuves.&lt;br /&gt;
Je n’ai qu’une chose à dire: Chapeau Mr Guidet… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’Institution Lavigerie fût nationalisé à l’indépendance, en 1962 ; jusqu’en 1970 date à laquelle elle ferma ses portes, elle continua à jouer son rôle d’enseignement et d’éducation ; elle avait accompli admiralement sa vocation et avait formé plusieurs générations de futurs Ingénieurs, Administrateurs, Enseignants universitaires, Officiers d’une bonne partie des élites actuelles algériennes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ceux qui y passèrent ont gardé le sens de la fraternité, du partage, de la tolérance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que les Pères Blancs, avec l’Institution Lavigerie, assuraient la formation et l’éducation des jeunes gens, celles des jeunes filles fût assurée par la création d’un ouvroir gérée par les Sœurs Blanches sur la rive droite de l’oued et sur la route menant au Ksar.  L’enseignement général ainsi que des sections d’apprentissage, cours de couture, tapisserie, broderie, hygiène, étaient assurées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1950 l’agglomération d’Aïn-Séfra comporte 4 parties distinctes :&lt;br /&gt;
sur la rive gauche de l’oued, le village européen qui compte 1300 personnes européennes. &lt;br /&gt;
Une ceinture verdoyante cerne le village à l’intérieur duquel dominent majestueusement la gare fortifiée et le dépôt du chemin de fer, le groupe scolaire, l’hôpital, l’institution Lavigerie.&lt;br /&gt;
Les rues sont alignées au cordeau, à angle droit bordées d’eucalyptus, de tamarins, de faux-poivriers, d’acacias. La vue des hauts bâtiments en briques entourés de galeries à arcade, que l’on distingue du village nous apporte réconfort et l’assurance d’une protection face aux évènements auxquels le village est souvent soumis.&lt;br /&gt;
La redoute, située sur la rive droite de l’oued, c’est ainsi qu’elle est désignée est le fief de la Légion Etrangère dont l’effectif est très variable ; le régiment est composé d’hommes ayant fait campagne en T.O.E. et dont beaucoup, hélas, sont impaludés.&lt;br /&gt;
Sur la même rive, adossé aux dunes et à environ 400 mètres de la redoute se situe le ksar primitif, et sa muraille, dont les maisons et l’enceinte, construites en toub, sont de la couleur du sol dont il surgit ; village aux petites rues inégales qui grouillent en permanence d’enfants ; sa population composée surtout de Chleuhs et de  Berbères compte un millier de personnes et la Commune mixte dans un parc aux arbres immenses, l’ouvroir des Sœurs Blanches situé presque en face de la Redoute sur la route menant au village.&lt;br /&gt;
En 1958 l’arrondissement d’Aïn-Séfra compte 20.165 habitants dont 916 d’origine européenne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1960, l’arrondissement atteint le nombre de 23.170 habitants ; l’augmentation la plus sensible est celle des ressortissants européens qui de 916 passe à 1.420.&lt;br /&gt;
Le village seul compte 8570 habitants ( 1400 européens, 7100 citoyens français d’origine musulmane, 20 étrangers d’origine européenne et 50 étrangers d’origine musulmane. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	                             Aïn-Séfra	    Asla	  Bouguellaba-Sfissifa	 Moghrar&lt;br /&gt;
Maires	                             SOLGADILouis AMMARI Mohamed  AZIOUNU Brahim	AISSAOUI Mohamed&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Citoyens FrançaisD’origine européen	1.400			&lt;br /&gt;
Citoyens FrançaisD’origine musulm.	7.100	  3.800	           5.700	       5.100&lt;br /&gt;
Etrangers d’origineeuropéenne	           20			&lt;br /&gt;
Etrangers d’originemusulmane	           50			&lt;br /&gt;
TOTAL POPULATION	                8.570	  3.800	           5.700	       5.100&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l’Est du village européen, derrière l’Institution Lavigerie, se trouve le Village Nègre – la Graba -et sa population presque essentiellement des Gouarrirs d’environ 1000 personnes. &lt;br /&gt;
Ce quartier est construit sur une zone totalement sablonneuse et les maisons s’y enfoncent.&lt;br /&gt;
Sa population, d’environ 1000 personnes,  est presque entièrement composée de Gouarir – originaires de Gourara cité située aux environs de Timimoun dans le grand sud .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’était pas, en réalité, de vrais Gouarirs qui, eux, sont de race blanche, mais plutôt des descendants d’esclaves noirs ramenés du Soudan par les caravaniers berbères et arabes du Sahara. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait également parmi cette population des métissés qu’on appelait « Haratines » ; cependant la majorité des Haratines étaient sédentarisés au village.&lt;br /&gt;
Les habitants de la Grabal (village nègre) étaient appelés les Ouled Sidna Bibal ou Blal, ou encore Açchab Legraba.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bibal fut le premier Africain noir musulman aux côtés du prophète Mahomet qui en fit le Premier Muezzin de l’Islam. Toute la lithurgie africaine tourne d’ailleurs autour de Bibal.&lt;br /&gt;
Au cours de fêtes telles l’Aïd, le village nègre produisait un spectaculaire concert de chants, danses africaines. L’on fêtait également le taureau en mémoire du sacrifice du taureau dont l’origine remonte à Bibal El Habachi ; lors de ce rituel l’on tuait un taureau afin d’en nourrir la population.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce rituel du sacrifice du taureau se retrouve en France dans une petite commune du Haut-Var –Barjols- où, tous les ans, le 16 janvier, à la Saint-Marcel l’on célèbre les « Tripettes ».&lt;br /&gt;
Les « Tripettes » commémorent un double miracle : l’apparition inespérée d’un bœuf qui sauva les habitants de la famine lors de ces terribles disettes moyenâgeuses, et l’arrivée du corps de Saint-Marcel à Barjols en 1350.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant 3 jours le village est en liesse : le curé bénit l’animal, les fusils parlent, on danse, on chante.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Patrickguillas</name></author>
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		<title>Historique Ain Sefra - Ville</title>
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		<updated>2008-01-10T14:54:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Patrickguillas : HISTORIQUE D&amp;#039;AÏN-SEFRA&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;AÏN-SEFRA avait pour noms d’origine Aïn-Safia, signifiant « La source pure » ou Aïn-Essefra, signifiant « La Source au métal jaune » ; elle prit le nom et l’orthographe d’AIN-SEFRA par arrêté gubernatorial du 20 mars 1882.&lt;br /&gt;
Le plaisant village des années 1950 n’était, pourtant, à l’origine qu’un pauvre ksar bâti au pied d’une grande dune et entouré de jardins miséreux.&lt;br /&gt;
Le poste d’Aïn-Séfra fût créé en 1882, après l’insurrection de Bou-Amama, pour surveiller la région face à Figuig qui était, alors, la citadelle et le refuge des dissidents.&lt;br /&gt;
Aïn-Séfra fût rendue célèbre par le Maréchal Lyautey qui commanda la Subdivision d’Aïn-Séfra de 1903 à 1906.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Située à 32° 45’ latitude nord et à 36° 2’ 24 » de longitude ouest de Greenwich, à 440 km d’Oran par la piste Le Kreider-Colomb Béchar, par voie ferrée à 493 km, à vol d’oiseau à environ 300 km. Aïn-Séfra, grosse bourgade plantée aux confins des hauts-plateaux, aux portes du Sahara à la bordure Nord de l’Atlas saharien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village, isolé dans une vallée de sable entre l’immensité monotone des hauts plateaux et la fournaise du Sud, est bâti au confluent des oueds Bridj et Mouillah au centre des Monts des Ksours et culmine à 1070 mètres entre le Djebel Mekter (2062 m.) au sud, le Djebel Aïssa (2236 m.) au nord-est, les Djebels Morghad (2135 m) et Hairech (1686 m) au nord-ouest et le Djebel Smir (1800m) au sud-ouest.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces jardins, sa végétation exubérante offrent une sensation de douceur extrême et les vents qui soufflent sur ses dunes de sable d’or édifient au caprice de chaque jour de nouveaux paysages éphémères.&lt;br /&gt;
De loin, on a l’impression que le village a été construit sur une mer de sable et  il semblerait bien que dans des temps anciens il y ait eu mer. Pour preuve l’existence d’impacts de vagues qui venaient s’écraser sur les parois du Djebel Mekter, les nombreux fossiles marins trouvés dans la région. &lt;br /&gt;
Sur la route de Pierre Blanche et de Tiout, les « Pierres Ecrites »  appelé également le rocher carmillé livrent leur étonnant lot de peintures rupestres attestant de la fertilité de la région au début de l’humanité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aïn-Séfra tire son intérêt de sa situation géographique : les monts des Ksours, portion occidentale de l’Atlas saharien qui forment la limite géographique entre les hauts-plateaux et le Sahara ; cette limite se trouve sous une latitude très méridionale ; d’autre part les sommets des montagnes qui atteignent une altitude relativement élevée (souvent plus de 2000 mètres) qui en fait des condensateurs. Le climat d’Aïn-Séfra est sec et caractérisé par de grandes variations de température entre les jours et les nuits. En été (juillet et août) on note + 40° C ; en janvier – 4°C et même – 6°C. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vent souffle souvent et plus particulièrement d’ouest, le village est alors envahi par le sable qui pénètre absolument partout, dans les moindres recoins. Le siroco est rare ; Les chutes de pluie et de neige sont assez fréquentes au printemps et en hiver. En avril 1927 la neige est tombée et s’est maintenue très longtemps sur le Djebel Aïssa ; l’hiver 1954 vit également le village enveloppé d’une magnifique couche blanche. Par contre de violents orages s’abattent sur Aïn-Séfra en juin et en automne. Ces conditions permettent l’existence et la survivance d’une flore tellienne remarquable pour la région.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces djebels furent le théâtre de violents accrochages avec les fellaghas retranchés au Maroc dont la frontière se situait à une cinquantaine de kilomètres d’Aïn-Séfra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’oued Mouillah recueille les eaux des pentes sud des Djebels Hairech et Morghad et celles des pentes Nord du Djebel Aïssa. Les talwegs du Djebel Mekter alimentent l’Oued Bridj qui recueille par ailleurs les pluies de la région de Forthassa, à 70 kms à l’ouest d’Aïn-Séfra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A leur jonction – à Aïn-Séfra – les deux oueds prennent le nom d’Oued Séfra. L’oued Séfra coule par intermittence pendant l’hiver, à la suite des pluies de décembre et de mars ; en juin et en octobre, de violents orages provoquent souvent des crues importantes et des masses d’eau considérables balayent l’oued arrachant tamarins et lauriers-roses qui le bordent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une de ces crues détruisit le 20 octobre 1904 la quasi-totalité du village ; lors de cette crue périt Isabelle EBERHARDT âgée de 27 ans. Cette jeune femme poète écrivain décrivit avec passion la région et se convertit à la religion musulmane en 1900.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En dehors des crues, le mince filet d’eau de l’oued Bridj alimente, à 2 kms en amont du centre, des barrages construits par les indigènes avec des pierres et du sable d’où partent des « séguias » qui servent à l’irrigation des jardins. Ces barrages varient fréquemment d’emplacement soit par destruction, soit suivant les nécessités de l’irrigation. Joncs, lauriers-roses, tamaris, figuiers bordent les flancs de l’oued.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Ksar d’Aïn-Séfra fût créé vers l’an 987 de l’Hégire – soit vers 1586 et quelques mois de notre ère par les enfants de Mohamed Ben-Chaïb – dit BOU-DEKHIL qui, contrairement aux habitants des autres ksars, ne sont pas d’origine berbère mais sont issus d’éléments divers de race arabe. Tous, cependant, prétendent descendre du Prophète par sa fille Fathma et ils possèdent des sedjira qui confirment ces prétentions.&lt;br /&gt;
Ses habitants étaient appelés « Açhab El Qsar » ou bien les « Bou-Dekhil ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sidi Bou Dekhil était originaire de Zemmorah et habitait chez les Arbaouat –dans le cercle de Géryville, entouré de ses enfants et de ses serviteurs ; il possédait quelques biens et, entre autres, le puits de Hassi el Abiod.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mohamed ben Sliman – père de Sidi Cheikh – demanda et obtint la main de la jeune Slamet. Sidi Bou Dekhil fit don à sa fille du puits d’Hassi el Abiod. Mais ses quatre frères, lésés dans leurs intérêts par cette donation, revendiquèrent leurs parts dans la possession du puits. Ce fût, dès lors, l’origine de luttes continuelles qui aboutirent par la défaite des enfants de Sidi Bou Dekhil qui furent contraints de prendre la fuite et de chercher refuge dans la région d’Aïn-Séfra.&lt;br /&gt;
Pour se mettre à l’abri des attaques continuelles des Zoua et des Oules-Sidi-Chaikh, les Ouled-Sidi-Bou-Dekhil qui vivaient d’abord sous la tente au milieu de leurs troupeaux, construisirent alors des maisons qu’ils entourèrent de murs crénelés. Ils s’adonnèrent à la culture des terrains  et achetèrent les terres de l’oued Bridj aux Beni-Amer et aux Ouled en Nehar moyennant 1000 moutons ; ils purent ainsi étendre leurs droits de propriété depuis Sekhouna jusqu’à Ressaf, entre Aïn-Séfra et Tiout. Mais ne purent véritablement vivre en paix qu’avec l’occupation définitive de la région par les troupes françaises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les ksouriens d’Aïn-Séfra sont donc d’origine arabe. Une partie d’entre eux y compris les Ouled Daoudi – descendants des Ouled Sidi bou Dekhil – sont Cheurfa ; quant aux autres fractions, elles sont composées d’éléments divers : Laghouat Ksel, Beni Snouss, Hamyan, Doui Menia, Ouled Meddah, Ouled Djerir, Ouled el Hossein ainsi que les serviteurs des Ouled Sidi bou Dekhil qu’ils avaient suivi dans leur exil, mais qui appartiennent à des sectes religieuses différentes.&lt;br /&gt;
Au début le ksar était divisé en deux parties : l’une réservée spécialement aux Ouled-Daoudi, l’autre aux trois fractions Ouled-Youcef, Ouled Atta et Ouled-Meddah, avec défense expresse à ces trois fractions de sortir de leur quartier et de pénétrer dans la cité chérifienne sous peine de mort. Cette situation fit naître des dissensions qui se terminaient toujours par des coups de fusil.&lt;br /&gt;
Le ksar, bâti entre la dune et l’oued – non loin de la source,  abritait la population arabe locale. Il est adossé à une grande ligne de dunes d’ environ15 kilomètres de long qui le sépare du Djebel Mekter. Comme tous les autres ksours, il se compose d’une agglomération de maisons grises bâties généralement en pierre, possédant une cour intérieure et un étage : Ces maisons, placées sans alignement les unes à côté des autres, forment des quartiers séparés par des ruelles étroites, tortueuses et obscures.&lt;br /&gt;
Le ksar qui comptait, en 1849, 260 maisons habitées n’en possède plus en 1950 que 120 ; 60 familles sont parties, avant l’occupation française, à Tlemcen où elles résident encore, 6 familles s’installèrent à Oujda, 70 autres s’étaient installées définitivement à Aïn-Nakhla dans la région de Fèz.&lt;br /&gt;
Les ksouriens d’Aïn-Séfra vivent en grande partie des produits de leurs jardins qui s’étendent sur les bords de l’oued et de la source (Aïn-Séfra dite Aïn-el-Ksar) jusqu’à l’oued. 300 jardins cultivés en toutes saisons produisent les fruits et légumes de toutes sortes et sont arrosés par les eaux de l’oued, par la source du kasar Aïn-Séfra et par Aïn-ed-Dzira qui se trouve dans l’oued.&lt;br /&gt;
L’oued Séfra coule d’une façon normale sans jamais causer de ravage lorsque les pluies d’hiver augmentent son cours. Toutefois les Beni-Amer avaient autrefois construit un barrage au pied de la butte sablonneuse sur laquelle s’élève la koubba de Sidi-bou-Djemâa en face de l’abreuvoir ; mais cet ouvrage, servant à détourner une partie des eaux de l’oued pour l’irrigation des jardins,  composé de pierres sèches retenues par des piquets solidement fixés à terre, a été démoli.&lt;br /&gt;
L’organisation politique, administrative et judiciaire du Ksar, avant l’arrivée des Français, était administrée par une Djemâa.&lt;br /&gt;
Les Ksouriens d’Aïn-Séfra étaient – comme les autres ksouriens d’ailleurs – victimes de l’oppression violente des nomades qui força de nombreuses familles à s’expatrier ; l’installation française leur assura une complète sécurité qu’ils ne connaissaient plus depuis qu’ils avaient abandonné leur vie nomade.&lt;br /&gt;
Le 1er Caïd investi par les autorités françaises fut El-Arbi-ben-Allal nommé par décision du 12 mars 1861 en remplacement de Mohammed ben Ouiss révoqué à la même date pour abus de pouvoir.&lt;br /&gt;
Il fut remplace à sa mort – le 9 octobre 1866 – par Si el Mostefa ben Allal qui fut lui-même révoqué le 18 octobre 1869 pour son attitude équivoque dans l’affaire du Capitaine Morhain de la Légion Etrangère disparu chez les Amour en avril 1868. il fut remplacé par El Arbi ben Ouiss – fils d’un ancien président de la Djemâa. A la révocation de ce dernier le 20 janvier 1871, Mohamed ben Allal entra en fonction. &lt;br /&gt;
El Hadj Mohamed bel Arbi lui succéda le 31 décembre 1880 ; celui-ci fut obligé de s’enfuir pour échapper à la haine de ses administrés. Il fut remplacé, le 24 janvier 1882, par El Hadj Seddick ben Abdallah, révoqué lui-même pour inaptitude et remplacé par Taïb ben Zerrouk. A la révocation de ce dernier – le 9 mai 1900 – le Caïd Mohamed ben Ouiss prit ses fonctions. Celui-ci, issu des Ouled Daoudi, est un homme jeune, de très bonne famille et animé du désir de bien faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Ksar qui relève de la 68ème circonscription (hors Tell) est divisé au point de vue administratif en trois fractions : les Ouled Daoudi (dont est originaire le Caïd Mohamed ben Ouiss), les Ouled Atta et les Ouled Youcef. Sa population compte 693 personnes : 251 hommes, 212 femmes et 230 enfants ; parmi les hommes on dénombre 97 guerriers : 7 cavaliers et 90 fantassins. Cette population vit dans 120 maisons. Leur cheptel est composé de 7 chevaux, 30 ânes,, 35 bœufs, 500 moutons et 450 chèvres.&lt;br /&gt;
Les femmes tissent les burnous et les haïks nécessaires aux besoins de la population. Les ksouriens sont relativement heureux et doivent uniquement leur bien-être à la sollicitude dont ils sont l’objet de la part de l’autorité et à la proximité d’une forte garnison et d’une agglomération assez importante d’Européens qui les emploient, leur achètent les produits de leurs jardins et avec lesquels, même, ils s’associent pour entreprendre des petits commerces.&lt;br /&gt;
De nombreux enfants du ksar suivent assidûment les cours de l’école primaire d’Aïn-Séfra. Quant à l’instruction arabe, elle est donnée par deux derrer : Si-Mostepha-ben-Taïeb l’iman de la mosquée et Si-Mohammed-ben-bou-Bekeur qui n’ont en tout et pour tout qu’une quinzaine d’élève&lt;br /&gt;
Ces deux indigènes reçoivent, comme partout ailleurs, une kharrouba d’orge et des petites sommes d’argent.&lt;br /&gt;
Les habitants Musulmans d’Aïn-Séfra sont affiliés à diverses confréries religieuses : les Ouled Daoudi – 35 familles – appartiennent à l’ordre du Marabout de Kenadza ; les Ouled Atta – 27 familles – à celui du Marabout de Kerzaz ; les Ouled Youcef – 25 familles – à Si Abdesselam d’Ouazzan.&lt;br /&gt;
Quelques familles – 4 à 5 – sont affiliées à la confrérie des Tidjania.&lt;br /&gt;
Tous ces ordres sont représentés au Ksar par des Mokaddem qui perçoivent les ziaras : El Hadk Mohamed bel Arbi (ex Caïd révoqué) pour Kenadza ; El Hadj Seddik ex-Caïd également révoqué pour Kerzaz et Si Bou Dekhil ben Sahraoui pour Ouazzan.&lt;br /&gt;
Les besoins du culte sont assurés et la mosquée est desservie par un Iman salarié par le budget des cultes. L’immeuble ainsi que les koubba bâties aux environs du ksar sont entretenus par les soins des habitants.							                    &lt;br /&gt;
 Les principales koubbas d’Aïn-Séfra sont celles élevées  à la mémoire de Sidi-bou-Djemaa, de Mouley-Abdelkader et de Sidi-ben-Saheli.&lt;br /&gt;
Ces koubbas sont visitées régulièrement ; les Musulmans invoquent ces saints à l’image des Chrétiens qui invoquent la Vierge Marie ou bien d’autres Saints de l’Eglise.&lt;br /&gt;
De nombreux Musulmans se rendaient sur la Koubba de Sidi-Bou-Djemaa pour y implorer des guérisons ; ils y psalmodiaient alors des sourates du Coran.&lt;br /&gt;
Cette adoration des saints qu’on appelle Maraboutisme est très mal perçue de l’orthodoxie musulmane qui accuse ces derniers « d’associateurs » (Mouchrikines ), c’est à dire de gens qui associent Dieu aux êtres qu’il à créés, ce qui est contraire au fondement de l’Islam à savoir Unicité, sans Ascendant ni Descendant ni Egal.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Patrickguillas</name></author>
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