L'ENCYCLOPEDIE de l'AFN est en maintenance et se modernise, patience MERCI

24 OFFICIERS DE L’ARMÉE BELGE

De 1830-1962 ENCYCLOPEDIE de L'AFN
Aller à : navigation, rechercher
Travaux.png

Cet article est en chantier, son contenu pourra évoluer profondément. Vous pouvez le compléter (éditer) ou le commenter (discussion) - En cliquant sur 'historique' vous verrez et pourrez contacter les auteurs! Attention vous devez être Connecté donc Enregistré !

Retour


24 OFFICIERS DE L’ARMÉE BELGE QUI ONT SERVI EN ALGÉRIE ENTRE 1840 ET 1851.

Coïncidence historique, l'ALGÉRIE terre française et le Royaume de BELGIQUE ont tous deux 1830 comme année de naissance.

Mais, si l’oeuvre algérienne, militaire et civile, du Maréchal BUGEAUD est encore connue - même si les programmes scolaires actuels d’histoire de France aient maintenant tendance à la tenir à l’écart ... - peu de français - et peu de belges, d’ailleurs - savent, de nos jours, que vingt quatre Officiers venus d’outre QUIÉVRAIN ont, entre 1840 et 1851, servi sous ses ordres pour combattre les tribus rebelles tout en continuant à appartenir à l’Armée du Roi des Belges Léopold 1er.

Dès leurs accessions respectives aux trônes de FRANCE et de BELGIQUE, Louis Philippe et Léopold 1er ont entretenu d’excellentes relations et, très tôt, une élite de la naissante Armée belge s’était intéressée, tant sur le plan stratégique qu’en vue d’une éventuelle participation conjointe à la colonisation des terres conquises, aux opérations militaires que leurs collègues français menaient de l’autre côté de la Méditerranée.

Ainsi, en 1834, le quotidien anversois "Le Phare" rapporte que plusieurs jeunes Officiers attachés à l'État Major de BRUXELLES avaient demandé au Maréchal SOULT, Ministre de la Guerre de Louis Philippe, l’autorisation de suivre l’expédition qui devait s’emparer de CONSTANTINE.


En décembre 1836, un Capitaine belge fit publier, avec l’accord de sa hiérarchie, dans le "Journal de l’Armée" une lettre dans laquelle il faisait part de ses regrets de ne pas voir ses frères d’armes d’outre QUIÉVRAIN profiter des leçons de la guerre africaine ; il suggérait en outre à son Gouvernement d’autoriser ses compatriotes à servir en ALGÉRIE une année ou deux dans l’intérêt même de leur formation militaire. Il proposait également de lever en BELGIQUE un régiment de volontaires de trois bataillons qui, commandé par des cadres belges, participerait aux opérations françaises en AFRIQUE du NORD.


Ces initiatives restèrent sans résultats dans l’immédiat en raison de la guerre belgo - néerlandaise de l’époque, mais l’idée était lancée. Les traités de paix conclus en 1839 entre le Royaume de BELGIQUE et le Royaume des PAYS-BAS permirent sa concrétisation.


Dès 1831 le Roi Léopold 1er s’était aperçu que l’Armée belge, formée de volontaires et d’anciens cadres de l’Armée néerlandaise, manquait gravement de chefs expérimentés (pour la plupart, leurs dernières expériences militaires sur le terrain remontaient à la bataille de WATERLOO ...).


Pour réorganiser son Armée, il négocia, sur le plan diplomatique, pour obtenir le concours d’Officiers instructeurs étrangers capables et pédagogues. Ainsi, Louis Philippe lui prêta-t-il, mais seulement pour la durée de la guerre belgo - néerlandaise, quelques célébrité militaires françaises. La paix revenue, le Souverain belge se résolut à inverser le problème : si les Officiers instructeurs étrangers venaient à manquer, les Officiers belges devraient alors, eux, partir à l’étranger pour s’instruire.

A ce côté strictement militaire du problème, le Roi Léopold 1er ajoutera un aspect civil, celui de la prospection coloniale car il estimait "qu’un pays sans colonie était comme une chaudière sans soupape" et que l’essor économique de son royaume exigeait impérieusement de nouveaux débouchés extérieurs, les marchés fructueux des INDES NÉERLANDAISES ayant été perdus à la suite de la Révolution de 1830.

Il trouva alors un allié sur place dans le Colonel français CHAPELIÉ, qui avait pris une part brillante à l’expédition d’ALGER et qui était alors détaché de l’Armée française pour créer et commander le Prytanée Militaire de BRUXELLES. Un autre allié, cette fois ci en FRANCE, fut son beau-frère, le Duc d’Orléans, qui appuiera fortement ses démarches auprès de Louis Philippe.

Dès le mois de décembre 1839, WILLMAR, Ministre belge de la Guerre, prit des contacts officieux avec son collègue français, et, compte tenu de l’attitude coopérative et bienveillante de celui-ci, de THEUX, Ministre belge des Affaires Étrangères, chargea le Comte LE HON, Ministre Plénipotentiaire du Royaume de BELGIQUE à PARIS d’une démarche officielle auprès du Cabinet de Louis Philippe.

Bien accueillie par le Souverain français, la requête belge fut cependant soumise à une limitation d’effectifs, non pour des motifs politiques mais pour de simples raisons de logistique (l’adjonction d’Officiers étrangers - dont il fallait assurer une sécurité spéciale - aux colonnes du Corps Expéditionnaires français ne devait pas surcharger outre mesure le matériel transporté, ni trop augmenter l’importance des convois ni surtout nuire à la mobilité des unités).


En passant, il convient de noter qu’en janvier 1840, le Gouvernement belge avait songé de lever, parmi les détenus condamnés à des peines légères à la Maison de Détention Militaire d’ALOST, un Corps de volontaires mis à la disposition de la FRANCE. Huit cent délinquants accueillirent favorablement ce projet qui, finalement, ne fut pas mis à exécution. Faut-il aujourd’hui penser que la BELGIQUE est à l’origine des "Bat d’Af" ! ...

Les premières autorisations de servir en ALGÉRIE, prises conjointement entre les autorités belges et françaises, datent des 10 et 20 mars 1840. Elles concernent :

1°) le Major C.A LAHURE, des Guides. Ancien Officier colonial de l’Armée néerlandaise, le Major C.A LAHURE s’était illustré au cours des campagnes de 1824, 1825 et 1826 aux CÉLÈBES et dans celles de 1827 à 1830 dans l'ÎLE de JAVA. Titulaire de dix citations pour actions d’éclat et rentré des INDES en juin 1831, il donna sa démission au Roi des PAYS-BAS et, le 25 juillet de la même année, il se mit au service du Royaume de BELGIQUE comme Officier d’Ordonnance attaché au Ministère de la Guerre. Son grade et ses états de services outre mer le désignèrent naturellement comme responsable auprès de l’Armée française des quinze autres jeunes Officiers belges qui l’accompagnèrent en ALGÉRIE. Il fut également spécialement chargé par le Roi Léopold 1er d’étudier l’organisation de la Cavalerie française et de son adaptation à la guérilla coloniale.


2°) le Major honoraire P.I. GILLAIN, du 10eme de Ligne,

3°) le Capitaine L.E.A. STIENNON, du 2eme Chasseurs à pied,

4°) le Capitaine J.N. NALINNE, du 2eme de Ligne,

5°) le Capitaine E.G.F. van der VRECKEN de BORMANS, du 7eme de Ligne,

6°) le Lieutenant J.P.A. SIVILLE, du 4eme de Ligne,

7°) le Lieutenant L.J.A. CHRISTOPHE, du 4eme de Ligne,

8°) le Lieutenant J.G.X de CEULENEER, du 1er Chasseurs à cheval,

9°) le Sous-Lieutenant J. B. Ch.A. BLANC, du 10eme de Ligne,

10°) le Sous-Lieutenant C.C.P. GILSON, du 10eme de Ligne,

11°) le Sous-Lieutenant E.L.J. NIZET, du 5eme de Ligne,

12°) le Sous-Lieutenant J.M.E. WILLEMS, des Guides,

13°) le Sous-Lieutenant L.E. NYPELS, des Guides,

14°) le Sous-Lieutenant A. de CONTRERAS, du 2eme Cuirassiers,

15°) le Sous-Lieutenant P.F.M.C.F du PRÉ, du 2eme Lanciers,

16°) le Sous-Lieutenant A.W. van de VIN, du 2eme Lanciers.


A tous ces seize Officiers, le Ministre de la Guerre WILLMAR avait enjoint de noter soigneusement leurs observations au cours des campagnes qu’ils feraient et d’en remettre à leur retour en EUROPE, un rapport détaillé à leur hiérarchie.

Ces Officiers belges gagnèrent PARIS puis TOULON, où ils furent présentés aux Ducs d’Orléans et d’Aumale, puis embarquèrent pour ALGER à bord des vapeurs "Le Ramier", "Le Tartare" et "Le Cocyte".

Sept d’entre eux participèrent aussitôt à l’expédition de MÉDÉA (avril / juin 1840), contre les troupes de l’Émir ABDELKADER, après être arrivés le 26 avril 1848 au Camp de BLIDA.

Le Major C.A LAHURE, le Capitaine E.G.F. van der VRECKEN de BORMANS, le Sous-Lieutenant L.E. NYPELS et le Sous-Lieutenant P.F.M.C.F du PRÉ furent affectés à la 1ere Division commandée par le Duc d’Orléans; le Major honoraire P.I. GILLAIN, le Capitaine J.N. NALINNE et le Sous-Lieutenant A.W. van de VIN servirent à la Division de réserve commandée par le Général DAMPIERRE. D’avril à juin 1840, tous participèrent ‘au feu", le fusil à la main, et NYPELS et du PRÉ, affectés dans une unité de Cavalerie, sollicitèrent et obtinrent l’autorisation de combattre à pied quand le terrain ne leur permettait pas d’être au contact de l’ennemi.

Le séjour de ces sept Officiers belges en ALGÉRIE fut cependant de courte durée puisqu’ils regagnèrent la BELGIQUE à la fin de juillet 1840. Et pourtant, recevant le Major C.A. LAHURE en audience de congé, le Duc d’Orléans le félicita à titre personnel de son intrépidité et de sa pratique de la guerre, ajoutant que ses compatriotes "avaient aussi dignement représenté leur nation. On les a vus à la tête de la cavalerie dans les charges; ils montaient à l’assaut devant l’infanterie au col de MOUZAIA; et aux postes avancés, ils étaient en tirailleurs faisant le coup de fusil et se colletant avec les arabes. Je l’écrirai au Roi des Belges et à mon père ...".


Parmi les autres Officiers belges autorisés, en 1840, à combattre en ALGÉRIE, quatre d’entre eux, le Capitaine L.E.A. STIENNON, le Lieutenant J.P.A. SIVILLE, le Lieutenant J.G.X de CEULENEER et le Sous-Lieutenant J.M.E. WILLEMS avaient été envoyés dans la province de CONSTANTINE, région qui était alors relativement calme. Cependant, sous les ordres du Général GALBOIS, Gouverneur des provinces de BONE et de CONSTANTINE, ils participèrent néanmoins, au départ de SÉTIF, à diverses opérations destinées à pacifier le GRAND ATLAS (coups de main sur la tribu des Biras, sur les tribus bougiotes, sur la tribu des Anias, création du poste d’AIN TURCO ...). Le Sous-Lieutenant J.M.E. WILLEMS pu suivre également, en juin 1840, une expédition du 4eme Chasseurs à cheval sur la frontière tunisienne. Fin juillet 1840, suivant les ordres reçus du Ministère belge de la Guerre, ils regagnèrent ALGER pour s’embarquer vers l’EUROPE. Seuls le Capitaine L.E.A. STIENNON, en convalescence pour une "gastrocéphalite" causée par la chaleur et le Lieutenant J.G.X de CEULENEER furent autorisés à poursuivre leur mission au sein de l’Armée française. Tous deux participèrent, en septembre, octobre et novembre, à une opération de représailles sur les tribus des Mouzaïa et des Rigas durant laquelle de CEULENEER reçut un coup de feu à la jambe. Fin octobre 1840, rétabli de sa blessure, de CEULENEER pu regagner l’EUROPE. STIENNON resta encore quelques mois sur place, pour parcourir, en touriste, la côte algérienne où il recueillit des renseignement commerciaux qu’il communiqua à son retour au Gouvernement belge.

Le Lieutenant L.J.A. CHRISTOPHE, le Sous-Lieutenant E.L.J. NIZET et le Sous-Lieutenant J. B. Ch.A. BLANC, avaient embarqué à ALGER le 24 avril 1840 à destination d’ORAN à bord du vapeur "La Chimère". Le Sous-Lieutenant C.C.P. GILSON et le Sous-Lieutenant A. de CONTRERAS furent, eux, envoyés à BONE. Peu de détails sur leur séjour en ALGÉRIE sont disponibles car les rapports qu’ils ont fait à leur hiérarchie à leur retour en BELGIQUE semblent avoir été perdus. Il convient de noter cependant que le Général GUINGRET, Commandant Supérieur de la Subdivision de BONE a remis à GILSON et à de CONTRERAS un certificat élogieux attestant "qu’ils avaient fait avec honneur et distinction la campagne de 1840 dans la province de CONSTANTINE et que, en toutes occasions et notamment lors de l’expédition contre les Kabyles du Cap de Fer, ils avaient montré cet éclatant courage dont ont fait preuve en ALGÉRIE les Officiers de leur nation".


Le Gouvernement français se plut aussi à reconnaître les services émérites de ces Officiers belges en leur accordant, malgré la brièveté de leur séjour en ALGÉRIE, la Croix de la Légion d’Honneur.
Adolphe THIERS, alors Président du Conseil de Louis Philippe, adressera également au Comte LE HON, Ministre Plénipotentiaire du Royaume de BELGIQUE à PARIS, une lettre extrêmement élogieuse sur ces seize militaires de carrière belges, lettre se terminant en ces termes "J’ai pensé que cette communication qui rend hommage à quelques Officiers belges serait agréable à votre Gouvernement et, pour ma part, j’éprouve une réelle satisfaction à vous l’adresser".

Le Roi Léopold 1er, satisfait des renseignements militaires rapportés d'ALGÉRIE par ses seize Officiers, n’avait cependant pas oublié la seconde partie de son initiative : il fit part au Marquis GUEILLY de RUMIGNY, Ambassadeur de FRANCE à BRUXELLES, de son désir de voir ses sujets obtenir des lots de colonisation dans les régions nouvellement conquises et le diplomate français, le 20 octobre 1843, en rendit aussitôt compte à GUIZOT, Ministre des Affaires Étrangères de Louis Philippe.


Les préoccupations coloniales et expansionnistes du Souverain belge se retrouveront, quatre ans plus tard, en 1844, dans l’autorisation accordée au Sous-Lieutenant Comte Xavier de MÉRODE, du Régiment d'Élite, de se rendre, comme l’avaient fait ses aines quatre ans plus tôt, en ALGÉRIE. En approuvant pleinement le souhait du fils de son Ministre d'État de vouloir combattre en AFRIQUE, il lui fit savoir, par l’intermédiaire de son Ministre de la Guerre Jules van PRAET, qu’il désirait que, outre sa mission militaire, il examinât les localités dans lesquelles le Gouvernement français avait l’intention d’offrir des terrains à des colons belges; ce qui prouve sans ambiguïté que des négociations diplomatiques avaient été engagées à ce sujet et qu’elles étaient en passe d’aboutir favorablement pour le Souverain belge.

Les Archives militaires belges sont naturellement muettes sur la question mais un examen des Archives diplomatiques belges et françaises devrait éclairer ce point, qui ne semble jamais fait l’objet d’une étude particulière jusqu’à présent.

17°) le Sous-Lieutenant Comte Xavier de MÉRODE, du Régiment d'Élite.

Frédéric-François-Xavier de MÉRODE est né en 1820 à BRUXELLES, fils puîné du Comte Félix de MÉRODE, d’antique noblesse belge et de Rosalie de GRAMMONT, de vieille noblesse française.

Après des études au Collège des Jésuites de NAMUR puis au Collège de JUILLY, près de PARIS et quelques mois passés à l’Université catholique de LOUVAIN, il entra, à 19 ans, à l'École Militaire de BRUXELLES d’où il sortit Sous-Lieutenant en 1841. Après une affectation à MONS puis à LIÈGE, il fut nommé au Régiment des Grenadiers (appelé "Régiment d'Élite" dans l’Armée belge). La vie de garnison lui pesant, il sollicita et obtint du Roi Léopold 1er l’autorisation de perfectionner ses connaissances militaires en servant dans l’Armée française en ALGÉRIE.

Le 4 août 1844 le Gouvernement français donna son accord à son affectation à l'État Major particulier du Maréchal BUGEAUD en qualité d’Officier d’Ordonnance. Le Ministre belge de la Guerre lui assigna alors la mission d’étudier l’organisation de l’Infanterie française, sa manière de servir en campagne et les dispositions nouvelles qu’elle avait du prendre dans la guerre de guérilla qu’elle menait en ALGÉRIE.

Aussitôt débarqué en AFRIQUE, le Sous-Lieutenant Comte Xavier de MÉRODE demanda à quitter l'État Major pour participer directement aux combats. Il prit part à une expédition dirigée par le Général de SAINT-ARNAUD contre les Kabyles de la région de DELLYS et lors des combats du village d’ABIZZAR (17 octobre 1844), il se distingua, fusil à la main, dans une charge d’infanterie. Le Maréchal BUGEAUD, qui connaissait son père le Comte Félix de MÉRODE, lui écrivit "Xavier s’est très bien battu, j’ai été content de lui". Il le signala également au Roi Louis Philippe en demandant pour lui la croix de la Légion d’Honneur, décoration que Xavier de MÉRODE obtint le 27 novembre 1844, soit moins de six mois après son départ de BELGIQUE.

Le 3 janvier 1845, il était nommé Lieutenant au titre de l’Armée belge tout en continuant de servir dans l’Armée française sous son nouveau grade. Dans les premiers mois de l’année 1845, affecté dans l’ouest algérien sur la frontière marocaine, il participa à une opération contre la tribu des Flittas et, de retour dans le Constantinois, il prit part à une nouvelle opération dans les Aurès. Il brilla notamment aux combats d’Aydoussa (20 mai 1845) durant lesquels, un fusil d’infanterie à la main et chargeant à la bayonnette, il eut son uniforme percé de plusieurs balles.

Il avait alors, comme compagnon d’armes, dans les rangs du 53eme de ligne, un autre étranger, le Capitaine de VILARD, Officier du Génie espagnol. Après plusieurs mois de garnison à TLEMCEM, le Lieutenant Comte Xavier de MÉRODE rentra en BELGIQUE à la fin de l’année 1845. Sa vocation religieuse étant latente bien avant son entrée à l'École Militaire de BRUXELLES, malgré ses brillants faits d’armes et son goût pour le métier militaire, il se rendit à ROME en octobre 1847, démissionna de l’Armée belge avec le grade de Capitaine en second en décembre, entra en noviciat au début de l’année 1848 et reçut la tonsure et les deux premiers ordres mineurs en septembre de la même année. Les ÉTATS PONTIFICAUX étaient alors en pleine révolution et le Souverain Pontife Pie IX avait du s’exiler à GAETE dans le Royaume des DEUX SICILES.

L’ancien Officier d'État Major du Maréchal BUGEAUD, devenu diacre le 7 avril 1849, n’hésita pas alors à revêtir des habits civils pour braver la fureur populaire des insurgés romains afin de protéger les couvents et les vases sacrés du sac des révolutionnaires de MAZZINI. Son audace ne l’empêchait pas d’être humain : il soignât aussi de nombreux blessés ennemis, s’attirant ainsi les félicitations de GARIBALDI en personne.

L’entrée des troupes du Corps Expéditionnaire français du Général OUDINOT dans ROME ramena le calme et rétablit le Pape Pie IX dans ses prérogatives temporelles. Xavier de MÉRODE, ordonné prêtre le 22 septembre 1849, devint alors aumônier militaire à ROME puis à VITERBE et, dans le Corps Expéditionnaire français, certains de ses anciens compagnons de sa campagne d’AFRIQUE furent très étonnés de retrouver sous la soutane le brillant Officier belge qui avait été un des leurs quelques années plus tôt ... Devenu "Camérier Secret" du Saint Père en 1850, il fut nommé, dans les derniers mois de l’année 1859, à la Direction du Département de la Guerre du SAINT SIÈGE.

Avec l’aide du Général français JUCHAUD de la MAURICIERE, héros du siège de CONSTANTINE et ancien Colonel des Zouaves, il reforma de fond en comble la vieille armée pontificale qui n’avait pas tiré un coup de fusil depuis près d’un demi siècle et mit sur pied un corps de bataille parfaitement opérationnel de 18.000 hommes, recrutés dans tous les pays de chrétienté catholique, connu par la suite sous le nom de "Corps des Zouaves Pontificaux". Malgré ses importantes charges au VATICAN, Monseigneur Xavier de MÉRODE n’avait pas oublié sa "Campagne d'ALGÉRIE"...


18°) le Major Prosper RENOZ, du Corps d'État Major.

En janvier 1845, le Major Prosper RENOZ, du Corps d'État Major de l’Armée belge demanda un congé afin de suivre les opérations de l’Armée française en ALGÉRIE. Le 28 février 1845, le Prince de LIGNE, Ambassadeur du Royaume de BELGIQUE à PARIS, fut chargé d’informer le Gouvernement français de ce que cet Officier supérieur serait chargé de recueillir des renseignements sur l’organisation civile et militaire de la colonie d’ALGER.

Le Maréchal BUGEAUD accepta d’aider RENOZ dans ses investigations et ajouta qu’il l’admettrait à sa table tout le temps de sa mission. Le 14 mars 1845, le Gouvernement de Louis Philippe lui donna l’autorisation de rejoindre l’AFRIQUE. Le journal algérois "AKHBAR" relate dans le courant du mois de mai 1845 que cet Officier belge visitait différentes parties de l'ALGÉRIE pour en connaître les ressources et y étudier principalement la question de la colonisation en interrogeant sur place les colons.

L’article précise que le Major RENOZ "joint de profondes connaissances à un imperturbable sang froid" et que "le Maréchal BUGEAUD fait grand cas de lui". En qualité d’Officier d'État Major, le Major RENOZ suivit le Maréchal, qui commandait en personne l’expédition, dans une opération de pacification, du 6 au 22 mai 1845, entre MILIANA et ORLÉANSVILLE. Ayant contracté une fièvre dans la région de BOUGIE dans le courant de juillet 1845, cet Officier supérieur belge mourut à ALGER dans les premiers jours d’août et y fut inhumé avec les honneurs militaires.


19°) le Sous-Lieutenant HOLLANDERS, du 1er Lanciers.

Le 15 mars 1845, le Sous-Lieutenant HOLLANDERS, du 1er Lanciers, demanda au Général DUPONT, Ministre belge de la Guerre, l’autorisation de se rendre en ALGÉRIE. Cette autorisation lui fut accordée le 6 juin suivant avec, pour instructions, de ramener d’AFRIQUE des renseignements identiques à ceux qui avaient été demandés à ses camarades en 1840.

Arrivé à ALGER en septembre 1845, le Sous-Lieutenant HOLLANDERS fut admis, le 2 octobre suivant à l'État Major du Général de LAMORICIERE dont la colonne se dirigeait sur TLEMCEN pour combattre la tribu des Traras. Le 23 octobre, il passa à l'État Major du Général de CAVAIGNAC qui combattait la tribu des Beni Snous.

Le 7 janvier 1846, le Marquis de RUMIGNY, Ambassadeur de FRANCE à BRUXELLES, fit savoir au Général DUPONT, Ministre belge de la Guerre, que le Général de CAVAIGNAC, Commandant la Subdivision de TLEMCEN "se plaisait à rendre compte de la conduite honorable et brillante tenue par un officier de l’Armée belge, M. HOLLANDERS, Lieutenant des Lanciers, ... qui, en s’associant aux travaux de notre Armée d’AFRIQUE, avait su se faire distinguer parmi tant de braves et mériter l’estime et l’affection de ses compagnons d’armes". HOLLANDERS quitta l’AFRIQUE en mars 1846 et reçut la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur le 13 avril suivant. En décembre de la même année, il démissionna de l’Armée belge pour reprendre, à LOUVAIN, la charge de notaire de son père qui venait de décéder.


20°) le Sous-Lieutenant A. DUTILLOEUL, du 2eme Régiment d'Artillerie.

Le 4 décembre 1845, le Sous-Lieutenant A. DUTILLOEUL, du 2eme Régiment d'Artillerie, demanda lui aussi au Ministre belge de la Guerre l’autorisation de se rendre en ALGÉRIE. Il quitta la BELGIQUE le 7 février 1846 et, une fois arrivé à ALGER, il prit contact avec le Maréchal de Camp LECHESNE, Commandant Supérieur de l’Artillerie en AFRIQUE, qui l’envoya à l’Arsenal d’ALGER où il put rencontrer des Officiers de batterie de montagne.

Doté d’un canonnier d’ordonnance et d’un mulet pour ses bagages, le Sous-Lieutenant A. DUTILLOEUL suivit ensuite la marche de la colonne BLANQUI dans la province de Titteri. Peu acclimaté au pays, il tomba malade et du regagner MÉDÉA puis ALGER où sa santé se rétablit très vite. Il pu alors se livrer à l’étude de l’artillerie de montagne et du harnachement des mulets.

Il s’intéressa également aux ambulances et aux cacolets pour le transports des malades et des blessés. A l’affût de tous les essais entrepris par l’Armée française pour le perfectionnement des armes portatives, il suivit les exercices des détachements d’artillerie armés de fusils et de carabines à tige et fut témoin des résultats intéressants obtenus par ces armes et par les balles cylindro-coniques. Dans le dernier trimestre de l’année 1845, il accompagna le Général LAPLACE dans une tournée d’inspection sur le Chéliff, à MASCARA et sur le Sig, ce qui lui permit d’examiner les travaux commencés pour défendre la rade et la place de MERS-EL-KÉBIR.

En mai 1847, il suivit une expédition en Grande Kabylie durant laquelle il étudia l’emploi des fusées de guerre et l’artillerie de campagne lors d’un combat livré contre les Béni Abbès. DUTILLOEUL regagna la BELGIQUE et reçut la Croix de la Légion d’Honneur le 23 juillet 1847. Sa connaissance de la langue arabe l’avait souvent fait désigner pour questionner les guides et marcher avec eux à l’avant garde des colonnes de marche.


21°) le Sous-Lieutenant Prudent Auguste DALADRIERE, du 1er de Ligne.

Le 7 décembre 1847, le Sous-Lieutenant- Prudent Auguste DALADRIERE, du 1er de Ligne, obtint du Gouvernement français l’autorisation de se rendre en AFRIQUE DU NORD. Il débarqua à ALGER dans les premiers jours de l’année 1848 et resta plus de deux mois inactif, n’ayant pas, dans une conjoncture de paix relative, eu l’occasion d’entrer en campagne. Le 14 juin 1848, il prit du service dans la 6eme Compagnie de Tirailleurs indigènes dont il étudia les caractéristiques et les règlements spécifiques.

Il fit ensuite partie de la Brigade Topographique; parcourant un pays difficile, il exécuta des levées de terrains ainsi que différents plans et dessins. Avant de quitter l’AFRIQUE, DALADRIERE rendit visite à DEROTE, Consul Général du Royaume de BELGIQUE à ALGER, lui fournissant des renseignements et des notes sur la colonisation. Rentré au pays natal à la fin de l’année 1848, le Sous-Lieutenant Prudent Auguste DALADRIERE publia à GAND une brochure intitulée "Coup d’oeil sur l’Armée d’AFRIQUE". Bien que n’ayant participé ou assisté à aucune opération de guerre, il reçut la Légion d’Honneur en 1851.

Le 5 avril 1851, CAROLUS, Conseiller à la Légation du Royaume de BELGIQUE à PARIS, informa d’OFFSCHMIDT, Ministre des Affaires Étrangères de Léopold 1er, de ce que le Général RANDON, Ministre français de la Guerre, n’était disposé cette année là à admettre que trois Officiers belges en mission dans l’Armée d’AFRIQUE mais que les prestations en vivres et en fourrages ne leur seraient probablement pas fournies, ce qui compliquerait certainement leur campagne.

C’est trois Officiers belges furent :

22°) le Lieutenant H.F. HANOTEAU, du 1er Régiment d'Artillerie,

23°) le Lieutenant Z. KENSIER, du 1er Régiment d'Artillerie,

24°) le Sous-Lieutenant Baron A. van der SMISSEN, Aide de Camp.

La requête du Lieutenant LECOCQ, du 1er Lanciers, qui désirait obtenir la même faveur que ses camarades, ne fut pas agréée.

Partis de PARIS le 22 avril 1851, HANOTEAU, KENSIER et van der SMISSEN débarquèrent à ALGER le 27 du même mois et rejoignirent CONSTANTINE le 30. Ils restèrent six jours dans cette dernière ville afin d’y acheter des chevaux et des harnais. Le Général de SAINT ARNAUD, qui commandait le Constantinois, écrit dans une correspondance privée "Le Roi des Belges m'envoie trois Officiers de son Armée.


Nous ferons en sorte de satisfaire tout le monde. J’en ai bien pour deux mois et plus ... Les trois belges et le néerlandais envoyés par le Ministre à ma colonne dînent chez moi ce soir. Ce sont des hommes d’élite ...". Le 6 mai, ces trois Officiers belges se mirent en marche pour MILA où étaient regroupés plus de 8.700 hommes en vue des opérations prochaines.

Van der SMISSEN fut affecté à l'État Major du Général de SAINT ARNAUD; HANOTEAU et KENSIER servirent comme Officiers d’ordonnance auprès de Colonel ELIAS, Commandant l’Artillerie de la campagne. La colonne partit le 9 mai pour DJIDJELLI où elle parvint le 16. La garnison de BOUGIE était assiégée par les troupes de BOU BAGHIA qui prêchait la Guerre Sainte. La colonne du Général de SAINT ARNAUD, du 11 mai au 12 juillet, livra de nombreux combats au sud de DJIDJELLI, contre la tribu des Beni Amran, sur la rive droite de l’oued el Kébir et dans la région de COLLO. Dès le 11 mai, les Officiers belges se signalèrent par leur bravoure et leur sang froid.

Dans les montagnes de Fedj Bïnem, van der SMISSEN se mêla aux Chasseurs d’Afrique et aux Spahis, chargea avec eux, tua deux Kabyles à coups de pistolet et en captura un troisième. HANOTEAU et KENSIER portèrent les ordres du Colonel ELIAS aux batterie d’artillerie sous les balles des kabyles. Le 25 juillet 1851 le Général de SAINT ARNAUD les citait dans son rapport d’opération en ces termes "Ces Officiers belges se sont montrés aux postes les plus périlleux ... Ces messieurs laisseront dans la Division les plus excellents souvenirs ...".

Tous trois reçurent la Croix de la Légion d’Honneur, van der SMISSEN et KENSIER le 7 août et HANOTEAU le 15 du même mois. Ils regagnèrent la BELGIQUE dans le courant du mois de septembre 1851.

Ce furent les derniers Officiers belges qui servirent aux côtés des français dans l’Armée d’AFRIQUE. La raison n’en incombe pas à la BELGIQUE qui cherchait toujours des terrains d'entraînement étrangers pour ses cadres militaires et continuait de mettre en place une politique d’expansion coloniale, mais à la FRANCE où le Prince Louis-Napoléon avait succédé au Roi Louis Philippe. Le futur Napoléon III fut tout de suite en froid avec le Roi Léopold 1er et, par la suite, ne cacha pas ses visées annexionnistes vis à vis de la BELGIQUE ... La coopération militaire franco - belge en ALGÉRIE était terminée ...

Cependant, dans ce domaine, il ne faut pas oublier les 15.000 ressortissants belges qui, volontairement mais sans l’accord de leur Gouvernement il est vrai, s’engagèrent, entre 1832 et 1900, dans la Légion Étrangère et qui participèrent ainsi à la pacification des trois ex départements français d’ALGER, de CONSTANTINE et d’ORAN.

Je remercie vivement le CENTRE DE DOCUMENTATION HISTORIQUE DES FORCES ARMÉES BELGES ainsi que les AMIS DU MUSÉE ROYAL DES ARMÉES de BRUXELLES pour l’aide bienveillante qu’ils ont bien voulu m’apporter dans mes recherches.-

Sources : "LES OFFICIERS BELGES EN ALGÉRIE"

par J.R. LECONTE (BRUXELLES - 1948).

Relevé par Pierre d’OUTRESCAUT Août 1998