AFN Malte

De 1830-1962 ENCYCLOPEDIE de L'AFN
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Les conditions de vie misérables à Malte ont poussé hors de chez eux les candidats à une meilleure existence.


L'ÉMIGRATION MALTAISE EN TUNISIE

Si les Maltais se sont répartis pendant le XIXe siècle sur tout le pourtour méditerranéen, la Tunisie, si proche, les a tentés dès le début de la période d’émigration. L’apport de population maltaise en Tunisie a été important : des milliers d’immigrés s’installeront dans cette partie de l’Afrique du Nord.

Au début du XIXe siècle, après l’abolition de l’esclavage mais même avant quelques pionniers émigrent dans la Régence qui deviendra la Tunisie, sous les yeux plus ou moins approbateurs des autorités. Après l’intervention des Français en Algérie, le nombre de Maltais qui émigrent en Tunisie augmente. En 1866, la colonie atteint le chiffre de sept mille personnes. Avec l’établissement du protectorat en 1881, leur effectif continue à grimper pour culminer en 1920 à 13500. En 1921, la France promulgue la loi de naturalisation automatique. Par conséquent, selon le recensement de 1926, la colonie maltaise de Tunisie c’est-à-dire ceux qui ne sont pas devenus citoyens français se réduit déjà à 8400 personnes.

Les premiers Maltais prennent pied à Porto Farina et à Djerba. En 1858, H. Dunant observe à Tunis, dans le quartier franc, quelque soixante familles maltaises entassées dans des fondouks ou entrepôts. Une des activités auxquelles s’adonnent les Maltais est la contrebande. Mais, à la fin du XIXe siècle, l’instauration d’un régime douanier plus rigoureux obligera les contrebandiers de Porto Farina à se transformer en pêcheurs et en maraîchers. Les Maltais travailleront dans le domaine des transports. Le cocher de fiacre maltais attend ses clients à Bab el-Khadra. Plus tard au XXe siècle, il sera tout banalement le chauffeur de taxi. Ils sauront également s’imposer dans les services. Par exemple, ils se tailleront une part importante du commerce de détail. Avec persévérance, quelques membres de cette communauté accèdent au bien-être, voire à la respectabilité. Un Mifsud, un Busuttil, etc., rempliront les fonctions de conseillers municipaux de la ville de Tunis.

Les Maltais, dont la langue maternelle est un dialecte arabe d’Afrique du Nord se sont bien intégrés avec les "indigènes". Mais, les Maltais étant chrétiens cela les empêchaient de se marier avec les musulmans. Pour cette communauté, le moment crucial est arrivé après l’indépendance de la Tunisie en 1956. En refusant de prendre la nationalité tunisienne, les Maltais ont dû s’astreindre à quitter ce qui, pour la majeure partie d’entre eux, était leur terre natale.

  • Bibliographie :"Rue des Maltais : la vie de la colonie maltaise de Tunisie" par Marc Donato - Editions Jacques Gandini


L’ÉMIGRATION MALTAISE EN ALGÉRIE

Le 5 juillet 1830, à midi, sous un soleil de feu, la Porte Neuve de la Casbah d’Alger s’ouvrait sur les troupes françaises. Le passage victorieux de ces soldats vêtus de rouge réalisait d’anciennes prédictions et donnait une résonance prophétique au cri fameux, bien que controversé aujourd’hui, de PONS DE SAVIGNAC, Chevalier français et porte étendard de l’Ordre de Malte, devant une autre porte d’Alger : La Porte Bab-Azoun, où il avait planté sa dague le 26 octobre 1541 : Nous reviendrons !.

Cette entrée donc, allait ouvrir un formidable chapitre de l’Histoire de France, mais aussi de l’Histoire de la Méditerranée.

Très rapidement, l’atmosphère de l’ancienne ville pirate change dutout au tout. Il existait un cloisonnement entre les couches d’une population hiérarchisée selon son origine ethnique, laquelle conditionnait ses activités dans la Cité : Turcs, Kouloughli, Maures supplétifs, Kabyles, Arabes, Juifs, Chrétiens.

"La caste des turcs domine sans conteste le pays. Les Kouloughli sont des petits parents que l’on ménage ; les Maures, des sujets ; les Berbères et les Arabes des ennemis en puissance ; les juifs, des inférieurs que l’on méprise profondément mais dont on ne peut se passer ; les chrétiens, des esclaves".

Aux autochtones d’évoquer, dont ceux qui avaient le plus à souffrir de la rudesse turque ont accueilli les soldats français en libérateurs, se joignent ces soldats, en provenance de toutes les provinces ; s’y ajoutent très rapidement, pour les besoins de l’intendance et du Génie militaire, mais aussi poussés par tous ces instincts puissants que suscite un Monde nouveau, jusqu’alors terrifiant et qui semble s’ouvrir à la vie des hommes d’Europe Continentale et du pourtour méditerranéen : négociants marseillais, ouvriers de toutes origines, notamment des piémontais, des sardes, des allemands, des suisses, des mahonnais qui vont fonder les premiers villages, enfin, et donc parmi les premiers : des maltais, qui s’assurent d’emblée une spécialité : celle de la batellerie des ports.

En effet, dès les premières années, un trafic intense s’instaure dans les ports, qui sont encore bien rudimentaires (naufrages près des côtes, embarcations brisées, amarres rompues, etc.). Cette spécialisation souligne la qualité des marins maltais.

Parallèlement à cette prééminence incontestée, les Maltais – 2me trait fondamental de leurs aptitudes – entrent rapidement en concurrence avec les juifs sur le terrain, florissant et riche d’avenir, du petit commerce !

En 1834, les Maltais ont déjà la haute main sur le commerce de légumes, sur l’épicerie et sur la fourniture de lait. En quelque sorte "du producteur au consommateur" car les éleveurs de chèvres, installés autour des villes trayaient leur bétail tout chaud dans les rues.

Ainsi, d’emblée, la communauté maltaise figure en bonne place dans la toute première population de l’Algérie française, qui, en 1834, compte un peu moins de 10 000 habitants, dont la moitié de français, répartis entre Alger, Oran, Bône, Bougie, Mostaganem.

Et puis, il n’y avait pas qu’Alger : dans l’est algérien, la France entretint toujours si l’on peut dire, des établissements et comptoirs, les concessions d’Afrique, dont la destinée fut différente selon les endroits et les époques : les plus stables furent la Calle, Bône et Collo. Or, bien que n’ayant jamais pris un grand développement et ayant subi maintes fois le pillage et l’incendie, elles connurent toutefois des moments d’activité, notamment pendant la 2me moitié du XVIII° siècle.

On peut penser que les Maltais les connurent comme lieux d’échanges commerciaux. Ne perdons jamais de vue les liens privilégiés – surtout au XVIII° siècle – entre la France et l’Ordre de Malte, et, singulièrement, la Marine de l’Ordre. On peut donc penser que des maltais étaient installés dans ces comptoirs français.


Les Français dominaient à Alger (6800), les Espagnols à Oran (2300) les Maltais à Bône (1300) marquant déjà une répartition géographique qui devait se continuer par la suite.

L’essentiel est donc, de noter que les Maltais comptèrent parmi les premiers éléments de l’Algérie française, figurant parmi les émigrants de la première heure. Nous venons de voir également que la place qu’ils tiennent dans la société européenne de la toute première génération les met à un rang modeste tout autant que précieux sur le plan des services qu’ils rendent.

Installés depuis peu en territoire algérien, ils gardent les habitudes et les réflexes de leurs atavismes respectifs. Chaque groupe ethnique garde sa personnalité, reste replié sur lui-même, et défend farouchement son particularisme.

il est temps ici de rappeler qui étaient vraiment ces maltais et les raisons de leur présence en nombre sur le territoire peu à peu pacifié par la France.

Héritiers d’une histoire millénaire, les Maltais sont les descendants lointains d’illustres et mystérieux bâtisseurs de temples de l’époque mégalithique (4000 avant J.C.), descendants plus directs des marins phéniciens venus de TYR fonder CARTHAGE au 1er millénaire avant notre ère. Mais ils sont aussi liés par des "liens de famille" à la péninsule italienne, par la Sicile si proche, par les romains, qui ont administré l’île à demeure pendant près de 800 ans, et plus encore par les apports humains de "colonies" italiennes venues à Malte, non en dominatrices, mais en exilées, selon les hasards des luttes féodales au cours des 12e et 13e siècles.

Enfin, les maltais sont liés également au monde Nord-Africain, essentiellement à la Tunisie et à la Libye, au hasard d’autres luttes avec la contrepartie de prises réciproques de nombreux esclaves, mais surtout en raison de la domination et de l’implantation arabe longue de plusieurs siècles, avec le brassage de populations que cela comporta.

Toutes ces unions, plus ou moins volontaires, n’ont pas pu ne pas peser d’une manière déterminante sur la composition de la population des îles maltaises, surtout compte tenu de la faiblesse numérique de celle-ci, facteur essentiel facilitant les influences extérieures.

Ce qui donne sa profonde homogénéité à l’homme maltais, et ce qui le fait reconnaître, c’est sa religion : un catholicisme très enraciné dans sa personnalité profonde, un catholicisme se manifestant de façon constante vis-à-vis de l’extérieur et de tous les évènements de l’existence.

Voilà esquissés les grands traits du maltais, en ce début de colonisation française en Algérie.

Les causes économiques de l’émigration maltaise sont réelles ; mais il y a certainement aussi des causes politiques .

Confusément, ces hommes simples qui vont surtout chercher du travail et qui ont la chance de voir ce vaste continent à la portée de courtes traversées à la voile, ressentent comme un appel : ils ont l’impression de ne pas quitter leur monde en quittant leur île, puisqu’ils retrouvent la Méditerranée du sud, son soleil et ce peuple cosmopolite qui, lentement, se forme.

Le groupe de maltais qui arrive sur la terre d’Algérie avec ses chèvres et ses religieux a aussi, dans le fond de son âme, l’impression de participer à une sorte de RECONQUÊTE, eux qui furent terrorisés pendant des siècles par les invasions des barbaresques.
Ils choisissent délibérément un monde où l’Afrique rappelle leur pays et leur paraît vouée à un grand empire d’Occident au sein duquel ils auront leur place.

Cela explique l’opiniâtreté des maltais, lors des premières frictions avec les autres communautés, la conscience qu’ils avaient confusément de pouvoir réussir en restant eux-mêmes. Dès ce moment, on constate à la fois qu’il y a très peu de retours au pays, donc une implantation durable en Algérie, mais que les liens avec les familles, donc avec la terre natale, n’en sont pas pour autant rompues.

Les décennies passent, l’Algérie se développe, non sans à-coups, et la communauté maltaise progresse non seulement par l’arrivée de nouvelles vagues d’émigrants, mais aussi par les premières naissances.

Dans les villes, les rapports sont assez bons avec les Italiens qu’ils comprennent et dont ils partagent les croyances religieuses, face à une population d’origine métropolitaine, fortement déchristianisée.

L’école va agir dans le sens d’un meilleur rapprochement avec le monde français. Tous les contacts extérieurs étant facilités : affaires, administration, etc., Mais en gardant toutefois leurs habitudes de vie, la langue maltaise en famille et la pratique religieuse toujours très vive.

Une politique d’intégration des étrangers dans la communauté d’origine française commence à porter ses fruits, qui sont également ceux de l’école. La société s’ouvre plus facilement, par les mariages, les réussites industrielles, commerciales ou agricoles.

A noter qu’en 1896, l’Algérie compte 13000 maltais face à 157000 espagnols, 36000 italiens, 8000 suisses et allemands et 350000 français.

les Maltais et descendants de Maltais sont très nombreux dans l’est algérien, de la côte aux bourgades des hauts plateaux.
Incontestablement, Bône devint rapidement et resta la capitale des maltais d’Algérie. On les retrouve dans tous les ports jusqu’à Alger.

Sur le plan social, la réussite suit celle des affaires, mais s’affirme aussi, au fil des générations sur le plan culturel. Les petits commerçants méticuleux, les paysans faméliques, les marins "primaires" sont souvent les grands-pères de médecins, d’avocats et d’ingénieurs.

La Grande Guerre marque un tournant, car c’est vraiment l’avènement du peuple français d’Algérie, uni sur les champs de bataille d’Europe et d’Asie, mais surtout en France. C’est là que la Métropole devient sentimentalement Mère Patrie pour tous, qu’ils s’appellent HERNANDEZ, PAPALLARDO, FARRUGIA, ABELA ou BORG.

  • Source : Extrait partiel du texte, écrit par Pierre DIMECH, "maltais d'Alger", paru, il y a quelques années, dans la revue de l'association FRANCE MALTE sur le Site pieds-noirs.org/
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