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Barrage - Saint-Lucien

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LE BARRAGE DE SAINT-LUCIEN, sur l'Oued Tlelat, à 12 km environ au Sud de Sainte-Barbe-du-Tlelat

L'Oued Tlelat, à l'emplacement choisi, draine un bassin de 123 km' environ. Les précipitations très irrégulières atteignent en moyenne 4io mm. On connaît une année (septembre 1892-août 1893) extrêmement sèche où la hauteur de pluies fut de 35 mm au pluviomètre du barrage. L'oued est lui aussi très capricieux. Le débit annuel moyen est de 2,4 hm3, soit 75 l/s

Le projet de construction sur l'Oued Tlelat d'un barrage en terre de 26,62 m de hauteur était présenté à l'approbation de l'Administration supérieure par l'Ingénieur en Chef Aucour, dès le 19 mars 1859. Il devait permettre l'alimentation en eau potable du centre de Sainte-Barbe-du-Tlelat et l'irrigation d'un périmètre couvrant 350 ha par accumulation de 1.500.000 m3. C'était pour l'époque un très grand ouvrage. Certes, il existait déjà de nombreuses digues en terre aux Indes et à Ceylan, et à la même époque de nombreux projets étaient à l'étude ou en cours de réalisation aussi bien aux Etats-Unis qu'aux Indes.

On ne sait si AUCOUR en avait eu connaissance. On ignore également s'il y eut une liaison entre les deux projeteurs, l'Ingénieur en Chef Aucour et le Capitaine MALGLAIVE qui, en 1851, lançait le projet de Meurad dont on parlera tout à l'heure. On ne retrouve rien dans les archives; il semblerait donc qu'aucune liaison d'ordre technique n'existât entre les départements d'Alger et d'Oran.

Le projet de l'Ingénieur en Chef AUCOUR fut réalisé en 1860, et le barrage mis en eau en 1861. Il comprenait un massif de terre, assis sur le rocher, long de 146 m, de près de 27 m de hauteur et d'une largeur en tête de 2 m; les talus amont et aval, démunis de protection, étaient réglés respectivement à 3 pour 1 et 1,5 pour1i. Un déversoir entaillé dans le rocher permettait l'évacuation d'un débit de crue de 3o m3/s en maintenant le plan d'eau à r m au-dessous du couronnement de l'ouvrage.

Pendant les travaux, l'oued fut dérivé par un aqueduc construit sous l'ouvrage. Le remblai fut, semble-t-il, très bien fait (à l'inverse de celui de Meurad, comme nous le verrons plus loin) par couches de 10 à 15 cm soigneusement arrosées. Il fut, de plus, exécuté rapidement de septembre 186o à avril 1861. On prit la précaution de cuber les emprunts et l'ouvrage; l'écart fut de 3.700 m3 pour un cube de digue de 89.000 m3, soit un foisonnement faible (de l'ordre de 1/20e); d'où il résulte, comme nous le disions, que le remblai fut bien tassé.

La mise en eau fut lente et se fit pendant les travaux, l'aqueduc sous barrage ne laissant pas passer un débit suffisant; elle ne révéla aucun défaut ni tassement anormal; seul un léger affouillement (dû au clapotis de l'eau d'après les rapports de l'époque), atteignant 25 à 40 cm, fut observé sur le talus amont de l'ouvrage après les crues d'octobre 1862.

Le 1er novembre de la même année, la digue fut rompue et pratiquement détruite. Il ne semble pas que l'eau ait dépassé le niveau du déversoir (cote 280), celle de la crête de l'ouvrage étant 282. Les traces, bien visibles à l'époque (paraît-il), montrent que la rupture se produisit pour la cote 277 du plan d'eau.

Bien que la digue ait été bien faite, la rupture devait se produire et ce, pour deux causes essentielles: mauvaise étanchéité et déversoir insuffisant.

Si la première n'avait pas joué, la rupture serait intervenue plus tard. En effet, l'évacuateur n'était capable que de 30 m3/s. Nous verrons plus loin qu'en 1882 l'Oued Tlelat débita 165 m3/s. Mais le hasard voulut que le manque d'étanchéité jouât le premier. En effet, le barrage repose sur des calcaires fissurés et aucune injection ne fut faite, aucune précaution ne fut prise, bien au contraire. Aux endroits où la pente des rives était trop considérable, on fit des mines pour créer des aspérités qui, dans l'esprit des Ingénieurs, devaient améliorer l'ancrage.

Il est bien probable que la cause profonde de la catastrophe fut une circulation fissurale au niveau du terrain (ou peu profonde) sur la rive gauche. Le barrage fut sucé par l'aval et probablement détruit en très peu de temps. Cet accident, et l'examen que nous avons pu faire de bien d'autres emplacements d'ouvrages, nous conduisent à une conclusion à nos yeux indiscutable:

En pays calcaires, si l'on ne peut trouver un type de barrage dont la sécurité puisse être assurée, même si l'on n'est pas sûr de l'étanchéité, il ne faut pas construire’‘. Nous verrons plus loin que les remèdes existent et que presque toujours on peut assurer l'étanchéité, mais le traitement est fort coûteux et il ne faut jamais se contenter d'une demi-solution.

En 1870, un nouveau barrage, cette fois en maçonnerie, fut construit au même emplacement mais, soit par crainte, soit en raison de l'insuffisance des crédits, il fut arasé à la cote 274, c'est-à-dire 6 m plus bas que l'ancien ouvrage. Calculé selon une méthode en usage à l'époque, il présentait un profil nettement insuffisant. Il fut renforcé en 1904 par la construction des trois contrefort. Comme tous les ouvrages de cette époque, la zone déversante est insuffisante.


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