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Histoires Assi Bou Nif - Ville

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C’est donc ce village qui m’a vu naître, c’est encore et toujours dans ce village – havre de bonheur et de paix - que je passais toutes mes vacances scolaires, c’est enfin dans ce village que je connus les premiers frissons et émois des amours juvéniles.

Ce sera d' Assi-Bou-Nif et de la ferme dans laquelle mon oncle Camille frère de ma mère, travaillait en tant que commis, que je garderai les meilleurs souvenirs. C’est bien là que j’ai passé mes plus belles vacances ; je devrai dire que nous avons passé nos meilleurs moments car, mes parents, mes sœurs appréciaient tout autant que moi-même de nous retrouver en famille en ce lieu que je considère toujours comme paradisiaque. C’est toujours avec beaucoup de fébrilité que j’attendais les vacances scolaires ; tout aussi bien celles de pâques que les grandes vacances d’été. Nous quittions Aïn-Séfra par le premier train du matin en partance pour Oran. En fait il n’y avait qu’un seul train de voyageurs par jour ; la distance qui nous séparait d’Oran était d’environ 500 kilomètres, le temps que nous mettions pour y parvenir oscillait entre 12 et 15 heures ; nous avions, tout au long de ce parcours, le loisir d’apprécier la beauté majestueuse du paysage qui passait indifféremment des étendues de sable, au territoire parsemé d’alfa, puis les chotts asséchés dont la couleur d’un blanc éclatant brûlait les yeux ; en atteignant Saïda, c’était le Djebel qui faisait un peu froid au dos tant il paraissait sauvage, hostile. Enfin nous traversions les immensités de jardins d’orangers, mandariniers, pruniers, citronniers et les magnifiques oliveraies alignées avec un style parfait. Le voyage se passait plutôt bien ; maman prenait toujours le soin d’emporter une ou deux couvertures qu’elle étirait à même le sol, sous les banquettes de bois ; c’est ainsi, allongés sur ces couvertures, que nous passions notre voyage soit à dormir, soit à admirer les jambes des autres passagers. Enfin nous arrivions à Oran ; le plus long du voyage était fait, nous n’avions plus qu’à marcher environ 200 mètres pour être à la station du car qui nous mènerait à Assi-Bou-Nif. Ma mère, chargée comme un mulet, se frayait un passage parmi les nombreux passagers qui étaient déjà là, à croire qu’ils attendaient depuis 24 heures, en jouant des coudes ; mes sœurs et moi n’étions pas en reste pour forcer le passage. Le car de la Compagnie Angelotti avait une allure qui rivalisait avec celle du train. Pour faire la quinzaine de kilomètres qui séparaient Assi-Bou-Nif d’Oran, il lui fallait pratiquement ¾ d’heure. Après s’être engagé sur la rue de Mostaganem et rejoint l’avenue de Saint-Eugène, nous arrivions sur la route nationale n°11 « Oran-Mostaganem », en direction d’Arzew cette station balnéaire prisée de tous les Oraniens, que nous devions emprunter pour parvenir au village.

Après avoir dépassé le quatorzième kilomètre, à un tournant brusque, apparaissait tout près la flèche grise et inattendue d'un clocher qui se dresse majestueusement à travers le fouillis d'arbres qui remplissent le fond d'un vallon resserré ; on commence à distinguer quelques maisons. Le car semble lui rendre hommage car il ralentit et donne l’impression qu’il va s’arrêter. Encore quelques mètres, et le voile d’oliviers, grenadiers, pisas et poivriers se déchire et le village se montre. Le village est bâti au pied d'une colline de 104 m d'altitude qu'escaladent jusqu'au sommet les gourbis arabes. Une vieille tour flanquée d'une vieille bâtisse domine l'ensemble. Tour et bâtisse sont les restes d'un moulin à vent mort-né; jamais la vieille tour, moins heureuse que sa compagne de Fleurus, n’a vu tourner ses grandes ailes; pour elle comme pour les bateaux, la vapeur a détrôné les zéphyrs. Une grande ligne droite bordée de platanes nous indique l’arrivée au village. Nous y voici ; à partir de cet instant il nous faut nous frayer tant bien que mal un passage pour accéder à la porte de sortie du car qui se trouvait à l’avant. Je me sens fébrile à l’approche de notre dernière étape : le monument aux morts, dans 2 minutes. Le car remonte la rue principale, mon regard se porte de droite à gauche, on y dépasse le café Plaza, le coiffeur Alvarez, la boulangerie Pérez, monsieur Viller, les PTT, le bourrelier Martinez ; arrivé à hauteur de l’épicerie Térol et du café Sanchez le car s’arrête, le chauffeur récupère un colis remis par monsieur Sanchez, puis il reprend sa route ; à chaque fois je jette un regard à l’intérieur de l’épicerie afin de tenter d’apercevoir Bernadette, vainement. Nous laissons de part et d’autre l’école, la Mairie, Rostaing, Pinazzo Marcel, le garde Mohamed, Seller Marcel, Latord, Corbière père, Pons, le mécanicien Géronimo chez lequel j’aurai un nombre incalculable d’ampoules dans les paumes de mes mains à force de faire des rodages de soupapes. une autre rue perpendiculaire et le stade de foot avec face à lui le monument aux morts qui sera notre halte à chaque venue sur Assi-Bou-Nif. Les autres rues sont occupées par les familles Comitré, Pellissier, Montgaillard, Lazaro, Fuentès, Rostaing et bien d’autres dont ma mémoire ne se souvient plus.

Arrêt au monument aux morts. Tout le monde descend. A présent, c’est à pied que nous parviendrons à la ferme qui se situe sur la route d’Arcole à environ 3 kilomètres du village. Nous étions enfin arrivés au terme de notre voyage, le chemin qu’il nous restait à faire, à pied, ne nous gênait guère, nous étions tellement heureux à l’idée de retrouver tout ce que nous aimions, l’oncle et la tante, les cousines, les ballades en vélo, la chasse à l’estak . Nous empruntons la grande rue du village qui devait nous mener à la sortie côté d’Arcole ; de temps en temps maman saluait une personne qui venait à notre rencontre et nous embrassait ; à tel point que nous mettions autant de temps pour traverser le village que pour accéder à la ferme. A la sortie du village une immense route droite à perte de vue nous faisait face. Là-bas, au loin, nous devinions le chemin bordé d’oliviers qui menait à la ferme ; en attendant nous avancions gaiement en respirant à pleins poumons les diverses odeurs qui jalonnaient notre chemin : la vigne, les roseaux immenses, les oliviers. Sitôt avoir franchi la dernière maison, nous avions sur notre droite une immense pépinière dans laquelle les « rappelés » de 1956 avaient établi leur cantonnement. Tout de suite derrière apparaissait la ferme de CORBIERE Eugène, un peu plus loin sur notre gauche les jardins de Lambert SEYLER jouxtaient la ferme de Marcel SELLER. Enfin, après avoir dépassé la ferme de Marcel SELLER nous arrivions au terme de notre voyage. Pendant tout ce trajet, rares étaient les personnes que nous croisions : un arabe sur son âne, un véhicule militaire ; Après avoir emprunté la route caillouteuse bordée d’oliviers, sur notre gauche, nous apercevons déjà la grosse bâtisse de la ferme. Nous n’étions plus loin. Après avoir marché une dizaine de minutes, la route tournait à droite et nous séparait de l’entrée de la ferme d’environ 300 mètres, à droite nous pouvions remarquer les champs d’artichauts que j’avais hâte de « visiter », sur la droite s’étendait une des nombreuses parcelles de vigne de la ferme. Dans ces allées, mon cousin Antoine –appelé familièrement Coco – m’avait enseigné l’art de poser des pièges à perdreaux ; en effet de nombreuses colonies de perdreaux occupaient les vignes. Les chiens, Kiki et Tarzan, n’avaient toujours pas décelé notre présence. Ce n’est que lorsque nous étions au bout du chemin, face à l’immense bâtisse qui abritait les ouvriers Marocains qui travaillaient à la ferme, qu’ils se manifestaient avec une telle clameur qu’ils contraignaient les occupants à sortir pour voir ce qui se passait. C’était alors les embrassades, les éclats de rire. Un immense rond point à l’intérieur duquel s’élançaient vers le ciel des pins géants, signalait l’entrée de la ferme et faisait face au grand portail de bois qui donnait accès à la cour intérieure. Une rangée de pins, sur la gauche, en bordure de la vigne servait à attacher les vaches ; à gauche, masqués par les grenadiers, nous pouvions deviner les immenses vergers de pruniers, citronniers, mandariniers ; chaque verger avait pour séparation une lignée de sapins. Tout était d’une symétrie parfaite. A droite, au coin du mur de la cour, se dressait un mûrier centenaire. Ses branches, tellement grandes, permettaient de faire ombrage et, très souvent, lorsque nous nous retrouvions nombreux, nous dressions la table sous le mûrier, la table étant en fait des planches de bois posées sur des tréteaux. Comme c’était bon d’apprécier le succulent « gaspacho »  de la tante Marie. Papa, très souvent, armé de sa carabine 5.5 s’asseyait sur le bloc de pierre cubique posé quasiment sous le mûrier, à l’angle du mur, et attendait patiemment qu’un merle vienne y goûter les fruits ; je le revois encore immobile pendant des heures, une cigarette au coin des lèvres. A l’arrivée d’un merle, il posait délicatement sa cigarette sur le bord du bloc de pierre, levait lentement sa carabine et… pan. Je ne me souviens pas lui avoir vu rater sa cible. J’allais alors récupérer l’oiseau pour l’amener à la tante Marie qui le plumait aussitôt. Les vacances avaient commencé. Je ne perdais pas de temps si ce n’est pour enfiler de vieux vêtements et j’enfourchais un vélo afin de revisiter la ferme et voir si rien n’avait changé depuis nos dernières vacances. Je prenais soin de pendre autour de mon cou mon estak, mes poches étaient remplies de petits cailloux que j’avais pris soin de choisir. J’étais paré à faire face à toute occasion qui se présenterait ; les occasions du reste ne tardaient jamais et je pense être devenu un expert dans le maniement de l’estak car je manquais très rarement une cible. Les plus faciles étaient les moineaux, je réussissais dans les mauvais jours à en tuer une bonne quinzaine, par contre les merles et tourterelles étaient plus difficiles à avoir ; les merles parce qu’ils sautillaient en permanence, les tourterelles, elles, étaient toujours perchées à la cime des sapins. Je savourais pleinement ces premiers instants et déjà ceux que j’allais goûter tout au long des semaines que nous allions passer à la ferme. Chaque année, c’était un éternel recommencement, mais tellement agréable que j’aurais souhaité que cette période puisse se renouveler à tout jamais ou ne jamais s’achever. Rien ne variait dans nos habitudes, pourquoi d’ailleurs aurions nous voulu que ce ne soit pas pareil ? Nous étions tellement heureux des moments que nous passions, que nous vivions. Les journées étaient plus que remplies. Le matin, dès la première heure, après avoir englouti un immense bol de lait sur lequel s’était formée une pellicule de crème de 2 bons millimètres d’épaisseur, je partais en chasse soit seul, soit avec mon père ou mon cousin Coco (Antoine). La chasse, lorsque j’étais seul, durait une paire d’heures et je ramenais régulièrement suffisamment de moineaux pour l’apéritif du midi ; avec mon père ou Coco, çà pouvait durer jusqu’à 11 heures et demi ou midi. Papa quant à lui, armé de sa carabine 5,5, était le spécialiste des tourterelles et des merles. J’étais admiratif devant la précision du tir de Papa surtout lorsque nous apercevions une tourterelle à la cime d’un sapin ; il posait lentement la crosse de sa carabine contre son épaule, visait et tirait. 9 fois sur 10 il atteignait sa cible.

Parfois le matin, j’allais au village faire des courses pour ma tante ou mon oncle ; c’était toujours à l’épicerie Terol. C’est ainsi qu’un beau jour je fis la connaissance de Bernadette, la fille des épiciers ; elle était derrière le comptoir et donnait un coup de main à sa mère pour servir les clients, je fus immédiatement attiré par son regard et me dirigeais directement vers elle ; elle semblait intrigué par ma présence et visiblement cherchait à savoir qui j’étais. C’était la première fois que nous nous rencontrions. Croyant saisir son interrogation je me présentais en lui indiquant que j’étais en vacances chez mon oncle Camille.Dès lors je me rendais de plus en plus serviable avec mes oncle et tante et cherchait tous les prétextes pour me rendre au village effectuer des achats ; notre idylle naquit un beau matin alors que tonton m’avait demandé d’aller lui acheter des cigarettes. Lorsqu’elle me tendit le paquet de cigarettes elle laissa sa main dans la mienne alors que nos regards ne pouvaient se détacher l’un de l’autre, mais nous n’allâmes pas plus loin que les frôlements de main et regards appuyés.

Lorsque j’allais au village, j’en profitais pour rendre visite à un cousin Daniel et un autre jeune du village, Jean-Pierre Comitré, avec lequel je m’étais lié d’amitié. Les après-midi, eux invariablement, débutaient par une sieste obligatoire. Nous nous retrouvions donc, mes deux sœurs, ma cousine Camille et moi-même, dans la grande chambre à coucher de mes oncle et tante. Des couvertures étaient posées à même le sol ; ma tante, à chaque fois, avant que l’on aille dans la chambre « donnait un coup de flytox ». L’odeur qui se répandait dans la pièce et qui était destinée à tuer les mouches et moustiques, avait autant de pouvoir sur nous-mêmes car nous ne tardions jamais à nous endormir. J’échappais à la sieste dès que j’eu atteint l’âge de 12 ans et en profitais pour errer dans la ferme ; ce n’est qu’à compter de cette époque que tonton m’autorisa à aller chasser avec la carabine. Etais-ce par le fait que je savais l’utiliser ou tout simplement pour avoir une arme avec moi car, à cette époque, la guerre faisait rage et les fermes étaient devenues les cibles privilégiées des terroristes. Quoiqu’il en soit, bien que mon oncle me conseillait toujours la plus grande prudence, j’étais moi-même extrêmement vigilent et alors que j’arpentais les bordures de bois ou d’arbres fruitiers, j’observais attentivement au loin et à travers les arbres si je ne voyais pas de présence étrangère à la ferme. Dès la tombée de la nuit, tous les ouvriers quittaient leur travail et regagnaient leurs demeures, tous étaient logés à la ferme. Le soir, après dîner, nous descendions « prendre le frais » à l’extérieur, à l’entrée de l’immense portail de bois. Nous apprécions jusque tard dans la nuit la tiédeur du climat ; le garde écurie, un marocain qui avait son logement à l’intérieur même de la ferme, nous préparait alors un merveilleux thé à la menthe accompagné de petits gâteaux que son épouse avait fait à notre intention. C’était véritablement la douceur de vivre. Rien ne laissait supposer que la guerre était présente, rien, hormis le fusil posé contre le mur à portée de main de tonton. Pourtant bien que tonton soit méfiant, nous n’envisagions pas que nous pourrions être attaqués comme l’étaient la majeure partie des fermes qui restaient les principales cibles des rebelles ; dans de nombreux cas d’ailleurs, c’étaient les ouvriers eux-mêmes qui en étaient les auteurs. A la ferme la majeure partie des ouvriers étaient Marocains. Tous étaient logés à la ferme dans des maisons en pierre, chacune d’elles avait une cour indépendante et un jardin ; tonton les traitait avec beaucoup d’égard et eux le lui rendaient bien. A chaque fête Musulmane nous étions littéralement envahis de victuailles (couscous, zlabillas, makrouts) ; c’est dire que ces ouvriers ne semblaient pas malheureux et contrariaient les ragots du colon faisant « suer le burnous ». Pour dire que je ne craignais nullement les ouvriers, très souvent je me rendais chez eux ou allais les rejoindre dans les coins les plus reculés de la ferme et passais ainsi des heures à discuter avec eux. Le calme de la nuit était quelquefois interrompu par les hurlements des chacals, parfois le ricanement d’une hyène se faisait également entendre. Les chacals venaient fréquemment à la fin de l’été ; leurs hurlements me glaçaient toujours les veines. Une année, j’eus vraiment une très grosse frayeur. Les hurlements et aboiements étaient si proches que j’avais l’impression que les meutes étaient à l’intérieur de la ferme ; j’observais par la fenêtre, des centaines de yeux brillaient dans la nuit. Les chacals étaient là, devant le portail d’entrée, ils devaient être des centaines. Mon cousin et mon oncle décidèrent de s’armer et de leur tirer dessus pour les faire fuir ; il fallait éviter qu’ils ne ravagent les vignes dont les raisins devaient être vendangés dès le début du mois de septembre. Les coups de feu ébranlèrent à tel point le silence de la nuit qu’ils attirèrent l’attention de la garnison située à l’entrée du village. A peine quelques minutes s’étaient écoulées que nous entendîmes le ronronnement de moteurs. Une patrouille d’une jeep et deux 6x6 pénétrèrent dans la ferme en trombe. Mon oncle en eut pour ses frais et en fût quitte après avoir offert à toute l’escouade quelques bouteilles de vin et un jambon.

Les vacances de Pâques étaient également attendues avec impatience ; d’abord parce que nous revenions de nouveau dans un lieu aimé, d’autre part parce que nos parents suivaient scrupuleusement la tradition pascale qui consistait notamment à cacher des œufs un peu partout. Cela faisait la distraction des enfants, la mienne par conséquent. Notre terrain de recherche était un domaine relativement vaste, mais en général, les œufs étaient cachés aux abords du jardin proche des immenses bottes de paille qui formaient deux gigantesques pyramides. Je m’étais constitué un abri à l’intérieur de l’une d’elles ; sa réalisation avait été très facile : Il m’avait suffi d’ôter deux bottes de paille de l’intérieur et de masquer l’entrée par une autre botte, de sorte que pour accéder à mon abri, je n’avais plus qu’à déplacer une seule botte que je remettais en place une fois à l’intérieur. C’est là dans cet abri que je passais des heures à rêvasser et à échapper parfois à quelques menues tâches auxquelles ma tante nous attelait. C’est également à l’intérieur de cette cache, loin du monde, bien au chaud que je connus les prémices de l’amour, si ce mot amour peut convenir à nos premiers frôlements et baisers innocents.Pour l’heure, je recherchais désespérément les œufs camouflés quelque part.

Régulièrement au cours de ces vacances, toute la famille Oranaise venait nous rejoindre et, régulièrement, nous allions passer la journée à la pépinière située à la sortie du village. C’était le lieu de rendez-vous de nombreux Oranais qui y venaient pour y manger la mouna et la paella. Quelquefois nous déjeunions à la ferme ; nous installions alors sous l’énorme mûrier des tréteaux sur lesquels nous disposions des madriers ou des grandes planches et faisions ainsi une table immense autour de laquelle prenaient place 20 à 30 personnes. Et là, nous savourions le fabuleux « gaspacho » que nous faisait tata Marie. Cette recette est originaire de la Mancha en Espagne, c’est à l’origine un plat de chasseurs dans lequel on mettait tout le produit de la chasse : lapins, perdrix,canards,cailles,etc. que l’on faisait revenir puis que l’on servait comme un ragout accompagné de galette coupée en morceaux. A l’origine la galette servait d’assiette. Ce plat rustique, vu sa composition, était élaboré pour de nombreux convives. C’était le bonheur à l’état pur. Parmi les tâches dont je devais m’acquitter pour justifier de ma pitance, je devais nourrir les volailles, accompagné évidemment, de ma tante qui craignait toujours le pire ; en effet j’avais pris en affection une oie et j’avais décidé d’en faire ma monture, hélas, elle, pour je ne sais quelle raison s’y refusait obstinément ce qui me contraignait à la pourchasser avec un bâton afin de lui faire entendre raison. Ces aventures provoquaient chez mon oncle et mes cousines des grands rires, en revanche ma tante ne voyait pas du tout cela comme un amusement et, c’était à mon tour de filer devant le roseau que tenait ma tante et dont je devais apprécier la souplesse. C’était tout cela qui faisait nos joies. Nous étions proche de la nature, nous nous confondions avec elle et apprécions le bonheur dont elle nous faisait don. Plus tard même, lorsque nous habitâmes « en ville », en pleine adolescence et face aux problèmes de l’époque, je revenais toujours me « ressourcer » à la ferme. Que d’aventures et mésaventures je vécus en ce lieu magique. L’après-midi, au goûter, j’aimais bien monter sur la terrasse surplombant l’écurie et l’étable afin de savourer pleinement le grand air et admirer les plantations d’orangers, de citronniers, de pruniers qui s’étalaient sous mes yeux à l’infini. Sur cette terrasse il y avait la remise de mon oncle dans laquelle étaient pendus de magnifiques jambons et saucissons. Parfois tonton y montait, découpait une tranche de jambon et nous allions tous deux la déguster avec un morceau de pain de campagne qu’avait fait tante Marie. Ce jour là tata Marie m’avait coupé une grosse belle tranche de pain sur laquelle elle avait tartiné du beurre et de la confiture. Comme d’habitude je grimpais sur la terrasse et m’assis sur le parapet bordant la terrasse ; comble de malchance je n’avais pas remarqué que mes jambes pendaient à hauteur d’un nid de guêpes. Je fus soudain envahi par une nuée de guêpes qui avaient décidé de prendre part à mon goûter. Plutôt que leur abandonner mon pain je me mis à gesticuler et à tenter de les chasser de la main. Visiblement elles n’apprécièrent guère car elles m’attaquèrent de toutes parts au visage ; bien que j’abandonnais mon pain et que je m’enfuis à toutes jambes, quelques unes continuèrent la poursuite pour achever leur œuvre destructrice. J’avais horriblement mal et poussais des cris « tata, tata ». C’est l’ouvrier marocain qui logeait près de l’écurie qui fut le premier à venir à mon secours ; tata, toute affolée, ne sachant ce qu’il se passait accourrait également. L’ouvrier indiqua à tata un remède qui devait me calmer immédiatement et permettre l’extraction des nombreux dards plantés sur mon visage. Il me fallait faire un cataplasme de terre mélangée à de… l’urine. J’avais trop mal pour refuser de m’exécuter, et de toutes façons avec tata je n’avais pas le choix. Après que tata ait fait le mélange elle me barbouilla le visage avec cette boue ainsi faite. Le résultat fut surprenant car presque immédiatement la douleur disparut ; tata m’indiqua qu’il me fallait garder la boue sur le visage encore un peu de temps avant de la retirer. Ce n’est qu’une heure ou deux après que tata consentit à m’ôter la boue du visage. Le résultat là encore était stupéfiant, je n’avais plus aucune boursouflure, juste quelques points rouges aux emplacements des dards.

Chaque séjour apporta son anecdote, celui-ci me marqua longtemps et j’étais vacciné à tout jamais d’approcher des nids de guêpes. J’oubliais vite cette mésaventure et invariablement poursuivais mes activités qui consistaient en la chasse, pose de pièges, grandes ballades en vélo autour de la ferme. Ainsi chaque année et invariablement se déroulaient mes vacances à la ferme.