L'ELEVAGE

De 1830-1962 ENCYCLOPEDIE de L'AFN
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L'ELEVAGE EN ALGERIE

Il est évident que toutes les richesses agricoles ont été une création pure, une création ex-nihilo. Et le lien est indéniable entre ces créations et l’action personnelle du colon. La médiocrité de l’élevage algérien donne la contre-épreuve. En élevage, l’Algérie n’a pas remporté de succès comparables à ses succès agricoles, sauf bien entendu en ce qui concerne le port que l’Islam proscrit, et qui, entre les mains des Européens, a donné des résultats intéressants.

LES BOVINS

En Algérie, sur un total moyen d’un million de bœufs, les colons européens en ont seulement 150 000. La faiblesse de cette proportion est caractéristique. On a pourtant introduit des représentants de races étrangères, bovins d’Europe, zébus de Madagascar,zébus brahmines de Ceylan (à Bône et en Tunisie). On a obtenu des résultats. Mais les vieilles races indigènes restent prédominantes. Une race algérienne de Guelma, très petite, pesant environ 250 kg, de robe sombre, et une race marocaine, plus lourde, allant facilement à 400 kg, plus élancée, de robe plus claire.
Les bovins du Maghreb ont des caractéristiques communes, plus accentuées dans la race de Guelma. Petite taille, et résistance extraordinaire. Leur organisme s’est adapté à travers les siècles au pays et aux hommes. Ils ont appris à se débrouiller tout seuls avec un minimum de pâturages naturels, et un minimum d’assistance humaine.
Le développement du machinisme agricole a détourné des bovins les préoccupations immédiates des colons. Dans les grandes villes comme Alger la bonne viande de boucherie (veau, bœuf) s’importe encore de France. L’insuffisance de la production laitière des vaches entraîne dans le voisinage des grands centres la multiplication des chèvres.


LES CHEVAUX
Le « bourricot », le tout petit âne du Maghreb, extraordinairement dur, joue un rôle énorme dans la vie indigène. Outre 260 à 280 000 ânes, en Algérie les montagnards ont beaucoup de mulets. Dans les grandes villes indigènes du Maroc la mule caparaçonnée est la monture des grands personnages, l’équivalent d’un équipage. L’Algérie a entre 100 et 150 000 mulets. Mais dans ce pays de nomades qu’est le Maghreb, c’est l’élevage du cheval qui est important par-dessus tout.
La cavalerie Numide a joué un grand rôle dans l’antiquité. Le cheval Numide s’est couvert de gloire sur les hippodromes de l’empire Romain. Une longue adaptation au pays a développé une race très bien fixée, la fameuse race Barbe. Bêtes relativement petites, moins robustes que les nôtres, et même moins vites sur les courtes distances, mais extrêmement résistantes et sobres.
C’est un admirable cheval de cavalerie. Aussi la remonte de l’armée française, dans ses haras, s’en est beaucoup occupée pour essayer de lui donner les qualités qui lui manquent. Il est difficile de dire si les résultats ont répondu aux efforts officiels.
En Algérie, les chiffres oscillent entre 200 et 240 000 ;


CHAMEAUX (DROMADAIRES)
Le chameau, ou plutôt le dromadaire à une bosse, est un personnage important.
Les conditions de l’élevage sont très particulières et l’Européen les ignore. Les convois administratifs ont souvent déterminé des hécatombes. Dans ce pays très grands, prolongé par les immensités du Sahara, malgré les progrès de la traction mécanique, le rôle économique du chameau reste immense et, l’indifférence et l’inaptitude de l’Européen menacent la race de disparition.


LES MOUTONS
L’inefficacité de l’élevage algérien n’est accusée nulle part aussi nettement qu’à propos de moutons parce que sur ce chapitre de grandes possibilités sont restées jusqu’ici incomplètement réalisées.
Les steppes, c’est-à-dire la moitié du Maghreb, ont été justement appelées le pays du mouton. (L’espèce ovine, d’après les statistiques de l’Algérie, Campagnes agricoles 1901-1923, donne une courbe stationnaire et même descendante, de même type que la courbe des céréales, ce qui permet d’emblée d’embrasser la situation.)
Le nombre total des moutons oscille prodigieusement, du simple au double, près de 10 millions en 1880, à peine plus de 5 millions en 1923. Ces oscillations énormes correspondent simplement aux oscillations météorologiques, années ou périodes d’années plus humides ou plus sèches ; quelques semaines de neige sur les hauts plateaux suffisent à causer une mortalité effrayante.
C’est que le mouton est abandonné à lui-même ; pas d’abris et pas de greniers à fourrage ; il croît à la grâce de Dieu.
Les moutons européens, en nombre insignifiant, sont tous dans les fermes du Tell. La grosse masse du cheptel, dans la steppe, est toute entière entre les mains des seuls indigènes.
La production de la laine en Algérie ne dépasse guère en moyenne 100 000 quintaux, le vingtième à peine de la production australienne.
L’Algérie exporte du mouton de boucherie en quantités appréciables ; le chiffre oscille autour d’un million de têtes.
La Tunisie en 1925 a exporté 7 500 quintaux de laine, 60 000 moutons sur pied.
Le Maroc entre 1915 et 1920 a exporté entre 20 et 25000 quintaux de laine.
Ce sont des chiffres très au-dessous des possibilités et encore davantage des besoins de l’industrie française. L’administration en Algérie-Tunisie a fait des efforts pour améliorer la race et prévenir les crises de mortalité, mais cet effort a ses limites.
L’élevage sur les hauts plateaux, tant qu’il sera exclusivement dans les mains des indigènes, sera immuable. Voilà des hommes qui sont dépositaires de ce qu’il y a de plus ancien en matière de traditions. Ils gardent leurs bêtes avec des procédés de Jacob chez Laban.
On ne fait pas évoluer avec de bons conseils des hommes qui représentent la plus vieille civilisation du monde.
L’Algérie qui a près d’un million de colons cultivateurs n’a pas encore un seul « squatter » à l’Australienne.
L’épreuve et la contre-épreuve conduisent à la même conclusion. La baguette magique de transformation a été entre les mains de l’Européen.

LA PECHERIE
La conquête française a donné un grand essor aux pêcheries marines. Rien n’existait auparavant. Le Maghreb n’a pas d pêcheurs indigènes, sauf deux petits groupes qui présentent un simple intérêt de curiosité (sud de la Tunisie, région d’Agadir au Maroc). Cette indifférence totale aux choses de la mer est curieuse dans un pays qui a un si énorme développement de côtes. Mais les ports naturels font défaut et la plate-forme sous-marine est d’étendue très restreinte. Les corsaires Turcs, embusqués à Alger, étaient restés immuables à travers les siècles ; en 1830 ils étaient toujours des Turcs, parlant et sentant en Turcs, des marins étrangers. Ils n’ont jamais pratiqués ni a pêche, ni le commerce ; rien d’autre que la piraterie.
A part eux, en 1830, sur toute l’étendue immense des côtes algériennes, il n’y avait ni un pêcheur, ni un marin, ni un bateau indigène. C’est extraordinaire, mais c’est comme ça. La situation a été modifiée par la venue de pêcheurs espagnols et surtout napolitains dont beaucoup se sont fixés dans le pays. En Algérie : 10 000 inscrits maritimes en 1924 dont la moitié sont des naturalisés et dans cette même année, 160 000 quintaux de poissons.
La Tunisie en 1925, outre 157 869 quintaux de poissons, a exporté du corail (440kg), et des éponges (9 000 kg) La Tunisie au rebours de l’Algérie a une plate-forme continentale, ce qui explique son avance.


  • Source: CAHIERS DU CENTENAIRE DE L'ALGÉRIE - L'ÉVOLUTION DE L'ALGÉRIE de 1830 à 1930 (Livret 3 -Gautier)
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