TUNISIE Habitat

De 1830-1962 ENCYCLOPEDIE de L'AFN
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Au début du vingtième siècle en Tunisie, tout le terrain perdu par la tente a été gagné par la maison ou le gourbi. Ce dernier, dans les régions riches, tend à se perfectionner; les gourbis aux murailles de pierres taillées, ajustées, liées au mortier, remplacent volontiers les huttes en pierres sèches; le chaume, en maints endroits, cède la place à la toiture de toub en pente, avec gouttières pour l'écoulement des eaux qu'on recueille précieusement. On constate ainsi presque partout un progrès réel dans la construction de l'habitation. A Zaghouan, les indigènes habitaient autrefois sous la tente; depuis ils ont construit des gourbis, d'abord des kibs primitifs, puis des gourbis en pierre ou toub, enfin des maisons. Tout autour du Sahel, grâce aux plantations d'oliviers, progresse vers l'intérieur l'habitat dispersé sur des régions occupées naguère par les bédouins. Les fractions Metellit du caïdat de Mahdia se sont mises à planter des arbres et, conséquence immédiate, à construire des maisons.

L'habitation des sédentaires comporte deux types principaux: le gourbi et la maison. Le gourbi est par excellence la demeure des cultivateurs telliens. Il diffère de la maison en ce qu'il n'est jamais couvert d'une terrasse ou d'un toit de tuiles; il ne possède qu'une seule ouverture et une pièce non plafonnée. Cette définition, qui ne saurait être précisée davantage, montre que le mot gourbi s'applique à de nombreuses formes d'habitations, depuis la hutte en branchages jusqu'à la demeure relativement confortable qui rappelle les meilleures chaumières de France.

Ces catégories très différentes sont désignées par des noms spéciaux, mais qui ne s'appliquent pas toujours dans toutes les régions à des constructions identiques. Ainsi, le kib dans le Tell inférieur (Tunis, Zaghouan), est une habitation provisoire de branchages et de roseaux; dans la basse Medjerda et à Bizerte, c'est une demeure permanente avec murs de terre et toit de chaume; cette même construction s'appelle ailleurs maamra. Le bortal est une sorte de hangar en branchages pour le bétail.

La construction des gourbis dépend étroitement des matériaux de la région: les parois sont en branchages (zriba) dans la zone forestière, en pierres sèches ou liées par un ciment d'argile dans les pays calcaires, en toub (briques faites de terre argileuse et de paille) dans les plaines alluviales où la pierre manque. La charpente est en bois d'olivier tout tordu ou en perches rectilignes prélevées dans la forêt; le toit est en chaume ou en diss, parfois en bruyère ou en jonc. Les matériaux, les formes, les dimensions des gourbis peuvent se combiner à l'infini pour donner des types très divers qu'il n'est pas surprenant de rencontrer dans une même région. La maison rurale offre presque autant de variété que le gourbi. Dans les villages pauvres, nombre d'habitations sont intermédiaires entre le gourbi et la maison. Le dems (du latin domus) qu'on trouve dans les campagnes plus aisées (région de Béja), marque un progrès avec sa voûte en berceau et ses murs solides blanchis à la chaux. Dans les lieux où se sont installées les fractions kabyles et conservées les coutumes berbères (vallée de la Medjerda, Teboursouk), il n'est pas rare de rencontrer des toits de tuiles rondes.

La maison à terrasse, type normal de la maison indigène, est visible sur toute l'étendue de la Régence, mais n'affecte pas partout la même importance. A l'intérieur du Tell, on l'utilise concurremment avec les gourbis; dans la steppe, on ne la rencontre guère que dans les centres, tandis que sur tout le littoral oriental elle règne incontestablement, constituant les villages (dechra) et grosses bourgades échelonnés depuis Bizerte jusqu'à la frontière tripolitaine. Dans les oasis du Djerid, les maisons sont particulièrement soignées: construites en briques cuites, avec d'étroites ouvertures pour l'aération, elles témoignent d'un certain souci artistique par l'agencement original de leurs briques sur les façades et les murs des cours intérieures comme à Tozeur. Une construction particulière à l'Extrême Sud est la ghorfa, bâtisse voûtée à plusieurs étages. Ces ghorfas, rarement habitées, servent de magasins et de greniers: et leur ensemble, d'aspect typique, forme ainsi de véritables villages-magasins (Médenine, Métameur, Tataouine).

C'est aussi dans les djebels de l'Extrême Sud qu'on trouve la plupart des habitations troglodytiques de Tunisie: grottes taillées dans une falaise verticale, entre des bancs calcaires horizontaux, comme Chénini, ou sortes de terriers, aux chambres complexes, creusés dans un épais limon rouge, assez résistant pour ne pas s'ébouler, comme chez les Matmata. Certains de ces villages souterrains comptent plus de 2.000 habitants.

La maison urbaine tunisienne n'offre rien de particulier; mieux conditionnée, en général, que la maison rurale, elle a, comme celle-ci, des murs blanchis à la chaux, une terrasse épaisse, une cour intérieure, toutes précautions utiles contre la chaleur.

La tente accuse presque partout un recul marqué; dans le Nord (Kroumirie, Dakhla, Teboursouk) où l'on en comptait jadis des milliers, elle ne sera bientôt plus qu'un souvenir; de nombreuses tribus des hautes plaines la délaissent volontiers; dans l'Extrême Sud même, le rôle de la tente se modifie; beaucoup d'indigènes ne l'utilisent plus qu'en hiver et au printemps, quand ils se déplacent avec leurs troupeaux.

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