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Histoires Boufarik - Ville

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Morts Pour la France

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Boufarik Mausolée morts 14 - 18 (2).jpg


Patrie de la Mutualité

Par A.Froger, Maire, Conseiller général, Délégué financier (Boufarik 1930)

Boufarik n'a cessé depuis sa création de marcher de progrès en progrès vers un idéal de perfectionnement, en dépit de tous les obstacles qui sans cesse surgissaient sur sa route.
Tout le monde sait son origine difficile : tout le monde connait son histoire qui témoigne de l'audace et de l'énergie de ses fondateurs.
Les colons d'aujourd'hui ce montrent dignes descendants de ceux qui fièrement voulurent demeurer sur ce sol rebelle et meurtrier, montrant leur foi inébranlable dans les destinées d'un pays qui ne leur ménageait ni les difficultés ni les misères.
Aujourd'hui l'exemple donné à porté ses fruits.
Les grandes exploitations agricoles, les fermes modèles se sont multipliées
Toujours épris des idées et des réalisations nouvelles, les colons ont sans cesse prêté une oreille attentive aussi bien aux échos du progrès qu'à la voix de la solidarité et de la clarté
L'effort personnel, l'initiative particulière n'ont pas suffi à aider et à servir d'exemple.
Les colons, grands et petits, se sont groupés dans un même mouvement de mutualité. Avec une volonté tenace, ils ont fait naître tout un groupement de coopératives agricoles.
Cet élan, ils n'ont pas voulu le limiter au seul domaine de l'agriculture : ils l'ont étendu au domaine social. Leur œuvre de mutualité apparaît donc comme une réalisation complète assise sur des bases solides et indiscutables.
Nous allons étudier les différentes coopératives agricoles de Boufarik. Nous suivrons ensuite les mêmes créateurs dans leurs pensées généreuses de mutualité sociale. C'est ainsi qu'aux côtés d'une cave d'association pour la vente des agrumes et du géranium, d'un groupement pour le traitement des sous-produits de la vigne et de l'olivier, de tabacoop, de station expérimentale, de caisse agricole, nous verrons fleurir une banque populaire, une société d'habitations à bon marché, un asile de vieillards, un hôpital, une crèche, un cours d'apprentissage professionnel et de superbes écoles
L'œuvre est ainsi complète et se présente dans le cadre le plus large et le plus beau de la mutualité.

Voici d'abord par le détail le faisceau de la coopérative agricole :

Comice agricole

C'est au sein du comice agricole la doyenne des associations de la région, puisque sa fondation remonte à 1878, qu'ont pris naissance la plupart des œuvres de la mutualité et coopération agricole.
En dehors de toutes les créations, il a organisé à diverses époques des concours agricoles.
Pour satisfaire aux exigences de la loi du 21 mars 1884, le comice agricole s'est transformé en Syndicat agricole professionnel, le 25 janvier 1926.

Cave coopérative

La cave coopérative de Boufarik a été fondée le 18 janvier 1924 par 31 propriétaires-viticulteurs.
A l'heure actuelle, le logement total s'élève à 60 000 hectos et une récente augmentation de capital permettra encore de l'augmenter.

Coopérative des agrumes

La Société coopérative, fruits et légumes de la Mitidja a été fondée le 12 avril 1922 avec, pour projet, la vente en commun des agrumes, fruits et légumes provenant de l'exploitation agricole des adhérents.
Les mandarines et les oranges constituent la plus grosse partie de la production : en grosses années ou années moyennes, des centres d'emballage fonctionnent à Boufarik, Oued-el-Alleug, au Domaine Chris à El-Affroun et au Corso; en petite année, un seul centre à Boufarik.
La production de la prune japonaise croit d'année en année.

Coopérative d'essences à parfums

La coopérative des producteurs d'essences à parfums de la Mitidja a été créée en 1922 dans le but de développer la culture des plantes à parfums et particulièrement le "géranium rosa"
Les producteurs de cette essence ont songé à se grouper en coopérative. Vingt-neuf d'entre eux, représentant une superficie de plantes de 800 hectares produisant une moyenne de 20 000 kilos d'essence de géranium, ont constitué ladite société.
Leurs efforts ont été couronnés de succès : les plantations se sont développées et, grâce à la coopération, les prix de vente se sont maintenus rémunérateurs.

Distillerie coopérative

Cette coopérative a été fondée le 15 septembre 1925. Elle a pour but la mise en commun, en vue de leur traitement complet, des marcs et de tous autres produits et sous-produits de vinification ou de l'huilerie provenant des récoltes de ses membres.
Dès 1926, l'usine qui a été édifiée à cette fin a commencé à fonctionner avec 72 adhérents.
Indépendamment de l'alcool, certains produits étaient autrefois perdus pour les viticulteurs tels que : tartrate de chaux, huile de pépins, engrais, sont aujourd'hui traités, montrant la grande puissance de travail de l'usine.

Tabacoop de la Mitidja

Fondée le 1er décembre 1923 par la fusion des Docks coopératifs de la région d'El-Affroun et du Syndicat professionnel des planteurs de tabac de la région de Souma.
Elle possède à El-Affroun et à Boufarik des magasins importants.
Le nombre des adhérents n'a cessé de croitre, les planteurs de tabac se rendant de mieux en mieux compte que la coopération seule est capable de leur valoir de la part du commerce des prix suffisamment rémunérateurs. Cette coopération leur a valu ainsi de faire porter à 15% la proportion de tabac algérien entrant en France dans la confection des scaferlatis, proportion qui n'était autrefois que de 5%. 40% des planteurs de tabac de la Mitidja font aujourd'hui partie de la coopérative.

Électrification rurale

Créée le 20 avril 1928 sous le titre de « Société d'intérêts collectifs agricoles de Boufarik-Chebli », elle a recueilli 34 adhésions et à ce jour, 34 installations comprenant la première tranche de travaux terminés apportent ainsi dans les campagnes le bien-être et les avantages de l'électricité.

Station expérimentale d'arboriculture

Établie depuis 1927 sur un terrain de seize hectares, cette station est destinée à l'expérimentation des diverses espèces d'arbres fruitiers susceptibles d'être cultivés en Algérie et particulièrement dans la Mitidja.
Dès le printemps 1929, cinq hectares ont été complantés en bigaradiers qui ont été greffés en cours de l'année. Huit autres étaient occupés par les essences fruitières suivantes: néfliers du japon, pêchers, pruniers, pommiers, poiriers, plaqueminiers, caroubiers, jujubiers, grenadiers, goyaviers, cerisiers, cognassiers2 Une parcelle est réservée aux divers espèces d'osier.

En même temps furent préparées :

  • Une pépinière école
  • une école de taille et de greffage
  • Une collection d'arbres fruitiers destinés à former des pieds-mères.

Crédit agricole mutuel

La Caisse locale de crédit agricole mutuel fut créée le 25 juin 1925 au capital de 700 francs représenté par 28 parts de 25 francs chacune, souscrites par 14 adhérents. Après des débuts timides, elle s'est rapidement développée. Elle a participée à la création de puissantes coopératives notamment la Cave coopérative et la Distillerie coopérative.
Au 31 décembre 1928, elle comptait 118 adhérents souscripteurs d'un capital de garantie mutuelle s'élevant à 524 575 francs pour atteindre 796 850 francs au 30 septembre 1929.
Elle a acquis, fin 1926, un immeuble situé au centre de Boufarik, la « Maison du colon »
Une caisse régionale de crédit agricole mutuel, fondée le 11 mars 1929 au capital de 67 500 francs souscrit par 31 adhérents, fonctionne effectivement depuis le 1er juillet 1929 sous le dénomination de « Crédit régional agricole de Boufarik ».

Assurances mutuelles

Les assurances mutuelles ont connu un développement rapide. Pratiquées dès 1925 par la caisse locale, le montant des primes encaissées s'est élevé à 26 000 francs environ pour 1925 et à 51 000 francs pour l'année 1926.
Dès le 1er janvier 1927, était fondée la caisse régionale d'assurances mutuelles « Boufarik Assurances », et la progression des primes s'accentuait encore davantage, passant de 136 803,63 francs en 1927 à 276 828,79 en 1928, pour dépasser largement 300 000 francs pour l'exercice 1929. Ces résultats se passent de commentaires.
Nous allons voir maintenant, à côté de cet effort agricole et économique, un autre effort social se développer qui vient parachever l'œuvre d'une mutualité bien comprise.

Habitations à bon marché

« ma petite Maison », Société d'habitations à bon marché, a été fondée le 2 juillet 1925 et approuvée par arrêté ministériel du 27 novembre de la même année.
Les organisateurs ne se sont pas laissé décourager par de multiples difficultés qui leur barraient la route et sont parvenus à réunir 30 actionnaires-locataires et 30 actionnaires simples.
Grâce surtout à l'aide efficace de la municipalité et du conseil municipal tout entier, une première tranche comprenant douze maisons a été réalisée.

Banque populaire

La banque populaire de la Mitidja, créée le 14 juin 1928 par les dirigeants des œuvres de mutualité agricole, est venue compléter leurs pensées en étendant ses avantages aux industriels, aux artisans et aux commerçants.
Son capital est successivement passé de 1 800 francs à la fondation de la Banque populaire à 40 600 francs le 1er octobre 1928, à 78 600 francs le 31 décembre suivant et à 217 600 francs le 30 septembre 1929.
A cette date, le chiffre des effets escomptés était de l'ordre de 3 538 763,15 francs et celui des dépôts à vue et à terme atteignait 2 339 066,74 francs. On sait ce qu'il advint par la suite.

Cours d'apprentissage

Le 1er janvier 1927, une classe de préapprentissage a été annexée à l'école primaire publique des garçons de Boufarik.
Cette œuvre nouvelle servait de transition entre l'école et l'atelier; elle était en même temps un cours d'instruction pratique, une classe d'orientation professionnelle et une école de préapprentissage.
Elle s'inspirait uniquement des besoins pressants de l'artisanat et n'avait d'autre but que de procurer le bien-être à ses élèves en en faisant de bons ouvriers et de futurs contremaîtres.
L'effectif comptait 15 élèves en 1927-28- et 25 élèves en 1928-29.
Enfants Européens et Indigènes suivaient ces cours.
Les élèves sortis étaient placés chez les industriels et les patrons de la localité. Ils donnaient entière satisfaction, prouvant ainsi que les organisateurs avaient vu juste quand ils avaient réalisé cette œuvre.

Hôpital

Le texte en italique est extrait de "Notre enfant l’Algérie" de Jean Vignaud 1947

C’est le 28 juillet 1830 qu’une colonne militaire, sous les ordres de Bourmont, découvrit l’emplacement de la future cité de Boufarik … Les blessés et même, hélas, les morts s’ajoutèrent chaque jour aux malades terrassés par la fièvre ou la dysenterie. Il fallut installer (en 1835) en dehors du camp, dans un baraquement en planches, une ambulance pour les Français et les indigènes ; celle-ci était dirigée par le Docteur Pouzin, vrai médecin de colonisation (qui faisait régulièrement le trajet seul et à cheval entre son ambulance de Douéra et Boufarik) … et par (3 religieuses conduites par) la propre sœur du baron (Antoine Etienne Augustin) de Vialar (Emilie, fondatrice de la congrégation des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, sera canonisée par l’Eglise) … C’est grâce à sa générosité (du baron de Vialar) que l’ambulance disposa bien vite d’un personnel important composé d’un infirmier, d’une infirmière, d’un interprète et de 2 petits Arabes de 13 à 14 ans qui servaient d’aides au médecin pendant ses consultations … comme le Gouverneur Général ne disposait pas de crédits pour l’ambulance de Boufarik, le baron de Vialar partit pour la France avec un appel à la charité publique rédigé de sa main … les dons en argent affluèrent … Ces colons squelettiques, aux traits ravagés, au teint verdâtre, quand on les voyait passer dans les rues d’Alger, on se détournait d’eux en disant : « Voilà des visages de Boufarik. »Chez les marchands de goutte de Boufarik, quand un client demandait « une consommation », sans préciser davantage, tout le monde savait ce que signifiait, dans l'argot local, cette expression humoristique : un cachet de quinine. L’ambulance de Boufarik ne survécut malheureusement pas à la reprise de la guerre contre Abd el Kader, en octobre 1839. Le baron de Vialar quant à lui décède le 18 août 1868 à Alger à l’âge de 69 ans.

Il existait autrefois à Boufarik un modeste hôpital qui était loin de répondre aux nécessités d'une population qui sans cesse grandissait.
Le conseil municipal, en 1929, construisit un établissement hospitalier répondant aux exigences modernes.
Spacieux et hygiénique, l'hôpital peut donner asile cent malades. A ses côtés, un asile de vieillards groupe charitablement les vieux du pays, permettant à ceux que la fortune n'a pas favorisés de finir calmement leur existence dans le milieu où ils ont vécu, parmi leurs parents et leurs amis.

Crèche

Si les animateurs de tout ce mouvement charitable ont pensé à ceux qui ont usé leur santé ou leur existence, ils n'ont pas oublié les faibles, les enfants, en organisant une crèche. Les jeunes pensionnaires y sont menés tous les matins. On leur donne le déjeuner, le repas de onze heures et le goûter. A six heures, les parents viennent les reprendre.
C'est ainsi que les mères de famille peuvent travailler le jour, certaines de savoir, leurs gosses bien soignés et à l'abri de tous les accidents.
Ce petit établissement, coquet et pimpant, respire la santé et , avec sa population de joyeux babillards, ajoute à l'ensemble des institutions sociales la note la plus fraîche et la plus réconfortante.

Les écoles

Boufarik est dotée d'écoles modernes : école primaire supérieure, école de garçons, école de filles et une école maternelle construite avec tout le raffinement du confort.
A côté de ces écoles, nous ne devons pas oublier l' Association des anciennes et anciens élèves qui propagent les œuvres scolaires et postscolaires avec un dévouement inlassable, telles que soupes pour les élèves habitant les fermes éloignées des écoles, secours de tout genre pour les malheureux, cours du soir, conférences etc. ...
Nous venons de brosser rapidement le tableau des institutions sociales
Voici le programme complet réalisé par les mêmes hommes dont le souci n'a pas été que de forger une armature agricole et sociale qui puisse résister à toutes les tempêtes.
La population boufarikoise est calme, robuste et travailleuse. Le riche cultivateur se rencontre tous les jours, pour l'accomplissement de la même tâche, avec l'artisan et l'ouvrier. Ceux-ci savent qu'ils peuvent compter sur ceux-là n'oublient pas que c'est le bon patron qui fait le bon ouvrier. N'est-ce pas la plus belle conception de la vraie démocratie ?
Dans une atmosphère de labeur et d'entente cordiale, Boufarik prospère et grandit chaque jour à l'ombre de cet édifice de mutualité dont elle peut être fière.

  • Texte de Amédée FROGER 1930 Maire de Boufarik paru en janvier 1983 dans l'écho n°24 : Spécial Boufarik (Organe de l'Union des Amicales Varoises)