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ALGERIE DOCUMENTATION LIEUX JEMMAPES

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JEMMAPES

La petite ville de JEMMAPES se trouve à 32 km de PHILIPPEVILLE, 91 km de CONSTANTINE,

69,5 km de BÔNE, et 59 km de GUELMA.

Une ordonnance royale du 14 février 1848, prélevait 2850 hectares de terre sur le pays des Beni-Mehanna, dans la vallée de l'Oued FENDECK, pour y construire un centre de colonisation pouvant recevoir 120 familles.

La révolution éclatait 10 jours après la publication de cette ordonnance, mais l'Assemblée Nationale votait cependant les crédits nécessaires à cette création en septembre 1848. Le Gouvernement ayant décidé d'envoyer quelques éléments turbulents de la population parisienne, coloniser l'Afrique, une première liste de volontaires comprenant 800 personnes fut dressée. L'enthousiasme était grand. Chaque colon devait recevoir de 9 à 10 hectares et pour des ouvriers parisiens, cette superficie semblait prodigieuse. Le village s'appelait tout d'abord "VILLAGE DU FENDECK".

Le général Bedeau en 1846, avait signalé à la Commission du peuplement, cette plaine fertile, aux terres riches, véritable noeud de routes à destination de PHILIPPEVILLE, BÔNE, GUELMA et CONSTANTINE.

Les ruines importantes qui existaient, démontraient que les Romains, bons juges en matière de colonisation, avaient dû créer, dans cette vallée de l'Oued FENDECK, une colonie florissante. Le général BEDEAU songeait à reprendre la tradition des Légions Augustiennes et à réserver ces terrains aux vieux soldats libérés et à leurs familles de France.

Le général BEDEAU eut contre lui toutes les administrations. Le décret royal du 10 mars 1848, donna le nom de JEMMAPES au centre préconisé. Le général n'attend pas et met aussitôt le service du Génie au travail. L'enceinte fortifiée de JEMMAPES est construite : deux puits sont creusés.

L'Assemblée Nationale ayant décidée la création de Colonies agricoles, JEMMAPES est compris dans cette décision.

Une savante propagande fut alors faite dans les faubourgs de PARIS. Tous les esprits aventureux subirent le mirage de cette terre d'Afrique, que nos soldats venaient de pacifier, et où les récoltes étaient abondantes, la culture facile en terrains vierges, et la fortune assurée avec le moindre effort.

De nombreux ouvriers réalisèrent leurs capitaux, vendirent leurs meubles et les souvenirs de famille, pour pouvoir voler vers ce paradis barbaresque. Ces futurs colons furent donc rassemblés devant le Jardin des Plantes et s'embarquèrent sur des chalands.

La foule était nombreuse. Les drapeaux claquaient au vent, le canon tonnait, il ne manquait rien à cette fête du peuple, pas même le discours d'un membre du Gouvernement. Les bateaux pavoisés partirent au fil de la Seine aux cris frénétiques de "Vive la République". La caravane nautique recevait partout un accueil délirant remontant le courage de ceux, en particulier les femmes, qui trouvaient pénible et aventureux un pareil voyage. Au bout de quelques semaines on parvint à PORT-VENDRES et l'embarquement se fit aussitôt sur un grand voilier.

La traversée dura 10 jours, le débarquement eut lieu à STORA. L'arrivée à PHILIPPEVILLE quelques heures après fut triomphale, toute la population y compris l'armée, la magistrature, le clergé, attendait les Parisiens. De beaux discours furent encore prononcés, la troupe défilait. Puis ce fut le logement à la caserne des Isolés qui existent encore à PHILIPPEVILLE, et l'attente d'une formation de convoi pour se rendre sur les terres concédées.

Cette attente fut longue : un mois.

Cependant le service du Génie ne restait pas inactif. Des prolonges du train des Équipages transportèrent les 235 familles parisiennes au village, qui n'était marqué que par une belle enceinte toute neuve, mais sans maisons, ni abris. Des tentes marabouts, sont dressées et chaque famille s'y installe tant bien que mal. Le capitaine commandant le camp partage la besogne entre tous les hommes valides : Deux fois par semaine par équipes, ils sont employés à la construction des maisons, des routes, et des travaux d'adduction des eaux du Djebel Saifa, trois puits sont creusés. 84 maisons jumelles, 73 maisons séparées, des fontaines, un abreuvoir, des édifices publics sont ainsi édifiés, un canal de dérivation des eaux de l'Oued FENDECK est également creusé pour l'irrigation des jardins.

Chaque colon reçoit un lot urbain de 1200 m², et des parcelles de terres de 8 à 15 hectares. On réserve 100 hectares de communal, 10 lots de 100 hectares destinés à la vente à des sociétés ou des capitalistes, et 40 lots de 12 hectares pour récompenser les militaires libérés. Les femmes se mettent au travail : Une escorte de soldats les encadrent lorsqu'elles vont laver leur linge à l'Oued FENDECK. L'autorité militaire, distribue, chaque jour comme à ses soldats, des vivres de campagne, du vin et de la quinine.

Ces distributions, les jours de mauvais temps étaient quelques fois défectueuses et durant l'hiver de 1848-1849, le ravitaillement ne put se faire : les colons de JEMMAPES connurent la faim pendant quelques jours

Ces travaux, cette misère physique, les accès de fièvre, découragèrent de nombreux parisiens. Aucune route n'existait pour se rendre à PHILIPPEVILLE. On suivait une piste qui longeait les ravins, et les mulets ne pouvaient porter en cacolet que deux personnes.

Une escorte militaire était nécessaire. La brousse qui s'étendait à perte de vue était peuplée de grands fauves, qui n'étaient pas plus féroces cependant que les bandits indigènes toujours à l'affût d'un pillage ou d'un assassinat.

Cette vie douloureuse était bien faite pour désespérer ces Parisiens déracinés. Aussi dès 1849, 50 familles demandèrent à être rapatriées.

On prélevait alors, pour remplacer les partants, un nombre égal de personnes parmi les colons de la région de Bône décimés par les fièvres paludéennes.

On construisit un four banal et un magasin de réserve pour éviter, en cas d'inondation, la famine.

Le Capitaine COUSTON voulant traverser l'Oued FENDECK fut entraîné par les eaux et noyé. Le Gouvernement comble les vides, les parisiens sont remplacés par des paysans du Sud-Ouest de la France, mais une épidémie de choléra, cette même année, fait 124 victimes. En 1852, une autre épidémie achève le désastre.

On fait appel alors à des agriculteurs de la FRANCHE-COMTÉ. Une école, une Église, une infirmerie en planches sont construites.

L'Administration distribue une charrue et 2 bœufs, pour deux colons, une voiture pour 4, une vache par famille et de la semence, malgré cela le peuplement de 1848 à 1852 continuait à souffrir, si bien qu'en 1856 la majeure partie des colons fut rapatriée dans un état lamentable, laissant dans le cimetière de la colonie agricole les êtres les plus chers. Les 2/3 des colons avaient succombé sans avoir mis leur lot de terrain en valeur.

En 1858, dix ans après, la plupart des Parisiens ont cédé leurs terres à des voisins plus robustes et sont partis. Il ne reste qu'un petit nombre d'agriculteurs de métier qui après avoir lutté contre l'envahissement de la brousse, les bêtes fauves, les pillards indigènes, la malaria, se sont taillés une propriété qui leur permet de vivre.

Ils ont fait souche, et de nombreux habitants de JEMMAPES sont les fils heureux de ces ancêtres admirables. Ils ont conservé leurs vertus tenaces et leur endurance au travail. Par décret du 22 juin 1857, JEMMAPES est érigé en commissariat civil, avec une commission municipale de 12 membres et en 1867, en commune de plein exercice.

Les premiers commissaires furent MM. FENECH, TOUPÉ, FOURNIER et d'AURIBEAU. M. d'AURIBEAU est le premier maire, ses successeurs furent MM. KAYSER, de LANNOY, L. DENIS, MERLE et PERNEY. Pendant cette période, le village fut organisé. Un hôpital, une caserne de gendarmerie, la Mairie, la conduite d'eau de l'Oued FENDECK, puis le captage et la conduite d'eau des sources de l'AÏN SAIAFA attestèrent le travail de ces municipalités. C'est M. de LANNOY qui fit extraire en 1865 de la carrière du Djebel EL OUST, un monolithe de gré. Ce bloc imposant avait 8 mètres de longueur. Placé sur un chariot spécial il prit péniblement la direction du port de PHILIPPEVILLE : mais devant les difficultés d'embarquement et ses dimensions, aucun Capitaine de navire ne voulut le transporter. Le chariot revint donc à JEMMAPES.

M. de LANNOY étant décédé par la suite, la municipalité décidait que ce monolithe serait dressé sur la place de JEMMAPES comme hommage à la mémoire du défunt. Primitivement, le piédestal avait quatre bouches qui déversaient un jet d'eau dans un bassin. Depuis, la canalisation fut coupée, le bassin enlevé. Il reste simplement un obélisque portant l'inscription :

En 1883, encouragés à planter de la vigne, les colons se mirent à créer des vignobles. Les banques ouvraient largement leurs caisse : quelques années heureuses récompensaient déjà les viticulteurs lorsque le phylloxera fit son apparition. Il fallut arracher toutes ces vignes, espoir de l'avenir et les colons furent ruinés. Une cinquantaine de familles expropriées quittèrent la région. Les vignobles furent reconstitués plus tard avec des plants américains et la fortune pour les uns, l'aisance pour les autres, vinrent récompenser les efforts inlassables de ces travailleurs de la terre.

Les indigènes ont appelé JEMMAPES El AZABA, le nom est tiré de la racine El Azib "Le camp" qui rappelle l'origine militaire de la colonie agricole.

Texte d'Emile Ledermann (janv 1935) paru sur le site de Marcel-Paul Duclos


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