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Barrage - Sig

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LE BARRAGE DU SIG (=petit barrage de SAINT-DENIS-DU-SIG), sur l'Oued Mekerra, à 2 km au S de Saint-Denis-du-Sig

C'est un barrage-poids construit en 1846 et surélevé en 1858, finalement victime de la crue anormale provoquée par la rupture du barrage des Cheurfas, dont il sera parlé plus loin (8 février 1885). Toutefois l'emplacement qu'il occupait et sa construction ont une histoire digne d'être rappelée.

La première étude retrouvée date du 4 novembre 1843. Elle est due à un capitaine du Génie de Mascara dont le nom n'est plus connu, qui fit, semble-t-il, la première reconnaissance à la fin de l'été 1843 et fut frappé par la description qu'un vieux caïd lui fit de la prospérité passée de la région du Sig lorsque le barrage turc existait. Son rapport enthousiaste est probablement à la base de la reconstruction de ce barrage. En mai 1844, le Capitaine DE VAUBAN, Chef du Génie d'Oran, reprenait la question et dressait le projet d'un barrage-poids rectiligne de 9 m de hauteur et de 9 m d'épaisseur alors que, dans le premier rapport, il est dit: On cintrera aussi le barrage vers l'amont, attendu qu'on lui donnera ainsi toute la stabilité que reçoit une voûte de la résistance indéfinie de ses pieds-droits. Il est regrettable que ce précurseur des barrages-voûtes n'ait pas été suivi ici, et ailleurs pendant longtemps. Le projet du Capitaine DE VAUBAN, remarquable par sa présentation, fut approuvé et réalisé. On trouve dans son rapport un exposé des motifs extrêmement détaillé et dont nous reproduisons quelques paragraphes.

Le point où l'Oued Sig quitte les montagnes pour pénétrer dans la plaine est réellement extrêmement remarquable. Après avoir parcouru une vallée de 100 m environ de largeur dans un direction à peu près O-E, le Sig tourne brusquement au N, et se trouve tout à coup resserré entre deux rochers séparés l'un de l'autre par un intervalle moyen de 30 à 35 m sur une largeur de 50 m, sans qu'il lui soit possible d'éviter ce défilé, et sans qu'on puisse sans des travaux immenses lui donner une autre issue.

Ce point est donc bien ainsi que l'ont appelé les Arabes: la porte des eaux de la plaine; c'est bien là où tous les possesseurs du Tell ont fixé la place du barrage. Ces énormes blocs de roche plus dure que les grès, que les eaux ne peuvent ni dissoudre ni tourner, sont les points d'appui naturels du mur de soutènement des eaux; c'est contre eux qu'il doit s'arc-bouter, c'est dans leurs flancs qu'il doit s'incruster. Ils sont absolument nécessaires pour mettre à l'abri des affouillements latéraux qui ne laisseraient pas, au barrage que l'on essayerait ailleurs, une année d'existence.

Je ne pense pas que l'opinion contraire puisse se soutenir, si on réfléchit que la tranche d'eau qui passera par-dessus la crête de l'ouvrage sera quelquefois de deux mètres.

Les anciens avaient parfaitement compris cette nécessité d'appuyer aux flancs des roches les extrémités de leur ouvrage. Les trois barrages dont les ruines gisent encore sur le sol le démontrent suffisamment. Nous ne saurions affirmer toutefois si ces trois barrages sont les seuls qui aient été construits en ce point. Il est certain que la plaine du Sig, et le point du barrage en particulier, avaient fixé l'attention des Romains, de ce peuple éminemment agriculteur et si habile à augmenter, par des travaux d'art empruntés à une industrie d'un style simple et grandiose, les richesses du sol conquis par ses armes.

Il existe dans le voisinage du barrage, sur le flanc de cette montagne aujourd'hui sillonnée par nos mines, des ruines romaines considérables; nos explorateurs les ont reconnues pour celles de l'antique Quiza (Municipum), ville mauritaine qui devint romaine et fut érigée en municipe sous le règne de Juba II, avant-dernier souverain indigène de ces contrées.

Quiza au Ve siècle de l'ère chrétienne comptait au nombre des évêchés de la Mauritanie césarienne et resta romain au moins par les moeurs jusqu'à la fin du VII° siècle, époque de l'invasion arabe, ainsi que le démontrent les pierres tumulaires trouvées dans les ruines des trois anciens barrages.

Enfin tout nous porte à croire que le Sig n'est autre chose que le Flumen sigum, révéré des anciens comme une divinité; une inscription trouvée à une lieue en aval des barrages, au pont construit par l'Artillerie, permet encore de lire ces mots:

GENIO FLUMINIS NUMINII COLONIA SACRUM.

Tous ces débris ne seraient-ils pas à leur tour les débris d'un ancien barrage construit par les anciens habitants de Quiza, à l'époque où cette ville indigène, comme son nom l'indique, se colora des institutions et des moeurs romaines?

... Le dernier barrage, le seul dont nous puissions parler aujourd'hui avec certitude, avait environ 10 m de hauteur au-dessus du lit de la rivière, sur une épaisseur de 10 m. Il était construit uniquement en béton, formé de cailloux concassés; ce béton, moins bon que celui du second barrage, est pourtant suffisamment résistant; le mortier paraît avoir été fait avec de la chaux grasse simplement et le sable rouge et très fin du pays. La difficulté, ou le prix de l'extraction, a fait sans doute qu'au lieu de la pierre de rochers, on s'est servi des cailloux de la rivière.

En résumé les éléments de ce travail étaient bons et ce n'est point aux matériaux qu'il faut reprocher le peu de durée de cette construction.

Il faut attribuer la rapide destruction de cet ouvrage à l'absence complète de fondation; les eaux, par leur chute sur les graviers, ont produit des affouillements que l'on aperçoit encore aujourd'hui. Si les constructeurs de cet ouvrage eussent placé en aval des enrochements dont les anciens paraissent avoir ignoré complètement l'usage et l'efficacité, sa chute eût été au moins reculée; mais le barrage une fois construit sans enrochements, les Arabes ne s'en sont plus occupés; les premiers affouillements produits, on n'y a pas remédié, on aurait voulu qu'on n'aurait peut-être pas pu, faute de s'être ménagé la possibilité de vider le bassin d'amont; et l'ouvrage a été emporté au grand désespoir des populations algériennes.

Il s'agit aujourd'hui de rendre à cette plaine immense le principe de fécondité qu'elle a perdu, et d'en faire le grenier de la ville d'Oran; il s'agit non seulement de rendre aux tribus arabes une prospérité si vivace encore dans leurs souvenirs, il faut créer en ce point, milieu de la route de Mascara à Oran, un centre de population européenne. Déjà, sur la foi du barrage, de nombreuses concessions sont demandées, et il n'est point d'établissement agricole qui se présente sous de meilleurs auspices

Ce barrage, construit par le Service du Génie et terminé en 1845, avait 40 m de longueur en crête, 9 m de hauteur au-dessus de l'étiage d'aval, et 9 m d'épaisseur. On espérait pouvoir le fonder sur le rocher dans le lit même de la rivière, mais cet espoir a été déçu, et on a dû se contenter d'encastrer le barrage sur une hauteur de 5 m dans le banc de gravier qui constitue le fond de la rivière. Une crue survenue le 10 janvier 1848 causa quelques dommages au barrage et démontra la nécessité de le protéger fortement contre les affouillements. On se décida à raccorder la crête du barrage avec le fond de la rivière en aval au moyen d'un massif de gros enrochements et de blocs naturels recouvert à sa partie supérieure par un glacis maçonné incliné à 4 de base pour r de hauteur.

Le 31 juillet de cette même année avait lieu une inspection par l'Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées THÉNARD, envoyé en mission en Algérie. Celui-ci constatait que, sous réserve de la bonne exécution de la fondation, le barrage devait tenir et représentait une très belle réalisation, et sa conclusion était: Tel qu'il est, le barrage du Sig est un travail remarquable. Il produira et a déjà produit un grand effet moral dans le pays’‘.

Mais, dès 1856, le développement pris par Saint-Denis-du-Sig nécessitait la construction d'un barrage régulateur.

Laissons parler l'Ingénieur MOLLARD qui, dans son rapport du 29 décembre 1856, s'exprime ainsi: Le barrage dont nous avons dressé le projet a pour objet de retenir et d'emmagasiner les crues d'hiver de la rivière du Sig et de les conserver pour les cultures d'été.

Après avoir décrit le barrage existant, il ajoute: Depuis l'eau a acquis une grande valeur: aujourd'hui ce ne sont plus ni les bras ni les terres qui manquent, c'est l'eau.

Et il poursuit: En 1846, après l'exécution du barrage, on circonscrivit autour du village de Saint-Denis-du-Sig une zone d'environ 1.500 hectares, on l'allotit et on en fit la concession. Le genre de culture fut tel qu'on n'utilisait pas toute l'eau même à l'étiage, et dans les années qui suivirent, à deux reprises différentes, par suite de l'accroissement de la population coloniale, les limites de la zone déclarée irrigable furent étendues au point qu'elle contient aujourd'hui près de 7.500 hectares.

Pendant ce temps et depuis, la colonisation a progressé; de nouveaux centres se sont établis à l'amont le long du Sig, et en prenant leur part des eaux, ont diminué ce qui en arrivait dans la plaine. Les cultures industrielles, le tabac, le coton, la garance et autres, inconnues dans les premières années de la conquête, ont été importées en Algérie et y ont pris une extension surprenante. De sorte qu'aujourd'hui, si l'on peut arroser l'hiver une fraction suffisante de la zone d'irrigation, ce qu'on peut en arroser pendant l'été est tout à fait au-dessous des besoins et des moyens, autres que l'eau.

Il fut donc décidé de surélever le barrage existant de 6,50 m tout en conservant l'épaisseur de 9 m à la base. On obtenait ainsi une réserve de 3,4 hm3. De chaque côté du barrage fut établi un déversoir de trop-plein. Bien entendu, on ne se préoccupait nullement à l'époque du problème de l'évacuation des crues réelles, bien que le Capitaine du Génie DE BAYSSELANCE ait signalé, dans son rapport du 16 janvier 1848, la crue des 10 et 11 janvier 1848 qui avait déversé avec une lame de 2 m sur le barrage ancien. Dans la présentation à l'administration supérieure, l'Ingénieur en Chef Aucour dit simplement: ‘’Deux déversoirs, l'un de 10 m, l'autre de 18 m de longueur, servent à évacuer les eaux qui viendraient à dépasser le niveau supérieur du réservoir, les eaux traversant les déversoirs tombent sur un sol composé d'une roche très dure complètement inattaquable’’. Le 31 décembre 1857, l'Ingénieur MOLLARD recevait copie de la décision l'autorisant à commencer les travaux. Ceux-ci furent exécutés rapidement en 1858.

Le projet comprend un mur en maçonnerie hydraulique établi directement sur l'ancien barrage du Génie. Il a 16,50 m de hauteur, 9 m d'épaisseur à la base et 5,43 m au sommet; sa longueur à la partie supérieure est de 97,37 m. Il est encastré très fortement dans le rocher des deux rives. Deux déversoirs, l'un de 0,50 m sur la rive droite, l'autre de 32,27 m sur la rive gauche, servent à évacuer les eaux qui viennent à dépasser le niveau supérieur du réservoir fixé à r m au-dessous de la crête du barrage. Les eaux passant sur les déversoirs tombent sur un sol formé d'une roche très dure complètement inattaquable.

Dès 1866, des fuites importantes atteignant 400 1/s à barrage plein furent signalées. Fondé sur des terrains hétérogènes et généralement tendres (grès à peine consolidés du Pliocène ancien), fortement redressés, mais plongeant vers l'aval, le barrage ne pouvait être étanche; en 1869, le 8 juillet, l'Ingénieur ordinaire, constatait:

Sur la rive droite les fuites d'eau se produisent sur toute la hauteur des berges, leur débit a dépassé quatre cents litres à la seconde; il varie bien entendu avec la hauteur de l'eau emmagasinée dans le réservoir; il doit exister de véritables petits canaux dans l'intérieur de la montagne vu qu'on voit à l'aval l'eau sortir sur divers points en forme de jets d'eau ayant de 0,20 m à 0,30 m de hauteur.

... Comme on avait remarqué que les fuites se produisaient sur une longueur de 4o m environ à partir du barrage, nous exécutâmes en 1866 sur cette partie ('), un revêtement en béton séparé par des gradins en maçonnerie analogue à celui qui a été fait au barrage de Montaubry (Canal du Centre).

Ce revêtement arrêta les fuites pendant quelque temps, mais par mesure d'économie il n'avait pas été prolongé assez, les fuites se reproduisirent en amont; actuellement pour arriver à un résultat à peu près certain, il faut prolonger ce revêtement jusqu'aux marnes blanches de l'étage sahélien (partie supérieure du terrain tertiaire moyen) qui se trouvent à roc) m environ de l'extrémité du revêtement exécuté; nous nous occupons de dresser le projet de ce travail qui pourra être exécuté pendant les mois d'octobre et de novembre prochains si le Syndicat du Sig consent à payer la dépense qui s'élèvera au moins à vingt mille francs

Le revêtement préconisé fut exécuté; son résultat fut nul, comme le montre le rapport du 6 janvier 1870:

Après l'achèvement des revêtements exécutés cette année sur la rive droite du barrage, j'avais recommandé d'observer très attentivement la hauteur de la retenue d'eau à partir de laquelle les fuites reparaîtraient.

Lorsque le niveau de l'eau est arrivé à la cote 7,16 m, un petit suintement s'est déclaré contre le barrage dans les rochers à la cote 4,00 m environ.

Quand l'eau est arrivée à la cote 7,5o m, ces suintements ont donné lieu au même endroit à deux petites fuites presque insignifiantes.

Les deux fuites sont restées les mêmes jusqu'au 31 décembre à 3 h du soir, quoique l'eau du réservoir ait atteint la cote 13,4o m. A ce moment un roulement sourd s'est fait entendre et toutes les fuites ont reparu subitement avec un débit de 280 1 à la seconde.

Hier, 5 janvier, le niveau de l'eau était à 14,10 m, il continuait à monter quoique toutes les vannes fussent ouvertes; les fuites n'augmentent pas.

Enfin en 1871, un revêtement total de la rive droite fut entrepris et exécuté pour une somme égale au 1/5° du prix de construction de l'ouvrage. Les fuites furent réduites à quelque vingt litres par seconde.

En septembre 1876, un rapport officiel appelle l'attention sur l'envasement:

La construction du barrage a permis d'utiliser pour les irrigations de la plaine du Sig un volume d'eau variable selon que les hivers sont plus ou moins pluvieux, mais qui atteint en moyenne 14.000.000 m3 par an et de porter à 6.857 ha la zone des terrains arrosés; elle a changé de fond en comble l'aspect du pays, et lui a donné la salubrité qui lui manquait et une prospérité dont la province d'Oran offre peu d'exemples.

Malheureusement la capacité du réservoir diminue chaque année par suite des envasements et elle n'est plus suffisante pour retenir toutes les crues d'hiver; des observations faites régulièrement depuis la construction du barrage ont permis de reconnaître que 10.000.000 m3 d'eau vont se perdre à la mer tous les ans sans profit pour l'agriculture. De là, la nécessité de construire un barrage en amont du premier qui permettra de retenir toutes les eaux d'hiver et d'augmenter tout à 1a fois la zone des terrains irrigués et le volume d'eau distribué pour les arrosages d'été. Telle est l'étude qui s'impose actuellement au Syndicat des Eaux de Saint Denis-du-Sig et à l'administration supérieure qui a toujours pris en main le développement des travaux destinés à assurer la prospérité générale du pays.

Les barrages construits en amont furent celui de Tabia (digue en terre qui n'a pas laissé de traces), qui fut emporté par une crue de la Mekerra, et celui des Cheurfas, dont on parlera par ailleurs.

Les déversoirs du barrage du Sig étaient très insuffisants; ils permettaient d'évacuer une crue d'environ 100 m3 /s sans dégâts. Or, nous connaissons (hiver 1947-1948) une crue de plus de 750 m3/s à cet emplacement. On donnera les caractéristiques de la rivière au début de l'article sur le barrage des Cheurfas.

Mais on retient de cet historique détaillé et imagé que les premiers constructeurs se mirent à l'oeuvre dès après la pacification du pays avec une foi remarquable et une claire conscience des possibilités de mise en valeur par l'eau; ils ne tardèrent pas à se trouver aux prises avec des difficultés considérables: défaut d'étanchéité des appuis et engravement rapide de la retenue. Contre les premières, ils luttèrent avec des moyens techniques rudimentaires, mais avec une persévérance louable qui les mena, provisoirement au moins, bien près du but. Pour obvier aux conséquences de l'engravement, ils n'hésitèrent pas longtemps à concevoir la nécessité de construire d'autres barrages, malgré les déboires obtenus: l'oeuvre humaine de mise en valeur était commencée 'et portait déjà des fruits; il fallait arriver, non seulement à la sauvegarder, mais encore à la développer, quelle que soit l'importance de l'effort à envisager. Les anciens occupants de la contrée n'avaient-ils pas, d'ailleurs, donné l'exemple ?...

Carte Oranie'
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