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Histoires Thiersville - Ville

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La vie sportive à Thiersville de 1920 à 1962

Thiersville s'étalait fièrement sur les panneaux indicateurs aux différentes entrées du bourg. La formule était incomplète car Thiersville était aussi le village le plus sportif d'Oranie des années 1920 à 1960. Ses enfants se distingueront sur tous les terrains de sport : en Afrique du Nord bien sûr, en France et même en Europe pour le plus réputé d'entre eux : l'abbé Koeger, fondateur de l'Union Sportive Thiersvilloise ; sa vocation lui permit de communiquer, outre sa foi aux catholiques, l'amour du sport et des efforts à toutes les communautés du village.

La Grande Guerre 1914-1918 est terminée depuis peu. Une vingtaine de jeunes n'est pas revenue des tranchées de Verdun. Pour perpétuer leur souvenir, Maria Blaya et Bébé Nourrigat se dévouent sans compter pour organiser des galas de danses ou des concerts dont les bénéfices serviront à financer une stèle. Un monument aux morts est bientôt érigé sur l'emplacement symbolique du premier puits du village creusé par les pionniers.

L'association de deux hommes

La vie reprend son cours et la nouvelle génération est avide de loisirs. Deux héros de la guerre vont s'allier pour lui procurer de la joie à travers les joutes sportives. Le premier, Joseph Altet, vient de reprendre la Charronnerie Leyris. Tout auréolé par ses faits d'armes au front, qui lui ont valu Croix de guerre et Médaille militaire, il est déjà Président des Croix de Feu. Le second, l'abbé Gaston Koëger, ancien vicaire à la cathédrale d'Oran, a succédé depuis peu au curé Jarlan sur la chaire de la paroisse Saint-Augustin de Thiersville. Professeur d'éducation physique, diplômé d'Université et porteur des mêmes décorations que Joseph Altet pour sa vaillante conduite sur les champs de bataille, il s'est illustré avant la guerre au cours de plusieurs compétitions nationales et internationales d'athlétisme, devenant champion de France de saut à la perche en 1908.

L'association de ces deux hommes va donner naissance à l'U.S.T. club omni-sports ; mais c'est la section football qui y tient la plus grande place. L'abbé Koeger, qu'aucune difficulté n'arrête, devient compositeur de musique pour célébrer le culte du « ballon rond » : ce fut le chant des supporters de l'Union Sportive Thiersvilloise. Toutes les générations de joueurs qui se succéderont sur le stade de la route de Matemore auront leur vedette, l'artiste de la balle au pied. Ernest Liberati est le premier à s'illustrer. Fils du chef de gare du village, il restera dans les mémoires comme le principal artisan au poste d'avant-centre de l'exceptionnel carton infligé à Dublineau sur son terrain. Enrôlé très vite par le Gaîté Club de Saïda, Ernest ne tarde pas à franchir la Méditerranée pour jouer dans les plus grands clubs de la Métropole. Il se distingue d'Amiens à Marseille en passant par Sochaux, Fives et Valenciennes. International à 19 reprises, de 1930 à 1934, il marquera cinq buts au cours de sa carrière en équipe de France. Michel Martinez revient du régiment tout auréolé par sa victoire aux Championnats de France d'équitation par équipes, mais c'est Barthélémy Gaspard qui ne tarde pas à prendre la place de Libérati dans le coeur des supporters de l'U.S.T Gaspard est un véritable athlète et en plus il est doué pour tous les sports. En football, il brille aussi bien dans les buts que dans le champ de jeu. Il s'impose vite comme le leader de l'équipe qui compte dans ces années trente, d'excellents joueurs tels Adrien Altet, Georges Pelissier, Octave Vitalis, Diego Cano, Georges Tobelem, les frères Navarro et des jeunes talentueux : Emile Vitalis, René Cano, Marcel Altet, Hamou, Esteban Moya, Jeannou Florence... Mimi Gaspard s'en va bientôt jouer dans un Club de Mascara mais il continue de pratiquer l'athlétisme à Thiersville avec l'abbé Koëger qui fait de lui un espoir français du lancer de poids. C'est donc tout naturellement qu'il est appelé à faire son service militaire au Bataillon des Sports à Paris en 1935, il a tout juste vingt ans. A son retour au village, alors que la paix est de plus en plus menacée, il anime avec Mireille Altet, toujours sous la direction de l'Abbé Koëger, la section d'athlétisme de l'U.S.T. Il prépare jeunes filles et jeunes hommes du village aux différents degrés des brevets sportifs tout en assurant la liaison avec l'école communale et son animateur sportif M. Lageot.

Toutes ces compétitions ont lieu en fin de semaine pendant les mois d'été. Il faut vraiment aimer le sport pour courir, sauter, lancer, alors que le soleil de l'après-midi s'embrase avec l'ardeur que tous les thiersvillois connaissent bien

Boules et vélo

Pour ne pas être en reste avec les jeunes, les plus âgés sont nombreux à participer aux concours de boules lyonnaises organisés à la fraîche par M. Loudcher. Ces concours donnent toujours l'occasion d'assister à des duels épiques entre les deux grands tireurs que sont le gaucher Maurice Imberton, blagueur invétéré, et l'imperturbable mais néanmoins sympathique garde forestier des Benians. Depuis son séjour à Paris, Mimi Gaspard a toujours un petit vélo dans la tête. Obnubilé par les exploits dans le Tour de France des Sylvère Maës, Roger Lapébie et Gino Bartali, il prend une licence de coureur cycliste au Vélo Club de Mascara dirigé par le jeune et déjà populaire Lolo del Salvador. Ses premières courses sont encourageantes. Un dimanche de printemps, il est en tête d'une échappée quand, à Saint-André, au carrefour de la RN 6 et de la RD 7, il négocie mal son virage et va percuter un mur. On le relèvera avec une fracture du crâne. De longues années sont nécessaires à son complet rétablissement et il doit renoncer à la pratique du sport...

Il reste malgré tout très proche des milieux sportifs et, quand il se retire à Thiersville pour prendre la succession de Pierre Calas comme bourrelier, son atelier reste le lieu privilégié où l'on vient commenter l'actualité sportive. Chaque année en juillet, il fait particulièrement chaud dans son échoppe au milieu des colliers, licols et autres harnais de cuir en réparation, mais nombreux sont les amis du village qui passent s'enquérir des résultats du Tour de France. Devant la grande carte de l'épreuve qui le fait toujours autant rêver, les fermiers attendront bien quelques jours, Mimi développe en maître la stratégie de son favori pour la conquête du maillot jaune. Pour l'équipe de football qui est démunie de balles en cuir en cette fin de guerre 1939-1945, il confectionne un ballon aux rebonds... déroutants. Il ne manque jamais un match à domicile ou à l'extérieur, venant chaque fois partager les citrons de la mi-temps avec les joueurs pour leur prodiguer de précieux conseils. Un jour, à près de quarante ans, il pallie même l'absence de Gaby Igoulem dans les buts et garde sa cage inviolée. Son destin est tragique, il est assassiné à Mascara en 1959 et laisse un grand vide dans le petit monde du football thiersvillois. En cyclisme Mimi Gaspard a eu des successeurs, Gaston Serres et René Lacour qui s'illustrèrent dans les années 19461950, Lucien Mauriès une dizaine d'années plus tard. Tout sur la même course organisée chaque année au mois d'août, à l'occasion de la traditionnelle fête du village.

L'épreuve, baptisée le « Tour du Col » consistait à parcourir plusieurs fois une boucle d'environ 10 km. La difficulté majeure étant l'escalade répétée du col de 4e catégorie séparant à l'ouest du village, la plaine d'Eghris de celle de Taria. Revenons maintenant à la période heureuse de l'entre deux guerres. Dans les années folles, le sport à la mode au village est le croquet. Lucienne Maury et Denise Demoulin, qui se servent du maillet avec la plus grande dextérité, entraînent toutes les jeunes filles à jouer sur la place du monument.

Avec l'arrivée à Thiersville de Loulou Françon, instituteur passionné de sport et de tennis en particulier, l'animation va se transporter près du lavoir communal où la municipalité aménage un court de tennis. Denis et Bertine Denjean, Ginette et Gisèle Destremx, Gilberte Gascon, Georges Destremx, les frères Nourrigat et Georges Pellissier sont les premiers à s'initier.

La guerre arrive

Le tennis a de plus en plus de pratiquants vers la fin des années trente ; mais l'orage gronde à la fin de l'été 1939. La déclaration de guerre à l'Allemagne oblige les jeunes à déserter le court pendant que de grosses larmes de tristesse ruissellent tout au long de l'avenue du chemin de fer. La vie au village est bouleversée. Les garçons sont mobilisés et les filles s'activent à préparer des colis pour les soldats d'abord, pour les nombreux prisonniers ensuite. Après l'armistice de 1940, les « mouvements de jeunesse » encadrent les « cadettes et cadets » et donnent, jusqu'en 1942, un nouvel élan au sport. Le croquet et le tennis disparaissent au profit du basket-ball. René Cantet se souvient : « Un vinificateur , Georges Durand de Perrégaux, venu pour une ou deux saisons travailler à la cave coopérative de Thiersville était un fervent amateur de basket. Pour assouvir sa passion, il entraîna plusieurs jeunes qui se retrouvaient tous les soirs sur le terrain de basket jouxtant celui du football sur la route de Matemore. » Bientôt il fut possible de former une équipe qui fit ses débuts contre des formations extérieures. Une rencontre ayant été prévue un dimanche à Oued-Taria contre l'équipe locale, seuls étaient disponibles Edmond Mestre, Belkadi, Bekhti, Kouider et moi-même. Notre capitaine entraîneur était malheureusement absent.

Faute de moyen de transport plus facile, les cinq Thiersvillois enfourchèrent leur vélo et se présentèrent sur le terrain de Taria qui se révélait être un véritable champ de patates où il était impossible de faire rebondir le ballon.

La partie s'engagea et très vite,Thiersville se détacha pour finalement s'imposer sans difficulté sur le score éloquent de 20 points à 0, score sévère mais qui, il faut le souligner, n'enleva rien à la chaleur d'une sympathique réception d'après match. Le retour au village s'effectua bien sûr à nouveau à bicyclette et nos vaillants représentants arrivèrent fourbus mais très contents de leur journée. Cette équipe n'eut qu'une existence très éphémère d'autant qu'en 1943 la mobilisation devait faire encore une grosse ponction dans la jeunesse de Thiersville.

C'est d'ailleurs en 1944, en Italie que notre initiateur Georges Durand devait perdre la vie au combat. L'équipe masculine animée par Georges Durand était composée de Bekhti, Belkadi, André Boffarull, René Cantet, René Cano, Charles Destremx, Georges Gazzo, Kouider et Edmond Mestre. L'équipe féminine quant à elle, va particulièrement s'illustrer durant le tournoi organisé en 1941 au chef-lieu de l'arrondissement, s'inclinant seulement en finale devant le grand... « Sourire de Mascara », grâce notamment à Incarnation Cano, Jeannette Denjean, Janine Destremx, Augustine Gazzo, Josette Manzano, Raymonde Perez, Claudine Rives et Emma Rojas.

En 1945, Henri Toro, grand amateur de basket, réussit à convaincre le maire de reconstruire le stade de basket-ball sur l'emplacement du court de tennis. Puis aidé, par Auguste Guillaume, Henri va initier les jeunes à ce sport et rapidement constituer une équipe. Composée de deux « anciens », de Christian et jean Esposito, de Jules Rives et de Raymond Altet entre autres, cette formation va redonner vie au quartier du lavoir et obtenir d'excellents résultats contre les représentants des villages voisins. Christian Esposito, qui avait découvert le basket à l'E.PS. de Mascara avant de le pratiquer régulièrement à l'E.N. d'Oran, s'impose vite comme le meilleur élément de l'équipe. Il est de petite taille mais possède un tempérament de meneur. Son adresse naturelle, il l'a développée des heures durant, seul, avec son ballon, face aux panneaux. C'est sous les couleurs de la J.S.S.E. d'Oran puis, plus tard, sous celles du « Sourire de Mascara » en compagnie, cette fois, de son ami Thiersvillois Julot Rives qu'il fera admirer ses incursions époustouflantes dans la raquette. Pas au village. A Thiersville le foot est roi. Contrairement à ses frères, le populaire « Kiki » ne pratique ce sport de « manchots » qu'à contrecoeur et pourtant... c'est en football au poste d'allier droit, qu'il va remporter à Alger le titre de champion d'Algérie scolaire avec l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Oran et d'une dizaine d'années après à Thiersville, le premier tournoi de football à cinq organisé dans la région, associé à un autre brillant basketteur, Alfred Garbès.

Un grand bassin pour la natation

Christian est doué pour tous les sports. il réussit aussi bien en hand-ball, qu'au volley-ball, en tennis et au ping-pong en natation et à la pétanque. A l'âge de quinze ans un événement va le marquer. Il raconte : « En 1942, la base aéronavale de Tafaraoui fut transférée sur le terrain de la commune de Thiersville. Officiers et appelés avaient bouleversé la vie d'un paisible village du Sud Oranien et créé une animation que n'avaient guère connue nos concitoyens. A cette époque, Hubert Latreyte, de la G.M.O. était recordman d'Oranie du 100 m nage libre en un temps qui devait se situer entre 1 mn 4s et 1 mn 5s. Il existait sous des platanes centenaires, un bassin à chevaux de 20m x 14m alimenté parle canal d'irrigation branché sur l'Oued Froha auquel plus personne ne faisait attention. Ce bassin fut nettoyé, rempli et ouvert à la population. Si les conditions d'hygiène n'étaient pas rigoureusement suivies, notre santé était, elle à toute épreuve car personne ne se plaignit jamais d'otites, conjonctivites et autres petits maux. »  Mais nos jeunes Thiersvillois y apprirent à nager et c'est ainsi que treize ans plus tard, une piscine fut construite flanquée de deux courts de tennis, lieu de rencontre de toute la population sportive. C'est dans ce bassin que se déroulèrent en juin 1943, les mini-championnats d'Oranie de la Marine et qu'Hubert Latreyte, authentique champion et recordman d'Oranie, remporta le 100 m dans le style si particulier, nez au ras de l'eau, du prestigieux Johnny Weismuller..

Héritier de l'U.S.T. de l'Abbé Kroéger le foyer rural reprend en 1956 l'organisation des fêtes nautiques dans la nouvelle piscine qui vient d'être inaugurée. Le 20 juillet 1961 on peut lire dans l'Echo d'Oran, extrait d'un article du correspondant local « ...le 14 juillet à 17 h 00 la piscine du Foyer Rural était envahie par une foule évaluée à plus de 300 personnes et pendant plus d'une heure les Thiersvillois assistèrent à de belles empoignades nautiques. Les équipes civiles et militaires se surpassèrent lors des différentes épreuves, qui furent dominées par le champion, militaire, Marcel Guillemot, spécialiste de la brasse papillon... » Armand Montoya, licencié à la G.M.O. et compagnon d'entraînement du futur champion d'Europe Alain Gottvalès, Simone Denjean et Marie Jeanne l'Hour, tous trois sur 100 m nage libre, ainsi que Claude Combes en plongeon sont les meilleurs Thiersvillois, dans leur spécialité. Mais, en 1961 la vedette... sous l'eau, est incontestablement Marc Valentin. L'Echo d'Otan tire sur six colonnes dans sa rubrique sportive

« Marc Valentin, champion et recordman de France a gagné son titre en « travaillant » un mérou de 17kg800 par 17m de fond ». Jean Peters : Être champion et recordman de France (avec 49 kg 800 de poisson), de chasse sous-marine sans avoir jamais pu décrocher un... titre départemental - que cela se situe au Maroc de 1954 à 1958 ou en Oranie depuis 1959 - telle est la « situation » de Marc Valentin, ce sympathique garçon, né le 25 mai 1934 à Thiersville (près de Mascara), maître d'éducation physique en attente d'affectation à Oran, après avoir exercé à Oujda.

Dans le cadre agréable du salon de réception du sport nautique, Marc Valentin nous a fait savoir « qu'il pêchait au harpon depuis l'âge de douze ans, exactement depuis cette année 1946 où, à Beni-Saf, il rencontra M. Courtin, qui le guida dans ses premières armes. Puis il se rendit au Maroc, où il demeura et où il continua de pratiquer la chasse sous-marine. Mais jamais il ne réussit à s'imposer et, cinq années durant (1954-1958), il se classa toujours second des championnats du Maroc de la « spécialité », chaque fois « barré » par un vainqueur différent de l'année précédente. Second des championnats d'Oranie 1960 troisième de cette même compétition cette année, Marc Valentin fut autorisé à participer aux « joutes » nationales. Avec quarante autres « chasseurs » par mauvais temps, mais sans appréhension malgré l'importance de l'enjeu, Marc Valentin fut conduit au large de Six-Fours (Var) aux îles des Embiez. Sans équipement spécial - sans lampe électrique - notre compatriote se mit à l'eau, pour un championnat limité à cinq heures de chasse.

« Je suis parfois descendu jusqu'à vingt-cinq mètres de fond » nous confia Valentin, « mais à dix-sept mètres, j'ai harponné en premier lieu une abadèche de 6 kg700 puis un mérou de 17 kg 800, ce qui me valut une heure de travail et un peu plus de cinquante remontées à la surface pour prendre d'autres « flèches » et enfin un cargue moyen. A ce moment, j'étais (presque) paré du titre national. C'est alors que j'eus la bonne fortune de « piquer » un second mérou de 25 kg700. Une fois cette prise ramenée devant les commissaires, ceux-ci me demandèrent de m'arrêter. J'avais le titre et j'avais établi un record de France ».

Le sourire toujours aux lèvres, simple, franc, Valentin nous raconta alors son glorieux passé et notamment ses championnats du monde au Portugal avec les Marocains : Debelle, Vuolo, Magnanon, Debauvais et ses championnats d'Europe à Bastia, en 1956 (douzième) et aux Baléares (quatrième), en 1955... »

Lucien Cano