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TUNISIE - Bijouterie artisanale

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L’orfèvrerie et la bijouterie artisanale ont joué un rôle important dans l’activité économique de la Tunisie jusqu’au début du XXe siècle.
Le commerce des métaux précieux vaut à Carthage dès l’antiquité punique, une part substantielle de sa prospérité. L’or d’Afrique a longtemps été acheminé par voie terrestre, par les caravanes transsahariennes pour être réparti dans le bassin méditerranéen ou pour être travaillé dans les ateliers des places importantes d’Afrique du Nord.
Le produit des mines d’argent d’Espagne fut expédié par les navires punique à partir de leurs comptoirs, vers la Sicile et Carthage où ce métal permit de frapper les premières émissions (tardives) de monnaie répondant sans doute aux besoins militaires des carthaginois.
La demande d’argent est restée soutenue en Tunisie jusqu’à la fin de la tutelle effective des ottomans au XIXe siècle ; les achats tunisiens de monnaies d'argent réformées et usagées en provenance d’Europe sont restés longtemps un poste important des importations tunisiennes.
En revanche l’approvisionnement en corail provenant des côtes Nord étaient mieux assuré, en dépit du contrôle exercé sur cette pêche par les génois de Tabarka, et les français des Échelles voisines. Toutefois la ressource est restée peu exploitée par l'artisanat tunisien.
Enfin, perles, turquoises, lapis-lazuli, onyx, cornalines, ambre jaunes ou noir, et autres pierres précieuses ou semi précieuses parvenaient aisément en Tunisie du Moyen-Orient et d’ailleurs.


La bijouterie artisanale devait satisfaire à partir de ces matières premières plusieurs types de demandes, parfois confondues :

La bijouterie d’apparat 
Son épanouissement s’est développée plus nettement en milieu urbain, à Tunis. Elle se traduit par des diadèmes, colliers composites, boucles d’oreilles, bracelets, caractérisés par leur finesse et leur recherche esthétique, comportant diverses incrustations. Certaines parures ne sont portées qu’à l’occasion de mariage. Une section des souks de Tunis est réservée à la corporation des artisans bijoutiers, le souk El Berka, créé en 1612, dédié à l’origine à la vente des esclaves jusqu’en 1841, est maintenant réservé à la vente aux enchères des bijoux d’or et d’argent.
L’art du filigrane déjà maîtrisé par les puniques a été revivifié à partir du Moyen-Orient par la conquête arabe ; cette technique utilisant le fil de métal précieux soudé a été reprise avec adresse et talent.
La bourgeoisie tunisoise issue des cadres ottomans va progressivement délaisser le travail artisanal traditionnel tunisien au bénéfice du travail d’inspiration italienne plus élaboré, diffusé par une importante et active colonie de juifs livournais accueillie et installée à Tunis. L’instauration du protectorat français accélérant cette tendance et introduisant la figure de l’horloger-bijoutier, va tarir la créativité de l’artisanat traditionnel du bijou.
La bijouterie de thésaurisation 
Comme dans toutes les sociétés, le monde agricole en Tunisie a souhaité se prémunir des alea climatiques pouvant compromettre une récolte (la sécheresse est réputée sévir en Tunisie une année sur trois, et les sauterelles sont imprévisibles…) ; ainsi les excédents des années fastes sont temporairement convertis en bijoux d’argent, parfois d'or.
L’aspect des bijoux est secondaire. En revanche leur poids reste déterminant. Ainsi on recherche en campagne de lourds bracelets, ou des pendentifs plus légers d’argent aplatis ; leur patine et leur degré d’usure importent peu. Ces bijoux, souvent rustiques, aux formes simples et géométriques , ciselées, quelquefois rehaussés d’un simple grènetis, sont souvent qualifiés de bijoux « berbères », improprement car certains sont des bijoux d’origines empruntés ou de style inspirés par les cultures sahariennes voisines (Touareg, Maurétanie).
Il n’est pas rare de rencontrer des monnaies de 10 Francs en argent d’époque révolutionnaires ou à l’effigie de Louis Philippe, directement réemployées comme pendentifs ou éléments de collier. Djerba, et notamment Houmt Souk au Sud accueillait le foyer d’artisans du bijou le plus actif dans ce travail « rustique ». Ces bijoutiers provenaient pour un bon nombre de la communauté juive séculaire établie à Djerba. Sfax s’est également signalée pour sa production artisanale de qualité.
Ces artisans alimentaient le marché de leur productions, mais aussi assuraient partiellement le rôle de banquiers et de caisse de prévoyance. Ils ont exercé leur art jusqu’à l’époque contemporaine.
La bijouterie talismanique 
Tanit, 2 mains.
La main de Tanit
L’artisanat tunisien a su longtemps perpétuer la tradition du porte bonheur, tradition que l’on trouve bien ancrée dans la plus part des cultures du pourtour méditerranéen (voir à ce sujet, par exemple, le signe protecteur des juifs lors des dix plaies qui ont frappé l’Egypte à l’époque de Moïse). Une production typique est celle de la « Khamsa » (main de femme paume ouverte, doigts dépliés, se voulant présage de fécondité et de prospérité). En fait ce que les touristes appellent main de Fatma est en rélaité la main de Tanit (Déesse carthaginoise). En effet, les représentations de cette divinité la montre, presque toujours, mains levées de face.
Cette production prend aussi la forme d'étoile d’argent ou corne de corail utilisés en pendentifs, auxquels sont attribué des mérites spécifiques. Ces symboles sont stylisés à l’extrême de façon à respecter l’interdiction islamique de toute représentation figurative.


La bijouterie utilitaire 
Une fibule berbère
La production artisanale la plus représentative de ce type est la fibule « berbère » que portent les femmes comme fermoir. C’est une sorte de grande épingle servant à maintenir les voiles dont les femmes sont vêtues en s’en drapant. Le principe de cette fixation semble remonter à l’antiquité romaine dont la statuaire donne de bonnes représentations. Ces épingles permettent aux artisans de démontrer leur imagination et leur art au travers les ornements qu’elles constituent.
L’artisanat produit d’autres articles utilitaires : boucles de ceinturon, tabatières etc…




Les vagues de touristes qui ont visités la Tunisie à partir du milieu des années 1960 l’ont privée d’une part prestigieuse de son patrimoine artisanal en écumant et ramenant au rang de souvenir beaucoup des ces bijoux. Cependant la tradition artisanale se perpétue au travers de quelques jeunes créateurs de talent qui devraient recevoir le soutien de ce public.